Erik Wietzel
est tel que sur notre cliché, souriant et chaleureux.
Il fait partie de la jeune génération d’écrivains
français de fantasy sur laquelle misent les éditions
Bragelonne. Son premier roman, La porte des limbes a été
publié il y a huit ans déjà chez Mnémos,
et vous avez récemment pu trouver confirmation de
son talent en lisant Les mirages d’Elamia (chronique
sur Lefantastique.net) chez Bragelonne. En attendant le
second tome d’Elamia, l’auteur nous parle ici
de ses sources d’inspiration et de ses projets, mais
aussi d’un autre de ses talents: la musique électronique
! Découvrez ou redécouvrez un auteur qui a
de multiples cordes à son arc. |
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Khimaira: Erik, quel lecteur
es-tu ? Qu’est-ce qui t’a conduit vers l’écriture,
et vers les littératures de l’imaginaire plus particulièrement
?
Erik Wietzel: Je lis un peu de tout. Thriller, fantastique et
beaucoup de littérature générale. Mais Stephen
King a été une rencontre déterminante:
quand un ami me l’a fait découvrir, j’étais
encore en train d’écrire des trucs prétentieux,
de la poésie en prose, des nouvelles sans queue ni tête.
La familiarité du King avec ses anti-héros et ses
bad guys, son rapport au quotidien, à la culture populaire,
sa capacité à renouveler des thèmes archi
connus... tout ça a beaucoup compté pour moi. Pareil
avec Clive Barker, dans une langue plus élaborée.
Après, j’ai surtout essayé d’imiter
ce que j’aimais lire puis j’ai peu à peu trouvé
ce que j’aimais raconter.
K:
Tu fais preuve d’une certaine érudition en ce qui
concerne l’art romantique dans La porte des Limbes, est-ce
cette connaissance qui t’a conduit à écrire
l’histoire, ou est-ce pour les besoins du roman que tu t’es
documenté ?
EW: Les Symbolistes sont un peu les précurseurs des illustrateurs
de fantasy. Ils allaient fouiller dans les mythologies scandinaves,
celtes, s’intéressaient au spiritisme... Ils privilégiaient
une peinture d’idée, à l’opposé
par exemple des Impressionnistes, bien plus terre à terre.
On leur a parfois reproché un certain académisme,
à une époque où la peinture se tournait vers
des techniques, des formes nouvelles. Mais il faut bien avouer
que le Symbolisme, c’est du pain béni pour les lecteurs
et les écrivains de fantasy ! J’avais écrit
un thriller psychologique avec ce courant en toile de fond ; bien
qu’il ait été remarqué par Albin Michel,
il n’a jamais trouvé d’éditeur. Lorsque
Stéphane Marsan m’a proposé d’écrire
une histoire autour de ses jeux de rôles, j’ai pensé
que les Symbolistes feraient de bons personnages.
K: Tu développes
un univers presque gothique dans La porte des Limbes
et on retrouve dans Les mirages d’Elamia l’intérêt
pour la description du monde des morts ; d’où te
vient l’attrait pour cette atmosphère ?
EW: Dans le premier plan d’Elamia,
il existait bien un "monde des morts", mais il n’avait
pas l’importance qu’il a maintenant dans le roman.
Ce n’est qu’une fois le premier jet rédigé
que j’ai vu le lien avec La Porte des Limbes
! En fait, il faut bien l’avouer: je suis obsédé
par la mort, elle me fiche une trouille bleue et depuis longtemps.
Ecrire là-dessus, c’est sans doute une tentative
d’apprivoiser ma peur. Et puis, j’ai perdu mon père
très jeune ; je pense que j’aimerais trouver un lien
avec l’au-delà, comme mes personnages.
K:
Dans Les mirages d’Elamia comme dans ta nouvelle parue dans
l’anthologie Millénaire, tu te places aussi
du côté de ceux qui sont habituellement classés
comme méchants et désincarnés, tu montres
pourquoi ils se comportent comme ça et qu’en fait,
ils ne recherchent pas forcément à faire le mal.
Est-ce que c’est parce que pour toi la fantasy est habituellement
trop simpliste et manichéenne ?
