Danielle Martinigol

La plupart de vos livres parlent d’écologie, en particulier d’écologie marine. Pourquoi ce choix?
J’ai découvert la science fiction à onze ans. Un âge où mes connaissances en géographie étaient bien limitées… Je crois que j’aurais, à l’époque, été incapable de citer les états limitrophes de la France. Or, grâce à mes romans de SF, je connaissais le nom de lointaines constellations et j’avais une conscience aiguë de ma nature de terrienne ! De ce fait, protéger ma planète (contre les méchants E.T. qui la menaçaient dans les livres que je lisais ;-)) me semblait vital. J’ai toujours conservé ce sens développé d’appartenance à un monde à protéger. Et comme ce monde est quasiment recouvert d’océans… cqfd !

Vous sentez-vous militante écologiste ?
Je ne revendique aucune appartenance à un parti ou un mouvement quelconque. Je me sens seulement écologiste par “ bon sens ”. Si l’on pense à la Terre comme à un vaisseau spatial, ce qu’elle est sans aucun doute, il faut préserver l’air, l’eau, les animaux, les plantes, les humains… bref tout ce qui fait notre écosystème. Si tant est que je délivre un message, c’est celui tout simple de : combattons à tout prix l’adage “ après moi le déluge ! ”

L’Envol de l’Abîme est une épopée qui va changer le destin de millions de gens. Préférez-vous les Space Opera ou les décors plus intimistes ?
Je n’ai pas la sensation de faire du Space Opera. Mes personnages vivent des aventures très intimistes en fait. Ils sont peu nombreux, mais ils ont un charisme tel qui fait que les événements qu’ils vivent entraînent des réactions en chaîne concernant le plus grand nombre. Alors oui, mes décors intimes d’appartements sous marins ou d’îles protégées deviennent d’un coup, sous le feu des projecteurs, des lieux médiatisés d’un bout à l’autre de la Galaxie.

Que vous permet de faire la SF par rapport aux autres genres ?
Je me sens libre. La SF ne m’impose pas de contraintes. C’est un outil naturel pour situer mes histoires dans un autre espace et un autre temps. “ La Marquise sortit à cinq heures. ” n’a pas pour moi la même saveur que “ J’avais atteint l’âge de mille kilomètres. ”. La seconde phrase me fait rêver. Pas la première.

Écrivez-vous différemment pour la collection Autres Mondes ?
Non. J’écris pour de jeunes lecteurs qui sont dans mon esprit tout à fait semblables à ceux que je côtoie chaque jour dans mon collège. Peu importe la collection. Mais j’aime beaucoup Autres Mondes, car c’est une très belle collection qui mêle fort harmonieusement unité et diversité.

Vous avez écrit de nombreuses fois à plusieurs mains, en particulier avec Alain Grousset ? Préférez-vous ce travail ou celui de solitaire ?
Le travail en collaboration a ses charmes tout comme le travail en solo. Il est certain que je n’aurais pas publié autant de romans si je n’avais pas travaillé avec Alain. Phénomène d’émulation, encouragements, défis, délais à tenir… tout ce qui fait la saveur du travail à deux ou trois se retrouve aussi dans l’écriture à plusieurs mains.

Comment travaillez-vous seule ? Comment abordez-vous vos histoires en général, avez-vous une démarche de travail, une méthode d'écriture ?
Toutes mes romans solo sont nés d’événements que j’ai vécus, lus ou vus. En fait, je ne pars pas d’une idée mais d’une image, la plupart du temps issue de l’événementiel contemporain. Ainsi je me plais à dire que je me sers de la SF comme d’une loupe. Je grossis quelque chose du présent en le projetant dans le futur. L’eau pour L’Or bleu (deux enfants croisés en Afrique, portant un énorme jerrican m’ont donné bien à réfléchir ) ; Les déchets pour Les Oubliés de Vulcain (une décharge visitée est devenue ma planète poubelle) ; Les médias voyeuristes pour Les Abîmes d’Autremer (l’agonie filmée d’une enfant au Mexique s’est transformée en une chasse au scoop à tout prix).

Et à plusieurs ?
Brain storming à chaque rencontre. Contacts fréquents par mail ou téléphone. Échanges réguliers. Construction de synopsis en béton et travail en parallèle pour la série Kerri et Mégane. Jamais d’écriture doublée, c’est-à-dire que nous ne faisons pas deux chapitres 1 pour choisir le meilleur ; je fais le 1 pendant qu’Alain écrit le 6. Quand j’arrive au 5, il termine le 10. Et je corrige l’ensemble. Je suis une perfectionniste de la correction. Pas lui.

 

 

 

 
 
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