| Submergé
par la fantasy depuis quelques années, le fantastique
semble trouver un nouvel élan dans le panorama littéraire
français, notamment grâce à l'apparition
de jeunes auteurs.
Virginia Schilli appartient à cette
nouvelle vague qui conjugue son amour d'un fantastique contemporain
et d'une musique transgressive: le metal.
Il nous a semblé intéressant
de l'entendre nous parler de ses deux passions et des raisons
qui la poussent à mêler les deux dans ses écrits. |
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LeFantastique.Net:
Bonjour miss Schilli, pour ne pas tomber dans la routine de la
traditionnelle présentation, j’aimerais que nous
rentrions directement dans le vif du sujet avec votre second roman
Délivre-nous du Mal. Nous retrouvons Anders Sorsele
torturé comme jamais, il semblerait que vous ayez poussé
sa tourmente jusqu’à l’extrême limite.
Qu’est-ce qui vous a motivé à créer
un personnage aussi torturé et décadent ? Auriez-vous
pu aller encore plus loin ?
Virginia Schilli: Bonjour ! Mes lecteurs les
plus acharnés le savent, Anders est la synthèse
des sentiments contradictoires que j’ai pu emmagasiner en
mon for intérieur jusqu’à l’âge
de 17-18 ans. C’est une période charnière
où l’on pense avoir tout vécu, où le
moindre événement peu importe sa connotation est
ressenti et amplifié de façon irraisonnée.
Au départ, Anders Sorsele a été pourvu d’une
version encore plus caricaturale de mes propres traits de caractère:
il est à la fois candide et désabusé, hypersensible
et cruel, fleur bleue et pervers, égoïste et altruiste,
totalement dévoué à l’être qu’il
aime mais bien souvent déçu. En gros, c’est
un ado en pleine crise dans un corps d’adulte. Aller plus
loin aurait été possible sans pourtant servir mes
intentions: beaucoup de jeunes gens se reconnaissent dans les
personnages d’Anders et Kethel parce qu’avant d’être
démons, ils restent humains.
Dans
votre premier roman Par le sang du démon, les
sentiments avaient déjà une part très importante
mais ici on a l’impression qu’ils prennent le pas
sur l’intrigue. Peut-on dire que vous vous attachez à
décrire un vampire aux prises avec sa conscience et ses
sentiments au-delà de ce qui est humainement possible ?
Dans la mesure où Anders est avant tout un être
manipulé par ses instincts et son impulsivité, il
est normal que ses sentiments semblent prendre le pas sur l’intrigue.
Cependant, Par le sang du démon et Délivre-nous
du mal s’attachent à montrer les (mes)aventures entraînées
par ce genre de comportement, Anders est sans cesse en mouvement
et je ne pense pas que l’on puisse qualifier ces deux romans
de "statiques".
Pensez-vous
qu’Anders Sorsele à la fin de Délivre-nous
du Mal a enfin trouvé la paix et la sérénité
quelle qu’elle soit ? J'ai lu sur votre site que l'on pourrait
le retrouver dans un troisième volume ? Sa déchéance
ne serait-elle donc pas encore terminée ?
Evidemment non, Anders n’a pas trouvé la paix
à la fin de Délivre-nous du mal et d’une
manière générale, je ne pense pas que la
paix absolue soit accessible à quiconque. Enfin, je n’ai
pas encore rencontré quelqu’un qui m’en persuade…
Oui, il est prévu un troisième et dernier roman
avec Anders, comportant une fin définitive, celle-là.
Je ne suis pas encore certaine du déroulement de ce troisième
tome mais la descente aux Enfers d’Anders s’est achevée
dans Délivre-nous du mal, au propre comme au figuré.
Il lui reste encore à prouver sa valeur pour regagner sa
liberté.
Vous
semblez faire fit de la bienséance en ce qui concerne certaines
relations à forte connotation érotique, qu’il
s’agisse du jeune page, de Kethel ou encore le viol de Anders
dans le premier tome. La sexualité dans toute son ambiguïté
serait-elle un de vos thèmes récurrents ?
La sexualité et sa représentation est sans
conteste un sujet qui touche à trop de subjectivité
pour pouvoir théoriser. C’est plutôt évident
quand on voit qu’un passage aussi innocent que celui de
la nuit que Leif et Anders passent ensemble est souvent cité
comme le plus subversif dans Par le sang du démon,
tandis que le viol d’une jeune fille de 13 ans par Anders
dans Délivre-nous du mal ne provoque aucune réaction.
Voilà bien un paradoxe: l’homosexualité ou
la bisexualité seraient-elles donc plus condamnables qu’un
viol hétéro ? Je laisse chacun juger. Il est sûr
que mes deux premiers romans ne font pas l’apologie des
plaisirs sains, mais si l’on ne peut pas se permettre un
peu de stupre et de sanie dans une fiction, quand le peut-on ?
Enfin, pour répondre à la dernière partie
de la question, la sexualité en tant que telle n’est
et ne sera pas un thème récurrent. Je lui préfère
plutôt une certaine dose de sensualité...
D’après
vous, un homme aurait-il pu décrire avec tant d’emphase
et de précision les sentiments si féminins éprouvés
par Anders Sorsele ?
