Les Aventures de Sherlock Holmes 2

Conan Doyle, Sir Arthur , 2006

Omnibus

 
Deuxième volume chez Omnibus des aventures de Sherlock Holmes. Et quel volume! Celui-ci contient notamment Le Chien des Baskerville et quelques nouvelles parmi les plus inquiétantes du détective anglais: "Le Rituel des Musgrave", "L'Estropié", "L'Interprète grec", "Les Hommes dansants" et "La Cycliste solitaire". A la suite du premier volume, on retrouve Sherlock Holmes dans ses dernières aventures avant sa disparition en Suisse puis après son retour. Les intrigues sont noires, souvent empruntes d’une certaine lassitude et d’une inquiétude qui se manifeste chez Watson par un style plus lyrique. En effet, après son mariage, celui-ci n’est plus aussi souvent auprès de son ami ce qui laisse ce dernier quasiment seul face à Moriarty. La présence de cet ennemi juré de Holmes font de certaines nouvelles des ancêtres du thriller et marque une proximité avec certains textes de Poe.
 

Nous avons connu, des entrées et des sorties dramatiques sur notre petite scène de Baker Street, mais je ne me souviens de rien de plus subit ni de plus surprenant que la première apparition de M. Thorneycroft Huxtable

(p. 783)

Ainsi Le Chien des Baskerville emprunte toute son esthétique au roman gothique anglais et au fantastique, entraînant les deux amis au milieu de landes nocturnes, les confrontant à des légendes et malédictions familiales tout en les conduisant au cœur d'un pays qui semble s'étendre aux limites de notre réalité. L'architecture du château, les étendues désertiques, l'omniprésence de la nuit ou d'une lumière brumeuse, accentuent chez le lecteur l'impression qu'il va passer de l'autre côté. Les personnages secondaires semblent habités par une angoisse morbide comme le laisse entendre le Dr Mortimer lorsqu'il vient demander de l'aide à Holmes : "Derrière lui courait sans bruit un chien de l'enfer." Dans ce roman, Conan Doyle nous prouve qu'il sait jouer avec les motifs du fantastique, tout en développant un indéniable talent d'auteur de roman policier. Cela se confirme dans "L'Interprète grec" qui se base sur des enlèvements et des séquestrations dans une étrange demeure. Le duo doit faire face à une bien étrange affaire dans laquelle la violence physique est importante: "En fait, leurs traits étaient si déformés que, sans sa barbe noire et sa forte corpulence, nous aurions pu faillir à reconnaître en l'un d'eux l'interprète grec qui nous avait quittés quelques heures plus tôt seulement, au club Diogène." On sent monter la férocité tout au long des textes, comme si la présence de Moriarty rejaillissait sur tout Londres et influençait les autres gangsters.
 
Là où tout sombre, c'est bien entendu dans "Le Dernier Problème" qui marque l'affrontement final entre le maître du crime et le maître de la déduction. Cette nouvelle qui parue dans Strand Magazine en décembre 1893 provoqua un véritable tollé qui inonda la rédaction du journal sous des milliers de lettres. Les fans de Sherlock Holmes ne voulant pas admettre la mort de leur héros préféré suppliaient Arthur Conan Doyle de poursuivre ses aventures. L'auteur refusa durant des années, se sentant prisonnier de ce succès inattendu qui éclipsait ses autres œuvres. Ce n'est qu'à partir de 1901 que le détective réapparaît dans Le Chien des Baskerville, une aventure antérieure à sa "mort". Puis, en 1903, "La Maison vide" ouvre ses portes sur un retour inattendu. De cette nouvelle période, la nouvelle "Les Hommes dansants" semble la plus inquiétante, avec ce code qui traverse les pages du Strand Magazine comme une invitation à la déduction tendue aux lecteurs. Il en va de même avec "La Cycliste solitaire" qui confronte une jeune femme à une bien étrange machination.
La nouvelle traduction d'Eric Wittersheim est plutôt agréable, la présence en regard du texte français de la version anglaise est sans nul doute possible un plus non négligeable pour les anglicistes et ceux qui voudraient découvrir le style de Conan Doyle. Et puis, cerise sur le gâteau, les pages sont agrémentées d'illustrations originales tirées du Strand Magazine. Rien de tel pour se mettre dans l'atmosphère de Baker Street

 

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