Stephen Woodworth
un regard sur l’au-delà
| Avec Regard
Violet (Bragelonne), l’écrivain
américain Stephen Woodworth fait
une entrée remarquée dans l’univers
du thriller fantastique en nous peignant un monde où
il est possible de communiquer avec les morts. Ce premier
roman publié en France en appelle évidemment
d’autres tant son intrigue est prenante et ses personnages
attachants. Cela ne saurait tarder, surtout que l’homme
est aussi attachant et sympathique que l’écrivain.
Nous ne pouvons que vous conseiller de le découvrir
à travers ces lignes et de vous jeter sur son roman,
à la fois facile à lire et passionnant.
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Bragelonne
publie votre premier roman traduit en français. Pouvez-vous
vous présenter à nos lecteurs français et
belges ?
J'ai voulu devenir écrivain pratiquement dès le
moment où j'ai appris à lire, parce que je veux
donner aux autres lecteurs l'excitation et la joie que les livres
m'ont apportées. J'ai commencé par envoyer des nouvelles
à des magazines de science-fiction dès l'âge
de onze ans, mais je n'ai vu aucune de mes œuvres publiées
avant d'obtenir mon bac. Ma grosse percée est intervenue
en 1991 lorsque ma nouvelle "Scary Monsters" gagna la
première place du Writes of The Future Contest. Durant
les dix années suivantes, j'ai effectué quelques
petits boulots tout en continuant à écrire et à
publier des nouvelles.
En 1999, j'ai suivi les cours du Clarion West Writers Workshop
de Seatlle, dans l’état de Washington, qui étaient
donnés par des écrivains de science-fiction renommés
comme Greg Bear et Octavia Butler.
Inspiré par les professeurs et mes camarades de classe,
j'ai écrit le premier chapitre d'un roman auquel je pensais
depuis un certain temps, le livre est devenu par la suite Regard
Violet (publié depuis par Bragelonne). A la même
époque, j'ai rencontré Kelly Dunn,
comme moi écrivain de science-fiction qui est à
présent ma femme. Ses encouragements m'ont apporté
la motivation nécessaire pour finir mon roman et l'argent
que m'ont rapporté mes nouvelles nous ont permis de nous
marier. Depuis, j'ai eu la joie de voir le roman être traduit
dans une dizaine de langues, dont l'allemand, l'italien, le russe,
le japonais, le thaï et à présent le français.
Comment
et où écrivez-vous? Avez-vous des habitudes, des
manies ?
Pendant la journée, je m'installe pour écrire dans
un café avec mon ordinateur portable. La caféine
est ma drogue préférée pour trouver l'inspiration,
et sortir de la maison allège l'isolement généré
par l'écriture. D'habitude, j'écris toute la journée
en faisant une pause pour déjeuner, mais lorsque la date
de remise approche, je peux rester éveillé toute
la nuit s'il le faut. J'adore écrire la nuit, il y a peu
de distractions, et les heures sombres et calmes créent
les conditions idéales pour imaginer des histoires terrifiantes.
Regard
Violet est un thriller avec des thèmes d'horreur et surnaturels.
Quelles sont vos influences littéraires ?
Lorsque j'étais enfant, j'étais un grand fan de
romans policiers, mon premier auteur préféré
fut Agatha Christie. En grandissant, j'ai été
fasciné par tout ce qui était mystérieux,
notamment les phénomènes surnaturels. J'ai découvert
les œuvres d'auteurs comme Edgar Alan Poe,
Nathaniel Hawthorne, Stephen King,
Robert Bloch, Richard Matheson,
et beaucoup d'autres qu'il est impossible de nommer ici, et j'ai
su alors que je voulais écrire dans un genre qui offrait
de telles possibilités illimitées à l'imagination.
La plupart des nouvelles que j'ai publiées ont été
des histoires d'horreur, mais lorsque j'ai finalement décidé
d'écrire un roman, j'ai choisi de combiner mon intérêt
pour le surnaturel et mon amour pour la littérature policière
et la science-fiction. J'espère plaire aux lecteurs qui,
comme moi, aiment les trois genres.
Dans
ce roman, vous avez créé les personnages de Dan
Atwater and Natalie Lindstrom. Comment sont-ils nés dans
votre esprit ?