Je pense qu’il est hasardeux d’employer des stéréotypes.
Aucun écrivain ne se borne à ne mettre en scène
que des personnages du même sexe que lui, au nom du présupposé
stupide qu’un homme ne pourrait penser et écrire
que "comme un homme", même chose pour une femme.
Etre un bon écrivain, c’est pouvoir donner de la
profondeur à des convictions qui ne sont pas les siennes,
de l’âme à des personnages qui ne nous ressemblent
pas.
En dehors
d’Anne Rice, quelles ont été vos influences
majeures (littéraires et/ou musicales) pour la rédaction
de cette aventure ?
J’apprécierais tout d’abord que l’on
ne me compare pas d’emblée à Anne
Rice. Elle n’a pas inventé le mythe du vampire
et moi, j’ai eu bien d’autres lectures ! J’ai
donné un aperçu de mes influences dans Délivre-nous
du mal: la musique metal (My Dying Bride,
Atrocity ont été cités,
Katatonia et Type O Negative
pourraient l’être dans un prochain livre) ; la littérature
au sens large: R. L. Stevenson, H. P.
Lovecraft, Sophocle ou Dean
Koontz se côtoient dans ma bibliothèque,
ainsi que des mangas comme Hellsing
et Leviathan. Je suis également
fascinée par les peintures de Gerald Brom
et Boris Vallejo.
Le
thème du vampire est exploité bon gré mal
gré depuis des siècles, pensez-vous avoir apporté
une nouvelle pierre à l’édifice ? Je pense
notamment au processus de réincarnation de la femme dans
le corps de son bourreau c’est du jamais lu et d’une
telle cruauté !
On peut parler de romans vampiriques, mais je préfère
envisager mes deux premiers romans en tant que récits fantastiques
car, s’ils mettent en scène des âmes damnées,
toutes ne sont pas vampires. Au départ, c’était
bien ce genre de démons qui me fascinait, mais au fur et
à mesure de la rédaction des deux livres, l’histoire
a pris une telle ampleur que l’état de buveur de
sang d’Anders est passé au second plan pour faire
place à une fresque tout en noirceur. Il ne m’appartient
pas de dire si j’ai renouvelé le genre… Les
critiques et les lecteurs l’ont très bien fait !
La question
pas piquée des vers, qu’est-ce qui, selon vous, vous
différentie des autres auteurs de littérature vampirique
?
Cela rejoint ma réponse précédente et le
fait que les lecteurs sont mieux placés que moi pour se
prononcer sur ce genre de questions. Ce sont mes histoires que
je cherche à faire connaître et je déteste
me mettre en avant d’un point de vue personnel. Que voulez-vous
que je dise, honnêtement ? Ces deux romans sont très
importants à mes yeux, ce qui ne m’empêche
pas de tenir compte des critiques constructives. Et passer deux
ans sur la rédaction d’un roman ne m’effraie
pas, même si du coup, il m’est impossible de vivre
de ma plume. La formule est archi-connue, mais je privilégie
la qualité à la quantité, afin de pouvoir
regarder en arrière avec fierté.
Il y a plusieurs
semaines, une de vos nouvelles "Dernier Soupir" a été
publiée dans le magazine "Solstice anthologie",
pouvez-vous nous en toucher quelques mots ? Avez-vous d'autres
projets en cours ?
L’anthologie Solstice 2007 est
parue aux éditions 5ème Saison et il ne s’agit
pas d’une revue, mais d’un recueil de 13 nouvelles
de l’imaginaire. Mon texte figure aux côtés
d’auteurs confirmés comme Fabien Clavel
et Irène Delse, ainsi que d’auteurs
débutants. "Dernier Soupir" est un court tableau
d’une fin de vie empreinte de nostalgie, dans un style un
peu différent de celui de mes romans. Niveau projets, j’ai
plusieurs épopées de dark fantasy en travaux et
j’aimerais toujours trouver un illustrateur talentueux pour
créer une BD de fantasy.
La
maison d’édition Nuit d’Avril a le chic pour
débusquer les jeunes auteurs de talent, pouvez-vous nous
dire quelques mots à propos de l’équipe et
de leur philosophie ?
Nuit d’Avril est le fruit du travail de Franck Guilbert.
C’est une jeune maison d’édition qui a pour
mot d’ordre de donner leur chance à la nouvelle génération
d’auteurs francophones du fantastiques, de l’anticipation
et du thriller. Parmi les auteurs édités chez Nuit
d’Avril, je voudrais citer mes amis Céline
Guillaume, Estelle Valls de Gomis et
Arnaud Prieur. En ce qui me concerne, une autre
nouvelle vient de paraître dans le dernier Phénix
Mag, hors-série n°6. De quoi patienter en attendant
un nouveau roman !
J’entends
de loin le glas sonner la fin de toute chose, quels sont vos prochains
épisodes littéraires que nous aurons le plaisir
de lire ?
Merci à vous, Nicolas, pour cet entretien passionnant,
ainsi qu’aux visiteurs qui me liront sur Lefantastique.net.
Propos recueillis par Nicolas André
Liens
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officiel de Virginia Schilli
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