Entretien avec Robert Holdstock

 

LeFantastique.net: Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?
Robert Holdstock: Je suis né et j'ai grandi dans le Kent, près de The Romney Marsh, et certainement plus près de la France que de Londres. J'ai suivi des études à l'Université en zoologie et en médecine tropical. Mais mon hobby a toujours été l'écriture de science-fiction, et quand j'ai réalisé que ma thèse universitaire comportait plus de "fantasy" que mes écrits de science-fiction, j'ai abandonné médecine et suis devenu écrivain à plein temps. C'était en 1975. Je vis aujourd'hui à Londres, avec Sarah, "my companiero" depuis vingt ans.

LFN: Quand avez-vous commencé à écrire ?
RH: Mon grand-père était un conteur fabuleux. Il a vécu les événements tragiques de la Somme en 1915 et m'a nourri d'histoires horribles sur ce qui s'était passé durant cette guerre. Il a toujours aimé les histoires de fantômes. Il intégrait dans ses récits de guerre des fantômes et autres horreurs et transformait le tout en des contes effrayants. Il m'a vraiment inspiré. Quand j'avais neuf ou dix ans, j'ai commencé à écrire mes propres histoires. Il relisait mes textes et me donnait d'excellents conseils, et surtout il m'encourageait à poursuivre. Malgré l'influence de mon grand-père, j'écrivais plus de science-fiction que d'horreur et en 1967, Michael Moorcock m'acheta ma première nouvelle et la publia. J'ai dû rédiger au moins une centaine d'histoires dans les années 60 que j'ai envoyé à Analog, Fantasy and Science-Fiction ou encore Galaxy, mais je n'en ai vendu que deux ! Dans les années 70, tout s'est amélioré pour moi.

LFN: En France, vous êtes surtout connu pour vos romans, et particulièrement pour Celtika qui a obtenu le Grand Prix de L'imaginaire 2004. Que ressentez-vous après l'avoir reçu ?
RH: Je suis extrêmement honoré d'avoir reçu ce prix pour Celtika. Je l'étais déjà lorsque j'ai reçu ce même prix l'an dernier pour La forêt des Mythagos (publié chez Denoël en deux volumes, ndlr). Ce que j'ai ressenti? Je pense que le mot juste est "encouragé". Je me sens aussi récompensé. Je n'écris pas mes romans très rapidement. Je passe beaucoup de temps dessus. Je me pousse à chercher quelque chose de vraiment nouveau pour chacun de mes livres. Je me persuade que chaque livre est le dernier que je vais écrire, donc je dois abandonner les profits à courts termes pour une satisfaction à long terme. Un prix comme celui de l'Imaginaire m'aide à apporter plus facilement mon travail auprès de mes lecteurs, et je les estime tous. Pour aimer ou détester mon travail, encore faut-il pouvoir le lire. Et c'est le cas pour tous les écrivains.

LFN: Denoël publie un recueil de nouvelles de vous. Comment abordez-vous le travail sur le roman ou sur la nouvelle ?
RH: L'un et l'autre demande un état d'esprit très différent. C'est un travail différent. Aujourd'hui, je n'écris plus de nouvelles parce que chaque idée de nouvelle se retrouve absorbée dans le roman que j'écris. Vingt ans auparavant, je pouvais trouver une idée pour une nouvelle rapidement et écrire un premier jet en un ou deux jours. C'était de petites idées qui illustraient une petite problématique. Je peux vous citer Un événement sans importance, publié dans le recueil chez Denoël : un cadre exotique futuriste, des événements étranges, des rencontres bizarres et un sacrifice. Tout cela pour parler de la force de la "compassion" chez notre espèce. J'explore la même problématique dans mes romans Le souffle du temps (qui sort le 4 mars chez Denoël aussi, ndlr) et EarthWind, mais dans les romans, ce thème fait partie d'autres thèmes importants, et est exploité avec plus de profondeur chez les personnages.