Lorsque j'ai eu l'idée du concept des Violets, les médiums
aux yeux violets qui permettent aux âmes des morts de venir
habiter leurs corps, j'ai pensé à ce que pourrait
être la vie si ces impitoyables fantômes essayaient
sans cesse d'envahir notre esprit. Dans l'au-delà que je
décris dans le roman, les âmes en peine de gens dont
les problèmes n’ont pas trouvé de solutions
de leur vivant sont prisonnières de limbes mornes et sombres,
elles sollicitent toute opportunité de retourner dans le
monde des vivants en habitant un Violet. Si la plupart d’entre
nous vivent dans un refus de leur propre mortalité, un
Violet doit avoir constamment à l’esprit qu’un
sinistre destin l’attend de l’autre côté.
J’ai décidé que Natalie Lindstrom devrait
avoir une peur presque panique de la mort, une mort qui l’effraie
même lorsqu’elle doit conduire une voiture ou monter
dans un ascenseur. Elle ne peut pas vraiment échapper au
danger, cependant, parce que le gouvernement l’a affectée
à des enquêtes sur des homicides, incluant la recherche
d’un tueur qui assassine les Violets comme elle.
Le F.B.I. a affecté l’agent spécial Dan Atwater
pour la protéger du tueur de Violets. Afin d’accentuer
la tension dramatique entre eux, j’ai voulu faire de Dan
un homme ordinaire qui a une peur panique des Violets. Il les
craint parce que, si un Violet le touche, il pourrait invoquer
l’âme en colère d’un homme que Dan a
tué par erreur durant son service. A présent, il
doit protéger Natalie, une femme belle, spirituelle et
courageuse dont le pouvoir pourrait le confronter à l’esprit
vengeur issu de son passé. Etant obligé de demeurer
à ses côté vingt-quatre heures sur vingt-quatre,
Dan se sent à la fois rebuté et attiré par
elle.
Les
Violets sont des médiums puissants, mais toute médaille
a son revers. Pouvez-vous nous l’expliquer ?
Les Violets sont des personnes uniques pourvues une anomalie génétique
du cerveau qui les rend capable d’être possédés
par les âmes des morts. Ils ont tous des yeux violets, un
trait génétique qui les rend aisément reconnaissables.
Leur capacité à servir de vecteur aux esprits les
rend très utiles: ils peuvent convoquer des victimes de
meurtres pour les amener à témoigner contre leurs
meurtriers, ils peuvent ramener d’entre les morts de grands
compositeurs et de grands artistes afin de créer de nouvelles
œuvres, et ils peuvent aussi ressusciter des gens du passé
afin qu’ils nous content l’histoire ancienne, entre
autres choses.
Malheureusement, les Violets sont si rares et si utiles que les
gouvernements des différents pays les voient comme une
ressource vraiment inestimable, qui doit être protégée
et contrôlée. Les Violets ont peu de liberté
dans leurs carrières et leurs choix personnels, car le
gouvernement décide de quelle manière les utiliser
au mieux. De plus, les Violets sont en permanence vulnérables
aux attaques d’âmes agitées qui tentent de
retourner dans le monde des vivants. Les médiums ne peuvent
tenir ces esprits à l’écart qu’en se
pliant à une discipline mentale stricte, mais cet effort
les épuise physiquement et psychologiquement. Les gens
ordinaires tendent à fuir les Violets en raison de leur
nature étrange. Les Violets paient le prix fort pour leur
"cadeau".
Votre
intrigue est très réaliste. Etait-ce important dans
votre roman ?
Je pense que, dans la fiction spéculative, plus votre concept
est fantastique ou monstrueux, plus vous devez le décrire
de manière réaliste afin que le lecteur le prenne
au sérieux. De ce fait, j’ai essayé de faire
de mon mieux afin d’imaginer comment la société
pourrait fonctionner si la communication avec les morts était
scientifiquement prouvée. Je voulais voir, par exemple,
comment les policiers pourraient mener une enquête s’ils
pouvaient interroger les victimes. En rendant ce monde réalise
à mes yeux, j’espère que je l’ai rendu
plus crédible et irrésistible au lecteur.
