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K : Le duc
Charles Ruthwen, le héros de cette histoire, est un vampire
hors du commun, très différent des monstres sanguinaires
si brillamment illustrés au grand écran. Vous avez
fait de lui un immortel aux pensées et aux sentiments encore
très humains. Un vampire doté d'un cur et
qui plus est d'une âme, ce n'est pas banal. Mais un vampire
pour lequel on tremble lorsqu'il est en danger et du côté
duquel on se sent irrémédiablement attiré,
voilà qui l'est moins encore. Pouvez-vous nous expliquer
la manière dont s'est construit ce personnage et nous le
présenter en quelques mots ?
S.L. : Comme de nombreux écrivains, je me suis permis une
pincée d'autobiographie. Je voulais que mon personnage
soit plus réaliste que ses homologues et possède
une véritable psychologie. A titre d'exemple, Conan Doyle
s'apparentait à Watson et Fritz Leiber à Fafhrd.
On retrouve même Stoker sous les traits d'Abraham Van Helsing
(le prénom Bram s'avère être le diminutif
direct d'Abraham
). De même, quand Lord Byron a crée
le personnage de Childe Harold, tout le monde l'a assimilé
à son personnage car ses textes étaient partiellement
autobiographiques. Moi, j'ai doté Ruthwen de mon apparence
physique et de quelques uns de mes défauts, mon romantisme
désuet par exemple. Pour présenter Charles, je dirais
que c'est un personnage romantique, victime d'un destin tragique
contre lequel il lutte mais auquel il risque de ne pas échapper.
Il est le fils d'un des fondateurs de la race vampirique et ce
statut le place d'emblée au milieu des complots que se
livrent les autres vampires. Il est celui qui sauvera ou condamnera
sa race. Et de surcroît, il ne supporte pas vraiment son
immortalité. Sur certains points, il s'avère plus
humain que certains, tout en demeurant dangereux, ce qui fait
de lui un personnage iconoclaste.
K : Toujours
à propos de ce personnage principal, pouvez-vous nous expliquer
la symbolique de son nom, inspiré d'un autre personnage
de fiction ?
S.L. : Je suis un individu extrêmement symbolique. De ce
fait, j'adore glisser des références dans mes écrits,
principalement en ce qui concerne les prénoms de mes personnages.
Charles s'est inspiré de deux individus pour créer
son nom vampirique. Le prénom Charles fait référence
à l'écrivain Français Charles Nodier. Nodier
fut celui qui permit aux textes de John William Polidori de se
répandre en France. Le nom Ruthwen fait référence
à Lord Ruthwen, un personnage crée par John William
Polidori en 1819. Cette seconde référence est d'ailleurs
assez amusante car Polidori a crée le personnage de Lord
Ruthwen en s'inspirant d'un auteur qu'il avait rencontré
et que je vénère, Lord Byron. Pendant des années,
le texte de Polidori fut associé au nom de Byron, ce qui
n'était pas le cas. Le mythe du vampire fut donc crée
grâce à Byron car il fut l'instigateur principal
du texte de Polidori. Enfin, mon pseudonyme lui-même renvoie
au Lord de Newstead Abbey. Si vous inversez l'ordre de mon nom,
vous obtenez Lord Sullivan. Lord Sullivan et Lord Byron, de lointains
cousins
K : Pour
nous représenter "votre" monde, légèrement
décalé et franchement gothique, quelles sont vos
références littéraires, cinématographiques
et musicales ou les auteurs qui vous ont marqué et influencé
?
S.L. : Vaste débat que celui-ci. Mes références
littéraires, je pense les avoir évoqué tout
au long de cet entretien. Pour tout vous dire, et à part
quelques auteurs contemporains, je ne lis que d'anciens textes.
Question cinéma, j'adore John Carpenter (l'Antre la Folie,
Christine, The Thing, Vampires
) car c'est un véritable
artiste. Il écrit certains de ses scénarios, les
coproduit, assure le montage et va jusqu'à en composer
la musique. C'est un artiste unique en son genre. Il n'usurpe
jamais son titre de maître du fantastique. J'aime aussi
Tim Burton (Batman, Sleepy Hollow, Edward aux mains d'argent)
pour ses univers gothiques ainsi qu'Alex Proyas (The Crow, Dark
City), qui sera à mon avis l'un des futurs grands de demain.
Question musique, je suis au confluent de deux genres, le métal
et la musique classique. Je tripe autant sur du Bach, ou une BO
de film que sur un morceau de Manson. J'adore Lacrimosa, par exemple,
un groupe gothique qui se situe à mi chemin entre la symphonie
et les riffs. Question goût, je suis un être très
contrasté. Et mes genres de prédilections ne m'empêchent
pas de regarder, ou d'écouter, d'autres choses. C'est important
de rester ouvert sur le monde, surtout pour un écrivain.
