Entretien avec Jess Kaan

Propos recueillis par Christophe Duchet (Juin 2004)

 

LeFantastique.Net: Nous allons débuter par l'habituelle question de présentation : qui est Jess Kaan ?
Jess Kaan: Qui suis-je, d'où viens, qui est-ce qui me ramène ? Vastes questions… Qui est Jess Kaan ? Hm hm, difficile à dire surtout lorsqu’on est le principal intéressé.. Disons que j’ai presque 27 ans, et qu’en dehors de mon métier, je suis auteur de fantastique, fantasy, sf… Un petit Nordiste et fier de l’être qui mène sa barque…

LFN: Une petite question qui m'intrigue : Jess Kaan est un pseudo, pourquoi avoir choisi de ne pas écrire sous ton véritable nom ? Ce pseudo a-t-il une histoire particulière ?
JK: Alors peut-être suis-je timide, mais je n’avais aucune envie d’écrire sous mon vrai nom. Donc j’ai cherché longtemps un pseudo avec une consonance américaine ou plus exactement anglo-saxonne et voilà...

LFN: Qu'est-ce qui t'a un jour pousser à prendre la plume et à écrire?
JK: Dès mon enfance adolescence, j’ai adoré écrire, je savourais les rédactions en élémentaire puis au collège mais je n’aurais jamais osé franchir le pas pour autant… J’avais des idées préconçues, un enfant/ ado ne pouvait pas écrire. Mais mon imagination a toujours été fertile alors j’emmagasinais des histoires. Puis au lycée un ami m’a montré ses écrits et comme je cherchais à me distraire autrement qu’en pensant aux filles, j’ai pris un cahier et j’ai griffonné mes premiers textes avant de passer à la machine à écrire puis au PC.

LFN: On ressent à la lecture du recueil tes influences (King, Simmons et Masterton est même cité nommément): sont-ce réellement tes modèles et pourquoi ? Qui pourrais-tu citer d'autre ?
JK: Euh pour Simmons, je serais donc comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, car ce n’est pas un de mes auteurs fétiche. Personnellement, je n’ai lu de Simmons que "L’Echiquier du Mal" et le livre se déroulant en Roumanie, le second m’ayant bien plu comparé à l’autre qui est trop souvent porté aux nues à mon humble avis… En revanche King, Masterton, Lovecraft, James Herbert, de Lint, Koontz j’assume entièrement. Il y a quelques années, lorsque je les ai découvert par le biais de la Collection Terreur pour la plupart d’entre eux, j’avoue avoir éprouvé d’agréables frissons. M’être dit : “que des histoires “! Donc oui, ils m’ont influencé, je l’avoue et ce que j’aime en eux c’est de nous offrir d’agréables moments sans autre prétention. Certains qualifient ces romans de littérature de gare, mais moi ce que j’apprécie dans ces écrits, c’est cette capacité à nous “embringuer” dans des réalités différentes avec démons et autres… Franchement ça m’interpelle plus, ça me fait rêver davantage que le type ou la nana qui passe trois cents pages à tourner autour de son nombril pour se rendre compte qu’il est seul et mal dans sa peau. Attention, je ne dis pas non plus que tout est excellent chez ces auteurs et j’aime également me replonger dans les Balzac de temps à autre. J’adore "Illusions Perdues" par exemple (rires).

LFN: Qui et que lis-tu en ce moment ?
JK: En ce moment je suis plongé dans "La Roue du temps" de Robert Jordan parce que je prépare un travail d’envergure sur cet auteur. Donc je lis en disséquant. Il a une écriture efficace, je trouve, très cinématographique, même si son inspiration est très visible. Mais ma pile de lecture est immense et j’entends bien profiter des vacances pour me rattraper…

LFN: Tu as débuté par des publications en fanzine : ces publications te semblent-elles importantes pour toi et les autres auteurs ?
JK: Les fanzines sont les publications amateurs sans but lucratif, rappelons le pour ceux qui découvrent ce terme comme je l’ai fait il y a 5 ans environ… Je ne peux pas nier que sans les fanzines, je n’aurais pas appris à peaufiner mes écrits davantage. Je dirai d’eux qu’ils sont une piste d’envol nécessaire pour les auteurs (ou les personnes se revendiquant comme tel), on y fait ses essais, ses premières marques, on voit si on a envie de continuer là-dedans puis ensuite, il faut aller de l’avant sans pour autant leur cracher dessus. Parce que le fanéditeur a du mérite, celui d’essayer de remplir un gouffre financier sans fond qui le voue à l’absence de reconnaissance le plus souvent (c’est d’ailleurs pour cette raison que la nécropole des fanzines est immense) En outre, on trouve souvent de très bonnes choses dans ces fanzines, des auteurs prometteurs, des articles de passionnés. Je sens que je vais me faire un paquet d’ennemis, mais je suis nettement moins convaincu, en revanche, par la publication sur Internet. Pourquoi ? Parce que n’importe qui disposant d’un accès et d’un logiciel FTP peut mettre en ligne ses écrits et qu’il faut donc faire un tri sévère dans les sites sur lesquels on surfe…

LFN: Est-il difficile selon toi de passer à d'autres supports, comme les revues et anthologies d'éditeurs installés ?
JK: Oui, c’est totalement différent, il faut d’abord connaître les usages de la profession, les normes de soumission etc… Ne pas s’attendre à une réponse rapide le plus souvent et ensuite avoir des textes béton. Et encore, une fois que l’on a publié, rien n’est acquis car la concurrence est très rude. Chaque texte t’oblige à faire des preuves, à donner le meilleur de toi encore et toujours…

LFN: Tu as toi même dirigé une anthologie thématique chez l'Oxymore (Emblèmes La Route), ce passage de l'autre côté du miroir fut-elle une expérience enrichissante ? Le choix des textes a-t-il été une chose aisée ou difficile ?
JK: Oui le rôle de l’anthologiste est une expérience étonnante et extraordinairement riche. Parce que c’est une expérience humaine sans pareil dans notre monde de l’édition. Des dizaines d’auteurs te livrent une partie d’eux-mêmes et toi tu es là, à juger ce qu’ils ont écrit, à te demander au nom de quoi tu peux refuser un texte ou l’accepter, si tu fais le bon choix….. Tu doutes... Alors tu penses au lecteur qui découvrira ton antho et tu n’as qu’une envie, lui faire plaisir, mais pour cela, il faut trancher dans le vif, refuser de nombreux textes. En ce qui concerne la Route, je n’étais pas seul à la barre, rappelons-le, puisque je co-dirigeais avec Grégory Silhol. Nous avons reçu plus de 70 textes francophones et nous avons refusé de suivre l’inclination accidents et tragédies pour monter une anthologie hétéroclite, riche en émotions. Il y a eu des doutes sur certains textes, mais nous avons sélectionné ceux qui nous parlaient le plus, qui s’accordaient avec ceux qui prenaient leur place d’emblée. Et il y a eu le miracle du Friesner qui aurait bien mérité un prix !!!

 
 
 
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