En quelques
année Johan Heliot s'est imposé
comme une valeur sûre des littératures de l'imaginaire
avec des romans encensés par la critique comme La
Lune seule le sait, Faeries Hacker
ou Faerie Thriller. Ses univers
colorés transportent le lecteur dans des intrigues
passionnantes où la réalité se décline
en nombreuses strates. Son dernier livre, une novella intitulée
Führer Prime Time se présente
comme une satire acerbe de notre société en
annonçant ce qu'elle pourrait être si nous
n'y faisions pas attention. L'écrivain, comme l'homme,
avait des choses à nous raconter. |
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LeFantastique.Net:
Avec Führer Prime Time, vous vous lancez dans une
attaque en règle contre les dérives de notre société:
la télé réalité, les dérives
de la science, les mouvements de libération du tout et
n’importe quoi. Comment vous est venue l’idée
de Führer Prime Time ?
Johan Heliot: Tout est parti d'une information relevée
au printemps 2005 dans la presse, et que je rapporte dans le livre:
le nid d'aigle du Fürher, sa résidence privée
de Berchtesgaden, a été transformé en hôtel
de luxe, pour des raisons de rentabilité évidentes...
A l'heure où les problèmes de mémoire nationale
agitent notre pays (voir le débat sur la colonisation et
ses effets positifs), je trouve ça à la fois cocasse
et inquiétant. Le jour où il n'y aura plus de témoins
vivants de la Shoah, qu'est-ce qui empêchera de se débarrasser
des camps d'extermination ? Après tout, ils ne rapportent
rien... On pourrait édifier de magnifiques complexes hôteliers
au même endroit... Bref, à partir de là, je
suis passé au thème du clonage (en ce moment, on
s'occupe de débattre du clonage de Jésus... On marche
vraiment sur la tête !), et j'ai imaginé dans un
futur proche qu'on faisait débattre dans des talk-shows
certaines célébrités historiques. Ainsi,
le livre s'ouvre sur Elvis et Hitler tentant de régler
la question de l'Holocauste... Je rappelle que Presley est virtuellement
reparti en tournée cette année, aussi. Je pense
qu'on verra bientôt des personnalités virtuelles
dans des émissions de trash-TV. La technique existe. Il
suffit qu'un producteur considère que ça peut rapporter...
Comment
avez-vous choisi ces avatars historiques: Hitler, Elvis Presley…
?
Voir question précédente pour le choix du King.
Pour ce qui concerne Hitler, j'ai voulu jouer de l'effet de contraste.
En effet, c'est le clone du plus grand criminel de l'histoire
(peut-être à égalité avec Staline ou
Mao, je ne veux me lancer dans ce genre de débats...) qui
va donner une petite leçon sur la mémoire aux hommes
du futur proche. Car évidemment, un clone n'est rien que
la copie physique de son modèle, sa personnalité
demeurant vierge de toute influence - hors conditionnement, bien
sûr...
Cette idée
du clonage est inhérente à la science-fiction. A
quels auteurs vous êtes vous référés
?
A la vérité, je n'ai pas pensé à un
auteur précis, de SF ou autre... Peut-être inconsciemment
Houellebecq, dans la mesure où il était
difficile d'ignorer le thème de son dernier livre avec
tout le battage fait autour !
Vos clônes
ont une durée de vie limitée. N’est-ce pas
également une référence aux Réplicants
de Philip K. Dick ?
Indirectement, oui. Il y a d'autres clins d’œil
aux œuvres majeures du genre. Par exemple, mes "zombots"
sont soumis aux trois lois de la zombotique...
Vos
personnages sont volontairement caricaturaux. Pourriez-vous nous
expliquer comment vous les avez créés ?
Caricature, le mot est lâché. Cela entrait
dans le cadre du contrat de la collection, du format. Il fallait
une approche politique, j'ai choisi le mode de la satire. Le format
court prédisposait lui aussi à la caricature, dans
la mesure où celle-ci évite de brosser des portraits
psychologiques trop fouillés.
Cette société
pas si lointaine présente un monde sans pétrole,
qui semble ne s’appuyer que sur la télévision
et ses recettes. Pensez-vous que notre présent soit si
liés que cela à la télévision ?
Les chiffres parlent: chaque français passe en moyenne
près de 4 heures par jour devant sa télé.
Je ne jette d'ailleurs pas la pierre, j'en bouffe pas mal moi-même,
je dirais même que j'ai eu une télé comme
nounou dans les années 70 ! Aujourd'hui, elle est la clé
de (presque) toute réussite en matière de création
- il y a par exemple les livres vus à la télé
et les autres...
Vous qui
êtes enseignant de formation, comment voyez-vous le rôle
d’un écrivain de SF dans l’apprentissage et
l’information des lecteurs ?
Partir de situations réelles et les pousser à
leur paroxysme pour tenter de mettre en garde, par exemple. Développer
l'esprit critique - c'est un poncif, mais ô combien nécessaire...
La SF offre de merveilleux outils pour la dénonciation,
elle est comme la farce au moyen âge de ce point de vue.
D'ailleurs, qu'est-ce que fait finalement Houellebecq ?
Führer
Prime Time paraît dans une collection de novellas,
un genre peu prisé en France, mais qui l’est dans
les pays anglo-saxons. Comment avez-vous été contacté
par les Editions du Rocher ? Comment une telle collection peut-elle
s’inscrire dans le lectorat français ?
Après avoir découvert la collection en librairie,
je me suis débrouillé pour entrer en contact avec
Jérôme Leroy, qui la dirige. Il se trouve qu'il connaissait
et appréciait mes bouquins. Nous nous sommes donc vite
entendus...
Quels sont
vos projets actuellement ?
Je travaille sur plusieurs projets jeunesse. Les premiers tomes
d'une série à héros récurrent, Le
Bouclier du Temps, écrite en collaboration
avec mon camarade Xavier Mauméjean, et
à paraître au printemps prochain chez Fleurus. Un
deuxième roman pour Autres Mondes, chez Mango, sous la
direction éclairée de Denis Guiot, prévu
pour janvier 2007. Un roman de fantasy urbaine jeunesse pour Intervista,
les éditions créées par Luc Besson, pour
début 2007 lui aussi. Hors jeunesse, un polar de fantasy,
ou l'inverse, pour les éditions Octobre, créées
elles par Pierre Grimbert et Audrey Françaix. Et évidemment
un prochain roman pour mon plus fidèle éditeur,
Mnemos, pour le début 2007 lui aussi, sans doute un troisième
et dernier volume du cycle lunaire amorcé avec La
Lune seule le sait, pour début 2007 également,
tiens... Si avec tout ça (il faut quand même que
je dorme aussi...) je trouve le temps, deux ou trois autres trucs
persos qui lorgneraient du côté du polar, à
voir....
Propos recueillis par Denis Labbé
- Janvier 2006
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