Regard
Violet place un pouvoir fabuleux dans notre réalité
urbaine. Quelle était votre but ? Vouliez-vous dénoncer
certains problèmes ?
Bien entendu, ma première intention était de raconter
une histoire fantastique qui donne la chair de poule ! Néanmoins,
j’ai aussi voulu étudier la nature humaine et les
relations avec les autres, notamment les relations entre les vivants
et les morts. Dans le monde réel, les gens ont souvent
des difficultés à exprimer l’amour ou la colère
qu’ils ressentent envers ceux qui les ont quittés,
et dans le monde des Violets, la capacité de communiquer
avec les morts encourage les personnages à s’accrocher
à leurs relations passées plutôt qu’à
poursuivre leur vie. Dans le roman, je laisse entendre que les
morts aussi refusent de laisser derrière eux les désirs
et les conflits qui les obsédaient sur Terre. Plutôt
que d’entrer dans le "Séjour Suivant",
un royaume de l’au-delà que même les Violets
ne peuvent pas invoquer, beaucoup d’âmes décédées
restent prisonnières dans l’obscurité des
limbes parce qu’elles désirent retourner aux vies
qu’elles connaissaient. La morale de cette histoire est
qu’il est sans doute préférable que nous ne
maintenions pas nos contacts avec les défunts, et que si
je suis très heureux d’écrire sur l’univers
des Violets, je ne voudrais pas y vivre. La vie est faite pour
les vivants.
Vous
avez créé une école pour les jeunes Violets.
Ne ressemble-t-elle pas à celle du professeur Xavier pour
les X Men ?
Oui… ou peut-être est-ce en fait l’Ecole
de Poudlard (rire) ! Mais sérieusement, cela coulait de
source pour moi qu’un monde dans lequel les enfants possèdent
des dons surhumains pût avoir besoin d’une école
afin de leur apprendre comment contrôler leurs pouvoirs
et comment les utiliser pour le bien de la société.
Je pense que ce serait nécessaire pour les Violets, étant
donné les dangers auxquels ils sont confrontés.
Bien entendu, dans mon monde, le gouvernement souhaite aussi exploiter
les capacités des Violets pour ses propres desseins, et
l’Ecole aide le gouvernement à affirmer son contrôle
sur ces médiums lorsqu’ils sont encore jeunes.
L’une
de vos nouvelles a été publiée dans Weird
Tale et une autre dans F&SF, deux des meilleures revues de
fantastique et de science-fiction. Quelle fut votre réaction
lorsque vous avez vu votre nom sur ces magazines ?
J’étais heureux de voir mes œuvres publiés
dans ces deux magazines, surtout que j’avais accumulé
des dizaines de refus de la part de ces deux magazines durant
plus d’une dizaine d’années pour des nouvelles
que je leur avais soumises ! Je suis également honoré
d’être apparu dans les mêmes supports qui ont
lancé les carrières de beaucoup de mes idoles: H.P.
Lovecraft, Robert Bloch, Richard Matheson, Fritz
Leiber et tant d’autres.
Pourquoi
est-ce que les frontières entre la réalité
et l’au-delà sont si poreuses dans vos histoires
?
Comme la vie quotidienne nous occupe beaucoup, nous avons tendance
à oublier dans quel étrange univers nous vivons
et à quel point nous en comprenons bien peu à propos
de notre propre existence. Dans mes fictions, je permets à
cette étrangeté de saigner dans cette réalité
banale dans l’intention de réveiller le "sens
of wonder" des lecteurs pour qu’ils se redécouvrent
et redécouvrent ce qui les entoure.
Quels sont
vos projets ?
Après avoir écrit quatre romans de la série
Violet, je vais quitter un moment le monde des Violets pour travailler
sur un thriller de science-fiction et d’aventure dans le
style de Michael Crichton. Cependant, j’ai
déjà couché par écrit les intrigues
de plusieurs autres volumes de la série des Violets que
j’aimerais bien écrire à l’avenir, parce
que j’aime vraiment beaucoup ces personnages et leur monde.
J’espère que les lecteurs me permettront de continuer
à explorer le royaume des Violets.
Interview réalisée
par Denis Labbé
Stephen
Woodworth myspace
The
Official Violets website
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