Même si on peut me qualifier de gothique, je n'ai pas d'illères,
c'est l'essentiel.
K : Dans
"Elégie pour un vampire", le second personnage
en importance est une femme, une jeune artiste peintre du nom
de Mélanie Leroy. En rapport avec la couverture du livre
et le rôle des personnages féminins dans votre roman
: prostituées, femmes déboussolées et soumises
ou femmes sensuelles et fatales, pouvez-vous nous parler de cette
vision de la gent féminine, alors que votre style et le
ton du roman tendent plutôt au romantisme ? Comment expliquez-vous
ce paradoxe entre provocation et sentimentalisme, exhibition et
pudeur ?
S.L. : D'un point de vue purement scénaristique, cela ne
m'intéressait pas que mes personnages soient tous romantiques,
comme chez Anne Rice, par exemple. Si Charles et Mélanie
bénéficiaient de la même nature, leur histoire
d'amour perdait tout intérêt car le lecteur pouvait
deviner exactement ce qui allait se passer. Ils se rencontrent,
ils s'aiment, fin du récit. J'avais besoin d'un personnage
féminin qui soit à la fois fort et fragile, une
femme libérée et indépendante comme il y
en a beaucoup par les temps qui courent. Et puis, honnêtement,
certains hommes sont foncièrement plus romantiques que
vous ne le croyez. Les femmes d'aujourd'hui sont bien plus entreprenantes
vis-à-vis des garçons que celles d'hier. Et puis,
je ne voulais pas écrire une guimauve tout public mais
une histoire d'amour forte, épique et dramatique. Quand
au paradoxe de la couverture, à savoir afficher une femme
quasiment nue alors qu'il y a une véritable romance dans
ce livre, c'est plus anecdotique qu'autre chose. Qui plus est,
c'était un bon moyen de ne pas disparaître dans la
masse des autres titres, même si cela m'a parfois joué
des tours. C'est un roman gothique, et si on reprend les origines
du roman gothique, c'est un genre paradoxal en lui-même,
un mélange entre sentimentalisme et horreur, romantisme
et sensualité. Les romans gothiques furent les premiers
romans d'épouvante dotés d'éléments
sentimentaux. En ce sens, Elégie pour un vampire est un
authentique roman gothique.
K : Que
revêt pour vous l'importance de la foi et de la religion
? On ne peut en effet omettre d'évoquer ces frères
inquisiteurs qui ont leur rôle à jouer dans cette
histoire et l'on ne peut oublier toutes ces croyances vampiriques
qui trouvent leur remède salvateur au sein de la chrétienté.
Pouvez-vous nous dire quelques mots à ce sujet ?
S.L. : J'estime qu'il y a beaucoup trop de paradoxes dans la religion,
en particulier catholique, pour que je ne les soulève pas
au travers de mes écrits. Si j'évoque ce thème
dans Elégie pour un vampire, c'est principalement afin
d'apporter une réflexion sur un sujet qui m'intrigue beaucoup,
au même titre que l'immortalité ou la folie. A mes
yeux, les frères Delcruz (dont le rôle est d'éradiquer
la menace vampirique sous couvert du Vatican) sont victimes d'un
phénomène propre à toute organisation qui
uvre pour l'intérêt commun. Leurs idées
sont défendables mais les moyens qu'ils emploient sont
répréhensibles.
K : Enfin,
vous serait-il possible de nous exposer la trame, le fil conducteur
de la suite de cette histoire, "Les Saigneurs Cardinaux"
et pouvez-vous déjà révéler le titre
du troisième et dernier volet de cette trilogie ?
S.L. : Les Saigneurs Cardinaux reprend l'intrigue là où
je l'avais laissé à la fin d'Elégie, à
ceci prêt que quelques mois se sont écoulés.
Sans déflorer l'intrigue, nous y reverrons quelques uns
des personnages principaux d'Elégie dont Charles Ruthwen
et Tom le Balafré (car ce personnage secondaire a suscité
beaucoup de réactions chez les lecteurs). On y croisera
aussi Laetitia, l'impératrice Cardinale, ou encore Opale,
la fille d'Abdul Karnak. Pour ne vous donner qu'une seule piste,
sachez que la guerre entre les fils et filles des souverains vampiriques
se profile. Elégie pour un vampire se voulait surprenant,
les Saigneurs Cardinaux devrait l'être tout autant. Pour
le titre du troisième volet, j'ai quelques idées
mais qui ne sont pas encore définitives. Quoiqu'il en soit,
je reviendrais vous en parler si vous le désirez.
N'hésitez pas à
en découvrir plus sur le livre et l'auteur :
http://www.sullivanlord.com
http://www.planetexpo.fr/lordsullivan
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