LFN: Pourquoi écrivez-vous principalement de la fantasy ?
RH: J'ai écrit de la science-fiction, de la drak fantasy, de l'horreur, de l'épouvante, de la high fantasy et de la fantasy historico-mythologique. Mais en fait j'écris juste des romans. Je ne pense jamais à la notion de genre. J'aime l'inconnu ; j'aime le passé oublié ; j'aime le futur inconnu. J'aime explorer, comme tous les écrivains de fantasy je pense, des mondes qui vont au delà de ce que l'Homme peut connaître mais pas de ce que l'Homme peut comprendre. J'utilise les mythes et l'histoire car ce sont pour moi une sorte de vernis que le temps a mis sur la vérité. A travers la fantasy je peux faire sauter ce vernis selon mes envies et entrevoir le réel, le bois pourri qui se trouve derrière.

LFN: Dans Celtika et Le Graal de Fer, vous mélanger les légendes celtiques et grecques. Pourquoi ce choix ?
RH: Tout d'abord, ce sont les grecs qui ont décrit les Keltoi dans leurs écrits. Les mondes Grecs et Celtes se côtoyaient et de devaient certainement commercer entre eux. Je me suis longtemps intéressé à la façon dont ces deux mondes avaient pu interagir.
Mais la vérité c'est que je suis arrivé à écrire Celtika grâce au dramaturge grec Euripedes (ou Euripide). J'ai assisté à une représentation de Médée. Médée, dans un accès de fureur, a tué ses deux fils, qu'elle avait eu avec Jason, après que ce dernier l'ait trahie. C'est le mythe de base. Sur la scène, les deux "cadavres" des garçons discutaient et riaient ensemble pendant que leur père enrageait en tournant autour d'eux, tourmenté qu'il était par leur mort. Cela me donna l'idée de prétendre que Médée avait maquillé leur mort et les avait caché plus tard. Alors, Jason découvrait la vérité et commençait un nouveau voyage, avec de nouveaux Argonautes, afin de retrouver ses garçons. Qui pouvaient être ces nouveaux Argonautes ?J'avais besoin de quelqu'un possédant des pouvoirs magiques. Pourquoi pas alors un Merlin jeune ? Et voilà la connexion avec le monde celtique. Mais j'insiste bien : mon Merlin n'est pas du tout le Merlin qui côtoie Arthur. Tout du moins c'est le même homme, un semi-mortel, mais pas encore transformé en version arthurienne.

LFN: Je m'attendais à une bataille gigantesque, à la Seigneur des Anneaux, mais le combat le plus important est un face à face très traditionnel entre celtes. Préféreriez-vous les relations intimistes aux grandiose que peut offrir parfois la Fantasy ?
RH: Oh que oui ! Les gens, les relations humaines, m'intéressent beaucoup plus que les batailles. Le combat entre les deux guerriers, les deux champions pour être exact, qui survient vers la fin de Celtika est décrite à partir d'information que j'ai glané dans les vieilles épopées celtiques irlandaises. J'ai trouvé ces formes de combat bien plus sauvages que beaucoup de batailles gigantesques. Et cela m'a permis d'explorer les fondements de l'amitié, et de la trahison bien sûr. Donc, oui. De l'intimiste toujours. Du grandiose occasionnellement. Et Le Seigneur des Anneaux ? Je laisse cela aux autres.

LFN: Vos personnages sont un peu machos, et les femmes sont souvent des traîtresses. Croyez-vous que les femmes vont vous haïr ?
RH: J'espère bien que non ! Et puis en fait, les deux seuls vrais traîtres dans Celtika sont Jason, qui a trahi Médée, et l'ami le plus proche du Grand Roi, qui mangera son "pain blanc" plus tard. Médée ne veut que protéger ses enfants. Le jeune femme, Niiv, est très attachée à Merlin. Elle est simplement jeune, naïve et en quête de deux choses : l'amour et la connaissance. Je pense que mes deux personnages féminins sont les plus forts dans le roman.

 

 

 
 
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