Michel Rozenberg

 

Les lecteurs qui vous suivent vont inévitablement comparer vos deux recueils. Et vous, avec le recul, comment les percevez-vous ?
MR: Je perçois une évolution vers des textes plus longs. En cela, je réponds à ma manière à des suggestions nombreuses qui m’on été faites après Altérations. J’ai découvert le plaisir de davantage décortiquer la psychologie des personnages et en particulier de matérialiser "ce qu’ils pensent", sans toutefois déflorer les intrigues… j’espère. Je continue à penser que je n’ai pas ou pas encore acquis la maturité ou devrais-je dire le savoir-faire pour aborder le roman. Je suis de ceux qui pensent que le "remplissage" est contre productif. Ce qui justifie à mes yeux la nouvelle. Je me vois mal écrire 800 pages en sachant bien que je pourrais en retirer 300 sans que l’histoire n’en soit affectée. De plus, notre monde, nos villes, nos quartiers sont envahis par la circulation toujours plus dense, les travaux, les voies qui rétrécissent par la volonté de nos autorités. Je pense qu’il existe une stratégie pour nous dégoûter de conduire et favoriser les transports en commun… ce qui redonnerait toutes ses lettres de noblesse à la nouvelle, plus facile à lire qu’un roman.

Vous avez dû promouvoir vous-même votre premier recueil ce qui relevait parfois du parcours du combattant. Est-ce que cela a été aussi difficile pour celui-ci ?
MR: Grâce à la qualité du travail de mon éditeur, la quantité d’actions qu’il déploie et la stratégie qui est sienne (nombre d’ouvrages, d’auteurs, de salons, d’événements, une diffusion dans 3 pays francophones…), je me suis davantage concentré sur les journalistes que je connaissais un peu depuis l’époque d’Altérations. Chaque libraire belge peut via le distributeur, commander dans des délais très raisonnables l’ouvrage. J’ai mis un point d’honneur à "faire parler" du livre, tandis que l’éditeur se chargeait de sa disponibilité sur le marché. Une approche professionnelle qui devrait lui valoir une large reconnaissance, si ce n’est pas déjà le cas.

Que pensez vous du Fantastique en Belgique ? Et en France ?
MR: Force m’est de constater que le fantastique, sans se perdre dans notre royaume, a été mis en veilleuse. Il faut dire que le genre ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut. Il ne rassemble pas des foules énormes, tandis que la "fantasy" et la "SF" ont davantage le vent en poupe. Le fantastique a toujours été considéré comme une sous-littérature, un genre auquel seuls des "moins" lettrés pouvaient s’intéresser. Heureusement qu’il reste des écrivains comme Jean-Baptiste Baronian qui bien qu’ayant induit une autre direction à sa carrière incarne selon moi, la figure emblématique du fantastique en Belgique. Nous avons également un journaliste, Jean-Claude Van Troyen qui reste une référence en la matière. La difficulté en Belgique est accentuée par l’extrême frilosité des éditeurs. Ce n’est pas pour rien que je me suis expatrié à deux reprises pour me faire éditer. En France, bien que les littératures de l’imaginaire soient moins populaires que d’autres, plus classiques, des écrivains comme Bernard Werber montrent qu’il est possible de se faire accepter et de réussir. Cependant, à part Nuit d’Avril qui s’est spécialisé en exclusivité dans le fantastique et quelques autres éditeurs qui affichent quelques titres parmi beaucoup de SF et de fantasy… pas toujours français d’origine d’ailleurs, le panorama ne me semble pas beaucoup plus prometteur. Gageons que des éditeurs courageux comme Nuit d’Avril continueront à œuvrer dans le sens du retour en francophonie du succès que connaît cette littérature dans les pays anglo-saxons.

Avez-vous d’autres recueils en préparation ? A quand le roman ?
MR: Je travaille sur un nouveau manuscrit. Il s’agira encore de nouvelles, quatre ou cinq je pense. Cela dépendra de la longueur réelle de chaque texte. Le fil rouge de ce troisième ouvrage sera la blancheur ou la noirceur de nos âmes, de notre conscience face à nos entreprises dans la vie ou absence d’entreprise, face à notre contribution au monde, à commencer par nos familles, face aux efforts que nous déployons pour nous comporter en citoyens respectueux de nous-mêmes et des autres. Je n’ai aucune intention de tomber dans le moralisme, heureusement d’ailleurs. J’espère terminer le premier jet vers le mois de septembre et utiliser le reste de 2006 pour le corriger de manière à ce que je puisse le présenter à mon éditeur dans une version éditable. Je n’ai toujours pas de déclic à ce stade pour un roman, mais parfois, les choses s’enchaînent et se décantent d’elles-mêmes. Donc, j’ajoute un bémol à ma réponse.

Propos recueillis par Christian Simon

www.michelrozenberg.com

 

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