Entretien avec Robert Hodstock (suite)

 

LFN: Dans quel autre genre aimeriez-vous vous lancer un jour ? Fantastique ? Romance ?
RH: Je n'ai jamais écrit d'histoires romantiques. Je n'ai jamais écrit non plus de thriller. Tous mes romans sont des histoires avec leur lot de mystères. J'ai déjà abordé les genres science-fiction, horreur, fantastique…toujours avec une bonne dose de mystère au cœur de l'histoire. Pour les citer, mes romans de science-fiction sont Le Souffle du temps, Eye Among The Blind, Earthwind, Ancient Echoes ; ceux d'horreur sont Necromancer, The Fetch, Night Hunter ; et en fantasy, j'ai basé un de mes romans dans la forêt de Broceliande, Merlin'sWood.

LFN: Comment démarrez-vous vos romans ?
RH: Le plus souvent avec une idée de départ plutôt que des personnages, je crois. Cela dit, je trouve très vite un personnage qui s'associe avec cette idée. Jason et Merlin, par exemple, sont apparus naturellement derrière l'idée de Celtika. Pour mon roman Le souffle du temps j'ai d'abord eu une idée : un vent qui souffle à travers le temps, parcourant le passé et le futur. Les personnages ont grandi autour de cette idée, afin d'illustrer ce que pouvait ressentir des gens face à une expérience nouvelle et étrange.

LFN: Quand vous écrivez, pensez-vous tout de suite à vos lecteurs ? Ecrivez-vous d'abord pour vous ou pour leur plaisir à eux ?
RH: Les deux, mon capitaine ! J'adore écrire. Et j'adore savoir que mes histoires ont séduit des lecteurs. Alors est-ce que je modifie mon écriture en fonction des attentes éventuelles des lecteurs ? Absolument pas. Mais j'écris parce que j'espère toujours pouvoir partager mes histoires avec des lecteurs qui ressentiront le plaisir que j'ai eu à les écrire. Comme mon Grand-Père qui me racontait la vie dans les tranchées en 1915 et tous les fantômes qui l'y ont accompagné.

LFN: Quelles sont vos influences en littérature, films, musique et autres ?
RH: Tennyson. Whitman. Golding. Aldiss. Ridley Scott. Kubrick. Sergio Leone. Passolini. Luc Besson. David Bowie. Rolling Stones. Ralph Vaughan Williams. Henry Purcell. Bruckner. Mahler. L'âge du Bronze. Les vieux paysages. Les forêts sauvages là où je peux en trouver. Joseph Campbell. Robert Graves. Les conteurs. Les mythes en général. Un bon Sancerre de la cave Perrier (le Vacheron est aussi excellent). La persistance de la mémoire.

LFN: Connaissez-vous quelques écrivains français ?
RH: Il y a quelques années, lors d'un atelier d'écriture en Angleterre, j'ai lu des textes de Patrice Duvic et Marianne Le Conte. C'était des textes haletants et puissants. Il y a un an j'ai lu Le Roi d'août de Michel Pagel, en français (!), et j'ai trouvé là un véritable écrivain selon mon cœur.

LFN: Que pensez-vous de la place des livres de genre dans le monde ? En Europe ?
RH: La littérature de genre est bonne, tant que vous écrivez le livre que vous voulez écrire. Cela peut être difficile d'être reconnu en dehors d'un genre après y avoir écrit, mais c'est aussi un lieu sûr où vous trouverez des lecteurs tant que vos livres seront intéressants, séduisants et surtout que l'on sentira un vrai travail derrière. Alors à cet instant, le "genre" ne sera plus vraiment un "label" et vous serez considéré comme un "écrivain". Mais ça demande beaucoup d'efforts. La science-fiction et la fantasy, il y a trente ans de cela, étaient des genres où il était difficile d'âtre publié et surtout d'être pris au sérieux. Et cette époque n'est pas encore révolu complètement. Comme toujours, les pires écrits en fantasy sont ceux qui se vendent le mieux. Mais il faut garder la foi.

LFN: Avez-vous des techniques d'écriture, des objets fétiches, des habitudes, des tics ?
RH: Mon roman Lavondyss a été écrit au stylo, et griffonné dans de nombreux carnets de notes. C'est la manière la plus agréable d'écrire. Aujourd'hui j'utilise un PC, mais quand j'ai un petit blocage je reviens toujours à mes cahiers et mes crayons. J'ai beaucoup trop d'objets fétiches pour en faire une liste, mais récemment, par obligation, je me suis débarrassé de mon sanglier empaillé qui me tenait compagnie. Je pense à mes livres tout le temps. Je suis extrêmement désorganisé. Je trouve que les idées viennent bien plus clairement lorsque je suis peu concentré. Je garde toujours la dernière page de mon roman avec moi, peu importe où je suis. Je garde mes notes, mais souvent je les trouve inintéressantes au fil du temps, et je trouve d'autres idées. J'ai beaucoup de carnets de notes, remplis de pensées, souvent inutiles…pour le moment.

LFN: Que pourriez vous donner comme conseil à un apprenti écrivain qui aimerait être publié ?
RH: Soyez vraiment sûr de ce que vous désirez en écrivant, et de ce que vous voulez écrire pour être satisfait de vous. Et faites-le ! Et faites-le comme vous en avez envie. N'écoutez pas les conseils qui concernent votre sujet, seulement ceux qui concernent la mise en page.

LFN: Quel est votre futur ?
RH: Après le troisième roman du Codex Merlin, je retournerai dans les bois de Mythagos. Et j'en suis très impatient.

Propos recueillis par Michaël Espinosa

Découvrez, en avant-première, la chronique de "Le Graal de Fer" (sortie annoncée le 4 mars)

 

 
 
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