Sire Cédric

A l'occasion de la sortie de son nouveau roman, L'Enfant des Cimetières, paru aux éditions du Pré aux Clercs, nous avons recueilli les impressions de Sire Cédric.

 

LeFantastique.Net: Ce nouveau roman, L'Enfant des Cimetières, semble amorcer un nouveau tournant dans ta production littéraire. Peux-tu nous parler de ce qui a donné vie à son récit, ce qui l'a inspiré ?
Sire Cédric: J'avais envie d'écrire une histoire d'enfant démoniaque depuis quelques temps déjà, mais le véritable déclencheur est arrivé l'an dernier, en lisant les faits divers dans le journal. Des drames familiaux, des suicides de policiers, des scandales médicaux. Je me suis fait la réflexion que la vie quotidienne recelait une multitude de mystères proprement terrifiants. Et voilà, tout est parti de là, j'ai su que ce serait ça, que ça parlerait de ça. De nos angoisses urbaines. Des bribes d'occultisme dans le monde moderne. Dès que j'ai commencé à écrire, les éléments se sont mis en place comme des pièces de puzzle, comme s'ils avaient toujours été là. Les personnages aussi. Il suffisait de savoir où regarder.

Tu sembles avoir également fait pas mal de recherches, notamment sur les procédures policières. Penses-tu avoir dû suivre plus de pistes, fouiller plus de sources pour l'écrire, par rapport à tes précédents récits ?
Bien sûr. L'enfant des cimetières est un thriller, c'est un genre exigeant, qui implique une intrigue solide et des personnages complexes. Le travail de recherche s'est imposé de lui-même, il me fallait pouvoir décrire des interrogatoires de police, des autopsies. J'avais besoin de maîtriser les bases pour que tout cela reste crédible. Cela m'a demandé un certain travail, mais j'ai l'impression d'avoir énormément progressé dans la richesse de mon écriture, et je suis très fier du résultat !

Dans les remerciements toujours, tu cites Edouard Brasey "sans qui rien ne serait arrivé en premier lieu". Peux-tu nous parler de cette collaboration avec le Pré aux Clercs ?
Édouard est directeur de collection au Pré aux Clercs, c'est lui qui m'a ouvert les portes de cette prestigieuse maison d'édition. Il avait lu mes livres précédents et m'a encouragé à me lancer dans un roman plus ambitieux. Je lui ai donc soumis mes idées pour ce thriller, et quelques semaines plus tard il a arrangé une réunion dans les bureaux du Pré aux Clercs pour me présenter au directeur et à la directrice littéraire. L'aventure était lancée.

Ce roman a été écrit en cinq mois, qu'est-ce que cela a impliqué de différent dans la façon dont tu l'as écrit, dans le processus de création ?
Mes habitudes n'ont pas changé. Quand j'écris, je me plonge dans ce que je suis en train de faire, je m'investis au maximum dans mes personnages, dans le travail du style. J'explore de nouvelles possibilités, j'apprends un peu plus à chaque fois. Mon seul désir, c'est d'aller jusqu'au bout de ce que je peux faire. Toujours un peu plus loin, toujours un peu mieux. Chaque roman est une nouvelle aventure, qui rythme presque un an de ma vie. C'est un peu comme une série de pas, plus ou moins assurés, mais toujours vers l'avant.

Dans tes personnages, assez construits et fouillés, on retrouve une artiste (peintre) et un ‘héros' photographe qui voudrait bien le redevenir, mais qui pense que pour vivre, il faut parfois renoncer à ses rêves. Quelle est la part d'identification à ta propre sensibilité que tu as impliquée dans ces deux cas ?
SC: Mes personnages sortent de mon esprit, chacun d'eux est forcément une petite partie de moi, un reflet de mes expériences passées et de mes rêves présents. C'est toujours ce qui nourrit l'imaginaire des écrivains, non ? Kristel Hansen est une personne profondément humaine. Elle incarne la compassion, une certaine idée de la liberté aussi. Par exemple, elle n'a pas hésité à démissionner d'un poste stable et rassurant le jour où elle a réalisé que cet emploi la tirait vers le bas et lui liait les ailes. De l'autre côté, il y a son compagnon, David Ormeval, qui est tout son contraire. Lui qui rêvait de faire de la photo d'art, il  se retrouve à piger pour un journal de seconde zone. Son seul problème, c'est qu'il se laisse dévorer par son manque de confiance en lui. Un problème que je connais bien ! (Rires.)