EW: Je ne sais pas si la fantasy est habituellement trop simpliste
et manichéenne. Ce qui m’intéresse de manière
générale, dans la vie comme en écriture,
ce sont les gens. Peu importe s’ils sont du mauvais côté
de la barrière. En tant qu’écrivain et lecteur,
je trouve le récit plus intense quand on fait un tour dans
la tête des méchants de service. Ça les rend
plus vivants et donc plus crédibles. Et plus inquiétants,
j’espère ! Qu’est-ce qui les pousse à
être cruels ? Pourquoi n’arrivent-ils pas à
s’entendre avec les autres, au point de vouloir les tuer
? A partir de quand bascule-t-on dans le "mal" ? Là
non plus, je ne pensais pas passer autant de temps auprès
des envahisseurs, ils étaient juste une armée de
morts vivants, sans âme. Mais pour parler en leur nom, j’avais
besoin de les comprendre, sans forcément les excuser. Mais
bon, un jour j’écrirai peut-être une histoire
de zombies décérébrés !
K: Tu es lecteur et auteur
de thrillers, quelle influence cela a-t-il sur ton écriture
de fantasy ?
EW: Le goût du rebondissement, du suspens mais aussi celui
de m’intéresser aux motivations profondes des personnages,
à l’influence de leur environnement, de leur éducation...
K: Sur ton site (elamia.net)
on peut lire que tu t’épanouis dans l’écriture
de scenarii, a-t-on une chance de te lire bientôt en B.D
?
EW: Je crois qu’il est plutôt indiqué que
je me suis "essayé à cette écriture".
Une écriture un peu sèche, dans laquelle je ne m’y
retrouve pas toujours. Toutefois, comme je prends de plus en plus
plaisir à inventer des dialogues, comme pour ma nouvelle
publiée dans "Fantasy" (Bragelonne), on ne sait
jamais !
K:
Sur elamia.net, on peut écouter la musique que tu as composé
pour Elamia, est-ce la première fois que tu fais cela ?
Doit-on y lire l’envie de voir ton roman porté à
l’écran ? Quel lien fais-tu entre la création
littéraire et la création musicale ?
EW: Ces morceaux sont mes premières compositions orchestrales.
C’est difficile mais très gratifiant de "jouer
de l’orchestre", même à petite échelle
comme je le fais: pendant une heure ou deux, on se prend pour
Nemo ou Hans Zimmer, au choix...
avant de réaliser que, eh bien, c’est pas pour tout
de suite ! Sérieusement, je tisserais un même lien
entre création littéraire, musicale, photographique,
architecturale… Autrement dit, la conception et l’élaboration
d’un "produit" en vu d’un public, et ce
soit quelque soit l’échelle. Le public, c’est
important: si j’écrivais pour moi-tout-seul-dans-ma-chambre
je serais bien frustré ! D’ailleurs, je n’écrirais
même pas, je me contenterais d’inventer les histoires
et d’y penser de temps en temps. Côté musique,
j’ai déjà eu la chance d’accompagner
un CD de vulgarisation scientifique, lors d’une exposition
temporaire à Rennes puis à Chartres ; il a été
racheté puis mis en ligne par la Cité des Sciences.
C’était un projet entièrement réalisé
au synthé. En ce moment, je compose la musique orchestral
d’un DVD documentaire. Il sera distribué à
10 000 exemplaires ! Si aujourd’hui je donnais un concert,
il n’y aurait même pas cent personnes pour s’y
déplacer ! Quant à porter mon roman à l’écran,
je n’y rêve même pas. Il existe des dizaines
de cycles plus populaires que le mien et qui attendent leur tour,
probablement en vain vu le coût colossal que nécessite
la mise en image de la fantasy.
K: J’ai lu que tu
avais grandement participé à la réalisation
d’un morceau "Lost in Metropolis" sur l’album
Arena de Oil 10, peux-tu nous parler de cette expérience
?
EW: Gilles Rossire (qui est Oil 10 à lui
seul) est un ami de longue date. Quand il complétait son
album Arena, il m’a demandé
d’intervenir ça et là, sur certains morceaux.
Quelques sons, des accords... "Lost in Metropolis" était
quasiment achevé mais Gilles estimait qu’il lui manquait
quelque chose. Je lui proposé deux ou trois trucs et apparemment,
ça lui a plu ! C’était chouette de pouvoir
enfin mettre en commun notre goût pour la musique electronique.
K: A quand le tome II d’Elamia
? As-tu d’autres projets en cours ?
EW: J’y travaille ! J’espère pouvoir le publier
au premier trimestre 2006. Dans mes carnets il y a bien une dizaine
de projets de romans, tous genres confondus. Et puis, comme je
le disais, la musique me prend pas mal de temps.
Propos recueillis par Jacques-Erick
Piette
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