La confrontation entre le policier chargé de l'investigation, anti-héros torturé par l'assassinat de sa femme par un ponte de la mafia locale et ces innocents éviscérés ravive finalement un passé peu glorieux pour la Virgine et des souvenirs douloureux chez lui. Alcoolique, utilisant des méthodes peu orthodoxes et l'esprit toujours hanté par un désir de vengeance, Decker part à la recherche de ce qu'il pense être un maniaque, avant de se rendre compte qu'il se heurte à la santeria, l'ancêtre du vaudou.
La force de ce roman est justement de faire ressurgir le passé américain, car à travers la santeria, son dieu Chango et la magie, c'est toute l'Afrique qui est convoquée, mais aussi toute son histoire et celle de l'esclavage, de la ségrégation et du racisme. Le lecteur plonge en effet à la fois dans l'histoire de peuples déportés, arrachés à des racines qu'ils ne voulaient pas abandonner et qui les ont maintenues en vie dans le plus grand secret. Cette volonté de conserver un passé identitaire se heurte dans le roman à son rejet par la civilisation, incarnée par Hicks, le coéquipier de Decker, un Afro-américain, plus Américain qu'Américain, mais dont la femme est médium. Ce rejet remonte aussi à travers un passé difficile, celui de la Guerre de Sécession qui a vu des frères s'entretuer et des trahisons marquer à jamais les familles et la mémoire de quelques-uns.
Dans son roman, Graham Masterton a su développer une intrigue poignante, dont le suspens est parfaitement maîtrisé par une utilisation intelligente du contrepoint, de l'analepse et des portraits hauts en couleur de certains personnages. Les scènes d'action et de meurtres sont nombreuses, mais elles sont contrebalancées par des portraits psychologiques plus détaillés et plus nombreux que d'habitude. Si Decker est bien présenté avec toutes ses failles et toutes ses interrogations, les personnages secondaires sont également bien dessinés, ce qui n'est pas toujours le cas chez l'auteur. Hicks, mais aussi le personnage du tueur, ainsi que Sandra, une jeune handicapée qui est la seule à voir le tueur, ont droit à un traitement de faveur, ce qui donne à l'ensemble un rendu plus crédible et offre au roman une force rare.
Sans doute l'un des meilleurs Graham Masterton.
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