Entretien avec Léa
Silhol

LeFantastique.Net:
L’édition originale des Contes de la Tisseuse étant
épuisée, les éditions de l’Oxymore
les rééditent dans une version retravaillée
et augmentée intitulée ”La Tisseuse : contes
de fées, contes de failles”. Dans l’introduction
de ce nouveau recueil, vous faites le parallèle avec
le ”Director’s cut” des réalisateurs.
La première édition n’était donc
pas conforme à l’idée que vous aviez de
l’ouvrage ?
Léa Silhol: Eh bien, force est d’avouer que non.
Le planning de préparation à l’époque
n’avait consacré que peu de place à de véritables
corrections et relectures, et je n’aimais pas du tout
la couverture. Non pas qu’elle ne soit pas mignonne mais,
comme beaucoup de lecteurs me l’ont fait remarquer à
l’époque, elle représentait plutôt
mal l’esprit du livre. Mais, bon, les auteurs sont rarement
consultés par les éditeurs sur ces points, et
il est donc très difficile d’être pleinement
satisfait d’un livre. Quand l’occasion se présente
de pouvoir le ressortir sous une meilleure version, c’est
un plaisir impossible à refuser.
LFN: L’aspect
esthétique d’un livre semble être une chose
primordiale pour vous. La nouvelle parure (superbe !) du recueil
est-elle une des raisons de cette édition ?
LS: Oui, c’est est une, indubitablement, mais il y a aussi
tout simplement le fait que ce livre a toujours été
assez difficile à se procurer. Comme beaucoup de lecteurs
me le réclament, le rendre à nouveau disponible
semblait être un choix de simple logique.
LFN: Outre
des corrections dans les triptyques sur les saisons, le principal
changement consiste dans le retrait des trois nouvelles ”angéliques”.
Leur remplacement par la novella ”Le vent dans l’ouvroir”
(qui explique l’origine de la trinité des Moires)
donne au recueil une cohérence nouvelle. Ce texte a-t-il
été écrit spécifiquement pour conclure
cette nouvelle version du livre ?
LS: Oui, absolument ! Je suis enchantée que vous
trouviez que cela ajoute de la cohésion, car c’était
exactement le but recherché.
LFN:
Tous vos recueils parus à ce jour ont la particularité
de suivre une trame, un fil conducteur. Cette construction est
d’autant plus étonnante, que par exemple pour ”Conversations
avec la Mort”, les textes ont été écrits
sur une période de temps assez longue, et pour des supports
très différents. Existe-t-il également
dans votre esprit un fil conducteur de vos écrits ?
LS: C’est une difficile question. Disons… que pour
moi tous les textes que j’écris, et tous les univers
que je mets en scène, sont liés. En ce sens, je
suppose que l’on peut considérer, oui, qu’il
y a un fil conducteur. Disons que je construis une ”doublure”
de la réalité, un monde parallèle, qui
existe dans le passé, le présent, le futur, et
à un même niveau. Cela peut impliquer des mythes,
des planètes lointaines, de la Fantasy, de la SF, mais
tout n’en reste pas moins lié par un faisceau de
causalités.
LFN: En
ce qui concerne les différents supports qui vous ont
publiée, on trouve beaucoup de revues ou de fanzines.
Est-ce que la publication par des supports à la diffusion
plus réduite vous paraît être un passage
nécessaire pour se faire connaître ? Ou bien est-ce
simplement que vous appréciez ces parutions ?
LS: L’un et l’autre. En réalité, je
crois n’avoir publié que 5 ou 6 textes en fanzines
avant ma première publication pro. Mais même si
le milieu amateur manque parfois d’un peu de rigueur,
il a l’avantage d’être vivant, hyperactif,
et géré par des passionnés. Et j’aime
beaucoup cette ambiance, loin des contingences mercantiles,
et avec des cœurs souvent grands ouverts. On me verrait
toujours autant dans des fanzines si seulement j’avais
le temps d’écrire plus de textes. Quand je vois
un support qui me plaît en tant que lectrice, j’ai
souvent la tentation d’y participer. Je les collectionne,
en somme (rires).
LFN: Revenons
aux recueils thématiques : la source de vos écrits
semble être la redécouverte, voir l’appropriation
de mythes préexistants.
LS: Pas systématiquement. Ce n’est pas le cas de
pas mal de mes nouvelles, et mon roman n’utilise que les
”procédés” mythologique, et quelques
mythèmes mis en contact assez librement, par exemple.
LFN:
Pour ce travail qui doit vous demander beaucoup de recherches
quelle est la part d’invention et celle du respect des
mythes et de la tradition ? Est-il difficile de réinventer
un conte sans en trahir les sources ?
LS: Le travail de recherche est évidemment capital, et
très lourd. Ceci dit le seul ”conte” que
j’ai réinventé, spécifiquement, est
Blanche Neige (dans une nouvelle parue justement dans Khimaira)
et encore de manière très parcellaire. En général,
je travaille davantage avec les mythes, et plutôt avec
les personnages qu’avec les histoires elles-mêmes.
J’essaie de ne jamais aller contre ce que le mythe dit,
tout en y greffant beaucoup de matériel forcément
inventé. Donner un éclairage différent
sur le symbole mis en action me semble plus intéressant.
Se pencher sur la signification humaine.
LFN: Les
trames de vos différents travaux semblent parfois s’interpénétrer.
Ainsi, on retrouve par exemple la déesse Perséphone
dans vos deux recueils, mais aussi dans le recueil Magie Verte.
Une piste pour un futur cycle/recueil ?
LS: Tous mes univers sont liés. Isenne aux Cours féeriques,
Frontier à Finstern, les dieux grecs à la planète
Hadéis… littéralement tout ! (rires) Aussi
n’est-ce pas une piste pour quelque chose de plus vaste.
Ce sont juste des personnages qui existent de tous temps, et
dans les multiples aspects de leur vie. On rencontre ainsi plusieurs
fois Morphée, ou la petite New-yorkaise Esther, mais…
en fait même lorsqu’ils ne sont pas là ils
existent toujours, dans un angle.
LFN:
Ces croisements de thèmes, de personnages, ce maillage
de votre œuvre, est-ce cela, en dehors de votre attirance
pour le personnage des Parques, qui fait que l’on vous
surnomme vous aussi La Tisseuse ?
LS: Il paraît ! (rires)