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K. : Dans
votre livre, Faith raconte une légende et dit à
un certain moment "... car les druides nous enseignèrent
plus tard la supériorité des mots que l'on dit sur
ceux que l'on écrit". Croyez-vous cela ? N'est-ce
pas un peu étrange venant d'un écrivain de faire
dire ça par l'un de ses personnages ?
H.L : Il ne faut pas croire tout ce que disent les personnages
des livres. Il y en a souvent qui disent "tuez les tous !".
Dans ce cas précis, ce n'est pas le narrateur qui parle
mais bien un personnage... Mais en ce qui concerne la supériorité
de l'oral sur l'écrit, je ne suis pas sûr de pouvoir
trancher... Les mots écrits restent, quand on ne les brûle
pas (souvenez-vous de la fin de Farenheit 451). Ils ont l'avantage
d'être plus réfléchis, souvent. Mais l'oral,
quelle puissance ! Quelle force quand les mots sont dits par celui
qui sait les dire ! Je crois que personnellement, je me souviendrai
plus longtemps des histoires que des conteurs m'ont offertes devant
un feu, ou même de celles que ma mère me racontaient
le soir pour m'endormir que de celles que j'ai lues. Cela n'enlève
rien à mon amour du livre... Disons que mon rêve
serait qu'une maman lise La Moïra à ses enfants !
K. : Dans
vos interviews, on relève deux auteurs largement cités:
Alexandre Dumas et Stephen King. Trouvez-vous quelque chose de
commun à ces deux auteurs ?
H.L. : L'émotion. La maîtrise de nos émotions.
Dumas et King savent parfaitement à quel moment leur lecteur
va rire, pleurer, avoir peur. Je suis sûr que King est même
conscient qu'à tel endroit, une bonne partie de ses lecteurs
vont s'emmerder !!! Personnellement, je ne m'emmerde jamais dans
King. On lui reproche souvent de faire des livres trop longs,
mais pour Dumas comme pour King, je me régale davantage
à chaque page. Leurs livres pourraient durer, durer, durer,
comme un lapin qui fait du tambour, et jamais je ne me lasserais...
Ce sont les deux auteurs qui ont eu chez moi le record de vitesse
de pages tournées à la minute (non, bien-sûr,
je mets de côté les flip-book de Pif Gadget...).
En France, les gens ne savent pas forcément à quel
point l'écriture de King est puissante, pas seulement ses
histoires. La langue qu'utilise King est entièrement au
service de nos émotions. C'est un condensé de ce
que j'appellerais "les émotions universelles".
King sait dire en quelques mots des sentiments profonds qui nous
parlent directement, à nous, habitants des 20-21ème
siècles. "A Cigarette widow" par exemple, en
deux mots, King dit beaucoup (alors imaginez tout ce qu'il dit
en un roman !). Lisez la première page de "Désolation".
C'est une leçon d'écriture radicale, efficace, foudroyante.
Quant à Dumas, il y a des gens mieux placés que
moi pour dire combien Dumas et compagnie étaient des as
de l'efficacité littéraire !
K. : Vous
avez été longtemps un des animateurs d'un fanzine
qui a eu la chance de passer pro. Quels conseils donneriez-vous
aujourd'hui à de jeunes passionnés désireux
de lancer leur propre fanzine ?
H.L. : D'arrêter avant qu'il ne soit trop tard ! Non, je
plaisante... Mon conseil : d'y croire, d'y croire dur comme fer,
et de trouver de très bons amis pour le faire avec soi.
Si je ne m'étais pas entouré de David Oghia, Alain
Névant, Emmanuel Baldenberger, Stéphane Marsan et
de tous les pigistes, je ne serais jamais arrivé là
où nous sommes arrivés. C'est donc une question
de motivation, de hasard des rencontres, et surtout d'humour !
Il faut beaucoup d'humour... Jusqu'au bout. Je crois même
que parfois, on oublie que, "bon, allez, il faut prendre
ça à la rigolade". En ce moment par exemple,
deux de mes plus proches amis l'ont un peu oublié et se
font
méchamment la gueule comme deux gamins de 12 ans. Le vrai
combat, c'est ça. Se souvenir que le grand challenge, c'est
de gagner sa vie en faisant ce qu'on aime, avec les gens qu'on
aime, sans se laisser pourrir par les difficultés qui viennent
nous barrer la route. Le plus dur, c'est de continuer à
aimer ses potes pour leurs défauts, parce que quand tout
va mal, c'est les défauts qui ressortent, pas les qualités.
Et là, les moins patients baissent les bras. Pourtant,
je peux vous dire une chose, l'équipe
qui a monté Science-Fiction Magazine est la plus belle
équipe de potes que la terre ait porté, une équipe
qui regroupe tous les pires défauts de la terre, et toutes
les plus belles qualités. J'espère qu'on saura continuer,
avec humour...
K. : Enfin,
pour en revenir à la Moïra, la création d'un
site Internet semble indiquer une volonté de créer
un univers déclinable sur plusieurs médias. Est-ce
là une de vos intentions? Si un gros budget venait à
atterrir en vos mains, quel média choisiriez-vous pour
prolonger votre univers ?
H.L. : Sans hésiter, je donnerais tout l'argent à
David Oghia pour qu'il fasse un film. Ce type, qui a été
rédacteur en chef de Lucasfilm Magazine, de Starfix, puis
qui a été responsable de la rubrique Ciné
dans SF-Mag, est avant tout réalisateur. C'est son vrai
métier, et comme pour beaucoup de jeunes réalisateurs,
aussi talentueux soient-ils, les réalités économiques
font qu'on n'a pas toujours les moyens de se consacrer à
ce que l'on sait faire le mieux. Mais si un jour un producteur
donne ces moyens à David, je fais ici le pari que ses films
bouleverseront le paysage cinématographique
franco-français. Il a une réelle intelligence du
langage filmé, et s'il fallait que La Moïra devienne
autre chose qu'un livre, alors je voterai pour un film d'Oghia
!
Pour retrouver l'univers de La Moïra sur le
net: http://www.henriloevenbruck.com
Christophe Van De Ponseele - 03/2001
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