Construit sur les bases du roman initiatique anglais (qui existait bien avant Harry Potter!), Terry Pratchett revisite les archétypes du conte, en y injectant une bonne dose de Neverland et un peu de sa folie débridée. Il inverse ainsi les rôles, en mettant en scène une fillette qui part sauver son frère. Le chevalier n'est plus tout en hormones et en muscles, il n'est plus armé d'une épée, mais se ballade dans une robe, une poêle à frire à la main, un crapaud sur l'épaule et un ancien livre de médecine populaire sous le bras. La magie, si elle est présente, arrive souvent par hasard, non pas comme un argument imparable, mais plutôt comme la résultante d'une réflexion presque scientifique. Tiphaine, perçu comme une "michante sorcieure" par les Feegles, n'est rien d'autres qu'une fillette débrouillarde, impulsive avec un petit côté Sherlock Holmes sur les bords. Elle agit tantôt par instinct, tantôt en demandant à quelqu'un de plus compétent, se posant sans cesse des questions sur le monde qui l'entoure, sur sa famille, sur l'univers du rêve qu'elle doit affronter. On la sent grandir et progresser au fur et à mesure de sa quête, s'ouvrant un peu plus aux autres, comme si cette aventure n'était finalement destinée qu'à lui faire percevoir un univers sur lequel elle fermait les yeux.
Le style de Pratchett, parfaitement rendu par Patrick Couton, s'adapte à son récit, devenant plus touchant, moins grossier contrairement aux aventures mettant en scène le guet et sa troupe de joyeux lurons. Si les Feegles apportent une touche plus vulgaire, c'est surtout au sens étymologique du terme: populaire. Cette troupe de petits hommes bleus dont la tête sert à frapper plutôt qu'à réfléchir sont attachants tant ils ressemblent à des personnes que l'on connaît.
Au final, ce roman se lit d'une traite, avec un sourire aux lèvres et un peu de nostalgie au cœur. Car le talent de Pratchett semble se bonifier avec l'âge, comme si la fougue de ses premiers romans laissait peu à peu la place aux questions d'un homme mûr qui regarde le monde qui l'entoure en se demandant ce qu'il y a à sauver.
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