Thierry Serfaty
Au cœur de nos angoisses...

Thierry Serfaty, auteur de thrillers saisissants, récompensé en 2000 par le prix POLAR à Cognac, n'hésite pas à plonger ses lecteurs au cœur de leurs angoisses, à les confronter à leurs pires peurs. En effet, le cycle de quatre romans intitulé La Pyramide mentale explore les coins obscurs et dissimulés de notre esprit. Erick Flamand, le commissaire, et son épouse Laura devront surmonter leurs propres faiblesses qui les rendent si attachants, dévoiler parfois une part de leurs secrets, pour mener à bien leur combat contre ceux qui manipulent les émotions humaines et sauver ainsi les êtres qui leur sont chers. C'est à l'occasion de la sortie de son dernier roman, Agônia, troisième face de cette Pyramide, que nous avons pu dialoguer avec cet auteur passionné et passionnant.

LeFantastique.Net: Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Thierry Serfaty: Je suis un médecin qui a mal tourné. Je les ai soignés et maintenant je les tue et tout le monde est content ! (Rires). J'avais un cabinet à Strasbourg et quelques temps après j'ai eu une remplaçante, je lui ai donné les clés et je suis parti à Aix. J'ai écrit mon premier roman, je l'ai envoyé à dix maisons d'édition, trois m’ont répondu positivement et vous voyez, maintenant, j'en suis à mon sixième roman...

Vous êtes un médecin et un médecin militant puisque vous vous êtes consacré à la mission locale des Médecins du Monde...
Oui, je ne concevais pas les choses autrement. Je n'ai pas choisi la médecine par accident. Je me suis investi dans la mission Sida-toxicomanie où on leur apprend les bases de la prévention...

A la lecture de vos romans, on se rend compte que vous êtes fasciné par la psychanalyse. Est-ce elle qui vous a conduit vers la médecine ou vous a-t-elle, plutôt, dirigé vers la littérature, autre moyen d'explorer l'esprit humain, à l'instar d'Artaud par exemple ?
Oui, je voulais explorer ce que l'on ne nous enseigne pas en médecine. On nous apprend les maladies, les médicaments mais les coins obscurs de l'esprit, non, et je voulais explorer ce que l'on explore jamais... Les blessures physiques, vous savez, cicatrisent, guérissent mais les blessures de l'esprit ont du mal à se refermer.

Quelles sont vos influences littéraires ou, plus généralement, artistiques ?
Eh bien... étrangement, je ne lis pas de polars et encore moins durant les phases d'écriture, de peur... de me laisser peut-être influencer alors que j'ai mes idées et chacun a sa patte mais... je lis de la littérature générale et j'aimerais me mettre à la bande dessinée. Je ne connais pas ce domaine. On en lit étant jeune mais ce n'est que maintenant que je m'intéresse à ce domaine et pour cela les festivals sont une très bonne occasion, on rencontre des gens, on découvre de nouvelles choses... C'est formidable.

Comment écrit-on un cycle comme La Pyramide mentale ? Aviez-vous construit un plan structurant vos quatre romans ?
Je suis très OBSESSIONNEL (Rires)... et je ne me soigne pas. LeFantastique.net saura tout... Très structuré, je fais des colonnes à gauche, à droite, j'écris au critérium. Je fais des plans très précis. Le "Petit-bonheur-la-chance", je ne connais pas pour écrire des romans car il ne faut pas perdre non plus les personnages. J'ai voulu construire le cycle sur la figure géométrique de la pyramide, dont les faces seraient la douleur, la colère, et la peur, et le sommeil en serait la base...

Le personnage du psychiatre, le docteur Pylon, est un homme âgé et aveugle. Il vit dans son antre où tous les murs sont peints en noir. Il est le conseiller de nos héros lui qui avait déjà guidé Erick enfant. Peut-on comparer ce personnage au mythique Tirésias aveugle lui-aussi et qui guida Oedipe, dans Oedipe-Roi de Sophocle, à mener son enquête lui permettant ainsi d'assumer sa pire peur ?
Le docteur Pylon, c'est un personnage très attachant qui a aidé Erick dans sa jeunesse et maintenant il aborde le nouveau patient qui se présente à lui. Il ne se mêle pas directement de son intimité, mais s'investit dans la vie d'Erick adulte par l'intermédiaire de son travail...C'est par ce biais-là, en aidant Erick à se poser les bonnes questions, car il n'est plus un enfant, qu'il se rapproche d'un Tirésias.

Ce qui rend, entre autre, vos romans fascinants, ce sont les échos que l'on peut percevoir. En effet, la peinture, par exemple, tient une place discrète mais importante. Laurent est un peintre phobique, sa fille Léa suit ses traces. Vous citez Je m'appelle Asher Lev de Potok, ouvrage dans lequel le héros est peintre. La photographie est également un art pictural qui témoigne, dans Peur, du combat des Fighters. Ces deux arts, à l'instar de la littérature, sont-ils des moyens d'explorer l'esprit humain ? Votre cycle La Pyramide mentale serait donc un système complet, la forme répondant au fond ?
On a tous besoin d'un défouloir. Pour certains, ce sera l’art, comme une manière d’aboder les choses de l’esprit, et pour d’autres, ce sera l’écriture... Certains me demandent si mes livres sont ma psychothérapie, Why not ? Pourquoi pas ? Oui... d’ailleurs, il vaut mieux faire certaines choses dans un livre que dans le réel ! Je ne pense pas, qu'en me voyant, on se dise que je tue des gens dans ma cave (Rires) !

Certains de vos ouvrages vont être adaptés au cinéma, comme Le sang des sirènes, avez-vous eu une part active dans cette adaptation ?
Non pas du tout. Je laisse une entière liberté au réalisateur et se dire qu’il va s’emparer d’une idée pour en faire autre chose. Si on ne se dit pas ça, on va souffrir de chaque modification par rapport au roman, et dans ce cas il vaut mieux refuser l’adaptation. Et de toute manière, si le film est bon, tant mieux pour le livre. S'il n'est pas bon, alors on dira peut-être que le livre est meilleur que le film (Rires) et ça incitera, peut-être, les gens à lire le roman.

Vous êtes également scénariste d'une série télévisée, Le Cocon: débuts à l'hôpital. Quelles sont les différences entre ces deux manières d'écrire, s'il y en a ?
Oui, c'est vrai... Oh oui, il y en a. C'est une écriture très formatée. Si, à la scène dix, il faut mettre en scène une mémé et bien il faudra insérer cette mémé dans le scénario, que ce la vous plaisir ou non. Je n'ai pas aimé travailler ainsi. Vous savez, quand on a goûté à la liberté que propose le roman, il est difficile de quitter cela. Pour rien au monde je ne veux revenir en arrière, croyez-moi !

Quels sont vos prochains projets ?
Eh bien, le quatrième volume de la Pyramide mentale, bien-sûr, sur la douleur. On y retrouvera nos héros, Erick et Laura et l'action ne se passera pas en France mais à l'étranger. (Pause). Ils seront au mauvais endroit au mauvais moment...

Interview réalisée par Bénédicte Roux - Juillet 2008

Site officiel de Thierry Serfaty

 
 
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