Contrairement à tes précédents livres, les personnages, principaux et secondaires sont très normaux, même s'ils évoluent dans une intrigue qui plonge dans le paranormal. Ils ne possèdent aucun pouvoir, aucune canine ne leur pousse entre les gencives. Est-ce que tu as pris un nouveau point de vue, les pieds fermement ancrés au sol, ou est-ce que tu as voulu nous montrer un nouveau regard vers les gens qui t'entourent ?
J'avais surtout envie d'essayer autre chose. Les événements décrits dans L'Enfant des cimetières se déroulent dans une ville ordinaire, ils pourraient arriver au coin de notre rue. Au tout début du roman, un drame familial vient de se produire, quatre personnes sont mortes. Les premiers à intervenir sont les policiers et les journalistes. J'avais envie de présenter les choses vues sous leur angle : leurs interrogations, leurs doutes, la sensation du danger qui se rapproche et les indices découverts au compte-goutte, chaque nouvelle réponse n'apportant que davantage de questions. Cela fait de ce roman essentiellement un thriller, ce qui est une approche narrative nouvelle pour moi. Et, avec le recul, je dois avouer que cela m'a ouvert de nouveaux et passionnants horizons ! Un peu comme si toutes les pistes que j'ai explorées ces dernières années me menaient toutes dans cette direction-là.

Que représentent pour toi les légendes urbaines ? Es-tu superstitieux ? Crains-tu certains monstres ou ces « ombres noires » qui semblent suivre les protagonistes de cette histoire ?
Oh, oui, je suis très superstitieux, mais que cela reste entre nous ! (Rires.) En ce qui concerne les légendes urbaines, je les trouve tout simplement fascinantes. Elles sont le reflet tordu de notre époque, des anamorphoses de nos angoisses modernes. Elles se propagent grâce aux nouveaux médias, comme le Net par exemple, et changent de visage avec l'évolution des fantasmes collectifs. Une source d'inspiration de choix pour les littératures de l'imaginaire !

Quelle que soit la part de morts, de sang, de violence, on perçoit toujours dans tes écrits, et plus encore dans ce roman, cette sensibilité à fleur de peau, cette fragilité que tu t'efforces de cacher. Et bien que ce ne soit pas le fil conducteur l'intrigue, il n'en reste pas moins, qu'une puissante histoire d'amour est gravée en filigrane tout au long des pages. Avoue-le, tu es un grand romantique, n'est-ce pas ?
Je n'ai jamais essayé de cacher cette partie de moi. Mais est-ce vraiment important ? Ce qui compte, c'est le livre, pas son auteur. Et ce livre, et tout ce qui fait mon style, est bâti sur le paradoxe, oui, c'est une évidence. Parce que je suis moi-même un paradoxe. Parce que l'être humain est un sacré paradoxe, de sensibilité, de naïveté, de froide cruauté. J'ai toujours pensé que c'était l'origine des bonnes histoires. Relis la Bible, tu verras. (Rires.)

Quelles sont tes sources d'inspiration cinématographiques, musicales et littéraires ?
Il y en a beaucoup trop pour toutes les citer. Les premiers noms qui me viennent à l'esprit sont David Lynch, Stephen King et Serge Brussolo, car leur influence se retrouve de façon assez claire dans L'enfant des cimetières. Mais j'écoute aussi beaucoup de musique et j'assiste à de nombreux concerts, dont beaucoup de métal. Ce n'est un hasard si la magie se manifeste chez le personnage de Nathaniel Loth par un changement de voix, une voix de tonnerre qu'il va chercher au fond de sa poitrine et qui remonte, explose dans sa gorge, pour fissurer le réel et réanimer les morts.

Penses-tu déjà au prochain livre ? Prévois-tu une suite pour l'Enfant des Cimetières ?
C'est bien possible. Un peu de patience. (Rires.)

D'autres projets en cours ou dans un avenir proche ? Musicaux peut-être ?
Au niveau des publications, une de mes nouvelles fait office de « bonus track » au sommaire de l'anthologie « L », à paraître ce mois-ci aux éditions CDS. C'est un livre dédié aux femmes maltraitées dans le monde, et dont les bénéfices seront reversés à plusieurs associations de droits des femmes. Et enfin, en ce qui concerne mon groupe, Angelizer, nous avons décidé de faire une pause au niveau des concerts, le temps d'achever la composition de notre premier album. Mais nous serons de retour sur scène à la fin de l'année pour une nouvelle avalanche de death and roll !

Propos recueillis par Valérie Frances - mars 2009

 

 
 
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