Entretien avec Nathalie Le Gendre (suite)

 

LFN: Vous parlez de clonage avec méfiance. Quel est votre point de vue sur ce problème qui se pose en matière d'éthique ?
NLG: Sauver des vies, oui. Aller contre nature et déborder dans l’extravagance, non.

LFN: Mais que pensez-vous des espoirs de certains de se servir de clones pour "remplacer" des parties de corps ou des organes ? Pensez-vous cela réalisable ? Pensez-vous que cela prêtera à des débordements ?
NLG: J’espère sincèrement que cela sera réalisable, mais je pense qu’immanquablement, cela prêtera à des débordements.

LFN: Vous dédiez ce roman à Léonard Peltier, un indien prisonnier politique, vous faites même une postface sur lui, et pourtant vous n'abordez pas vraiment la cause indienne.
NLG: C’est vrai. Mósa Wòsa n’est absolument pas basé sur la cause indienne, mais sur la notion de vie, sur la philosophie indienne. Dans ce cas, pourquoi dédier ce roman à Leonard Peltier ? Parce que les Indiens font partie de ces minorités opprimées et je ne supporte pas l’injustice. Léonard Peltier a été condamné parce qu’il est Indien, parce qu’il défendait son peuple, parce qu’il se battait pour leurs traditions. Dans ce roman, je leur redonne leur liberté, tout simplement.

LFN: Avez-vous d'autres causes à défendre dans vos prochains romans ?
NLG: (rire) Si vous saviez !

LFN: Vous êtes plutôt mystique, me trompes-je ?
NLG: Non, je ne suis pas mystique. Je suis passionnée.

LFN: Quelles sont vos influences littéraires ?
NLG: Joker. Je ne supporte pas de me faire influencer ! Si je lis, c’est pour le plaisir pur et simple : accompagner un personnage, le sentir palpiter tout au long du roman.

LFN: Alors je rectifie la question : qu'aimez-vous en littérature en donnant des noms sur vos préférés ou ceux qui vous ont marqué à un moment ou à un autre ?
NLG: Ado, mon père m’a offert un roman (autobiographique) qui m’a profondément marqué : Une demoiselle sur une moto (de Anne-France Dautheville). Une jeune femme qui part à l’aventure, seule, avec sa moto dans des pays où une femme "libérée" n’est pas la bienvenue. Il fallait un sacré courage pour faire ça !
Sinon, plus petite, je n’avais pas accès à beaucoup d’ouvrages (question de finance et de vision familiale), alors dès que j’en dénichais un, je me jetais dessus comme une vorace; le milieu scolaire m’a permis également d’assouvir ma soif de littérature. Je me suis passionnée pour la mythologie grecque (avec également le théâtre (grâce aux auteurs comme Anhouil, Racine, Sophocle, Corneille,…) : Andromaque, Antigone, Phèdre, Œdipe,…), la poésie (Baudelaire…), Molière, Pagnol, Maupassant… J’en passe, la liste est longue !
Mes lectures SF, Fantasy, BD (dans lesquelles il est impératif que les yeux des personnages me captivent) sont venues beaucoup plus tard, lorsque j’ai pu acheter moi-même mes premiers livres… car je déteste en emprunter !

LFN: Et les autres de tous genres ?
NLG: En gros : ce que j’aime lire ? Tout mais pas des niaiseries : œuvres classiques, théâtre, fantasy, SF, histoires vécues, etc… Il faut que les histoires me fassent vibrer, réfléchir.

LFN: Comment écrivez-vous, avez-vous une démarche de travail, une méthode d'écriture ?
NLG: Je me laisse tout simplement guider par mes personnages qui me parlent. Je suis quelqu’un d’autre quand j’écris, je vis dans un univers parallèle. Lorsque je retombe dans la réalité, j’ai du mal à dire comment j’ai pu écrire telle ou telle chose. Je m’étonne moi-même ! A part ça, je ne supporte pas les synopsis, au grand dam de mon directeur de collection !

LFN: Cette plongée en terrain inconnu permanent n'est-il pas troublant quand on écrit ?
NLG: Au contraire, c’est très excitant !

LFN: N'a-t-on pas envie de pouvoir parfois se raccrocher à quelque chose, histoire de ne pas perdre le fil de ce que l'on voulait dire ?
NLG: Aussi étrange que cela puisse paraître, tout est bien cadré, mis en place, et je ne perds jamais pied !

LFN: Quelles sont les scènes que vous avez le plus de mal à écrire ? Le plus de facilité ?
NLG: J’ai beaucoup de mal avec les scènes dites d’action. Ca m’ennuie royalement ! Par contre, tout ce qui touche au personnage, les émotions, les dialogues, le décor, etc… un régal ! Ca se sent dans mes livres, non ?

LFN: Nathalie Le Gendre offrira-t-elle des histoires avec plus d'ampleurs (j'entends en tant que décorum) ou restera-t-elle dans des cadres intimistes ?
NLG: Ca m’étonnerait que je change ma façon d’écrire, mais qui sait ? En ce qui concerne mes histoires… pas facile à expliquer. Je plonge régulièrement dans mon univers parallèle et je vis des choses. J’ai envie de les partager avec les lecteurs, donc je les mets en scène sur papier. Compliqué, hein ? En clair, les sujets que je traite me tiennent à cœur, c’est tout.

LFN: Avez-vous écrit ces livres en ayant à l'esprit qu'ils s'adressaient à des enfants ? Si oui, vous verra-t-on en littérature "adulte" ?
NLG: La littérature adulte, comme vous dites, ne m’intéresse absolument pas. J’ai beaucoup de choses à dire aux enfants et aux adolescents. La plupart des adultes ont perdu cette petite lueur que j’aime retrouver dans les yeux d’un être humain. Mais mes livres s’adressent à un large public.

LFN: D'autres genres vous intéressent-ils ?
NLG: La fantasy, mais je ne me sens pas capable de m’y plonger. J’ai un tantinet peur de faire quelque chose qui ressemble trop à ce qu’il y a sur le marché. Alors j’attends un déclic.

LFN: Votre futur ?
NLG: De nombreux projets, dont un troisième roman chez le même éditeur, dans la même collection. Comme je suis secrète et un peu sauvage, je ne dévoilerai rien de plus…

Propos recueillis par Michaël Espinosa

Découvrez, en avant-première, la chronique de "Moza Woza" (sortie annoncée le 18 mars)

 
 
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