Corinne Guitteaud (2)
K : L'action de vos romans
- Aquatica et Les Fils du Soleil - se déroule principalement
sur la planète Aquatica, recouverte à 98% par les
mers. Dès lors, figurent parmi les "personnages"
principaux les différentes espèces de cétacés.
Qu'est-ce qui vous a poussé à choisir les Baleines
- dans un Référentiel d'Intelligence - comme émissaires
ou ambassadeurs, représentants des espèces "terrestres"
vis-à-vis des E.T. ?
CG
: Je voulais confronter l'humanité à des intelligences
différentes d'elle et en même temps très proches.
Les fourmis géantes que sont les Reens et les Baleines
étaient pour moi les meilleurs ambassadeurs possibles.
Les Baleines me fascinent. Elles ont évolué dans
un milieu totalement différent du nôtre. Mais comme
nous nous considérons comme les seules références
possibles en matière d'intelligence, nous refusons de voir
dans les cétacés une autre forme d'intelligence
possible. En ce sens, ces créatures offrent une ouverture
très intéressante à exploiter.
Pour sa part, Brin a surtout travaillé avec les dauphins.
J'ai voulu quant à moi m'intéresser aux baleines,
parce qu'il avait laissé ce champ libre et parce qu'elles
ne sont pas aussi abordables que les dauphins. J'ai fait beaucoup
de recherches sur les baleines. Ethan Leeward qui collectionne
les chants des cétacés, c'est tout à fait
moi. Je trouve leurs chants très relaxants et tellement
mystérieux. Quand je les écoute, je crois qu'ils
représentent un véritable langage. Les Baleines
ont aussi des comportements qui leur donnent une certaine
humanité. Je suis aussi très sensible au sort qu'on
réserve aux cétacés et j'ai voulu sensibiliser
le lecteur au fait qu'il est tout à fait possible de vivre
avec ces créatures plus intelligemment que nous ne le faisons
aujourd'hui.
K : Vos
propos sont sertis dans un canevas que l'on pourrait qualifier
d'écologique. Etes-vous d'accord avec cette définition
réductrice et pouvez-vous développer votre conception
de ce monde "idyllique" que vous décrivez ?
CG : En effet, l'écologie est un thème auquel je
suis très sensible. Il sera encore présent dans
mon prochain projet d'écriture, GeMs. C'est aussi dans
l'air du temps, si je puis dire. Aquatica s'inspire aussi d'autres
mondes comme la Thalassa des Chants de la Terre Lointaine ou la
Pandore de l'Incident Jésus (et ses suites) de Herbert.
Le rapport avec le milieu marin y est à peu près
le même.
Sur Aquatica, l'homme et le milieu marin
ne sont plus en conflit, mais en symbiose. Les ressources naturelles
de l'océan ne sont pas pillées, mais exploitées
avec discernement. Les aquaculteurs ont même développé
une nouvelle relation avec le milieu qu'ils cultivent, bien loin,
par exemple, de ce qui se fait actuellement avec cette volonté
de produire toujours plus au prix de conséquences désastreuses.
Cette relation peut rappeler les pratiques des Amérindiens
et leur respect de la nature.
De nombreux projets commencent à naître, ici ou là,
pour une meilleure exploitation du milieu marin, notamment. La
collecte de l'eau douce en milieu marin en est une illustration.
Le concept a été mis en place par un Français
et l'expérience s'est montrée des plus concluantes.
Aquatica est une utopie
ou une vision de ce que l'agriculture
et même l'exploitation des ressources naturelles en général
devraient devenir dans les prochaines années. C'est plutôt
douloureusement que la prise de conscience est en train de se
faire, mais elle est assurément nécessaire. La mer
est un nouveau milieu à conquérir. Pour l'instant,
nous ne faisons qu'en effleurer la surface avec une grande maladresse,
mais j'ose croire que nos erreurs nous ferons changer de direction.
K : Un autre thème
de La Trilogie Atlante serait celui lié au mystique - quand
ce n'est pas au mythologique - et au religieux, aux questions
existentielles qui remettent en cause notre propre condition humaine
(personnalisé dans certaines "entités"
extraterrestres, comme l'Oeuf Unique, Aÿnis, les Célestes,
les Adeptes du Hasard et, dans une certaine mesure, le vaisseau
Väinämöinën, ou symbolisé par des personnages
à qui vous prêtez des croyances, voire des citations
).
De ce point de vue, quel est exactement le message que vous voulez
faire passer à travers les pages de vos romans ?
CG : Ce n'est pas vraiment un message que
je veux faire passer, mais des questions que je pose. J'ai choisi
d'étudier l'Histoire pour pouvoir en apprendre plus sur
le rapport de l'homme avec les religions. Celles-ci sont omniprésentes
dans les sociétés humaines et participent à
l'édification des civilisations. Ce phénomène
est ainsi trop conséquent pour qu'on l'ignore, il fait
partie de notre identité et je ne partage pas le point
de vue de certains auteurs de SF qui se contentent de condamner
les religions. Tuer Dieu ne suffit pas, il faut peut-être
essayer de le comprendre à travers ce qu'il représente
pour l'humanité. Dans mes livres, j'offre ainsi plusieurs
visions de la religion. Je les critique et en même temps,
j'essaie de voir ce qu'elles nous transmettent. Et après
tout, il reste bon nombre de questions auxquelles la science moderne
n'a pas réussi à répondre. