Entretien avec Christophe
Lambert
Véritable
touche à tout de l’écriture, Christophe
Lambert est un auteur à part entière. Capable
de composer dans tous les genres possibles (historique, policier,
aventure, fantastique, fantasy et science-fiction, parfois le
tout mélangé), chacun de ses livres est un plaisir
pour le lecteur. Ses histoires sont à la fois divertissantes
et intelligentes. Un mélange subtil toujours surprenant.
Le lecteur est tenu en haleine au fil des pages et referme le
livre avec un regret : que ça ne continue pas encore.
Avec La loi du plus beau, il aborde encore des problèmes
actuels qui touchent les adolescents mais dans lesquels les
adultes se retrouveront. Une force que possède Christophe
Lambert : réunir les générations autour
de ses textes. Et même s’il fait le timide, il a
beaucoup de choses à dire…
Après
avoir tapé sur les sectes et les dangers du clonage au
moment de l’affaire des raëliens, te voilà
en train d’attaquer la dictature de la beauté et
le terrorisme au moment où le Moyen Orient est en feu
et que Star Ac’ fait encore des dommages collatéraux
trop nombreux. Ca fait quoi d’être un gars dans
le vent ?
C.L. : Ben… J’ai toujours pensé que la SF
pouvait être un miroir déformant de notre présent,
alors je déforme, je déforme… Ceci étant
dit, cette veine « caricature – sonnette d’alarme
» n’est pas la seule fonction du genre, Dieu merci.
La SF permet aussi de rêver, de s’évader.
Qu’est-ce
qui t’a poussé à traiter de ces sujets dans
La loi du plus beau ?
C.L.
: La dictature de la beauté est le sujet qui est venu
en premier. La dénonce des dérives activistes
s’est greffée là dessus en cours de gestation.
Ado, j’étais très concerné par mon
physique, mon look, ce genre de choses… On passe tous
par là, n’est-ce pas ? Donc, écrivant dans
des collections « jeunesse » et étant un
petit malin, je me suis demandé « Quelle histoire
(bonne, de préférence) pourrais-je raconter autour
de ce thème ? ». Ce n’est pas, je crois,
la meilleure façon de procéder : j’ai mis
la charrue thématique avant les bœufs dramatiques.
Quand on procède ainsi, il y a un risque que le contexte
vole la vedette à l’histoire. D’habitude,
je cogite d’abord sur la situation, puis les personnages,
puis le background… Enfin, bref, une fois l’envie
d’écrire sur la beauté bien ancrée
en moi, j’ai lancé mon moteur de recherche interne
et j’ai attendu que les petites cellules grises, là
haut, fassent leur boulot. J’avoue qu’en ces temps
de télé-réalité débridés,
je n’ai pas manqué de sources d’inspiration.
Il y a eu aussi la lecture du livre Le poids des apparences
qui m’a alarmé. L’auteur, JF Amadieu, nous
prouve, chiffres à l’appui, que la beauté
est vraiment un plus à chaque étape de notre vie.
Un GROS PLUS ! C’est assez effrayant. Ma première
idée était de faire un livre « de procès
». L’héroïne, Karol, se faisait engager
dans une entreprise grâce à un « nano-maquillage
» qui lui remodelait la face (en mieux, of course), et
patatra, une fois démasquée, au propre comme au
figuré, elle était virée avec pertes et
fracas. Dans l’acte II, elle attaquait en justice la grosse
boîte, David contre Goliath, avec plein de jolies plaidoiries
type Ally McBeal ou The Practice… Mais au final, cela
aurait donné un truc assez bavard et, dans un cadre jeunesse,
ce n’est pas l’idéal. J’ai donc changé
mon fusil à pompes d’épaule et me suis demandé
: dans une société démocratique, comment
fait-on quand on veut protester contre une injustice ? Ainsi
est né mon groupuscule de militants.
Tu traites
plus de la limite à ne pas franchir dans l’action
de force que réellement du terrorisme. Serais-tu un révolutionnaire
?
C.L.
: Je vote à gauche, si tu veux tout savoir… ce
qui, dans les milieux artistiques, est plutôt une attitude
conformiste d’ailleurs ;-) Pour en revenir au bouquin,
la cause de mes militants est juste. Il y a un moment où
ils dérapent, vers le milieu du livre, quand ils font
usage de la violence. Je crois que mon point de vue est clair
là dessus. En théorie, en démocratie, on
ne devrait pas avoir à en arriver là. Dans un
état totalitaire, le choix est plus simple, quelque part
: soit on prend les armes, soit on fait le dos rond. Mais en
démocratie, quand on veut faire bouger les choses, on
fait quoi ? On prône la désobéissance civile
comme Bové ou Mamère ? On alerte les médias
? On attend les prochaines élections en serrant les fesses
?
Comment as-tu abordé ces diverses
problématiques ? N’as-tu pas eu du mal justement
à trouver un juste milieu dans ton discours ? N’as-tu
pas eu peur de tomber dans le politiquement correct gnangnan
ou alors de dépasser les limites qui pourraient paraître
raisonnables aux gens ?
C.L. : Je ne cherche pas spécialement un juste milieu.
Je raconte une histoire, et tous les éléments
que j’injecte n’ont qu’un seul objectif :
aider cette histoire à fonctionner le mieux possible.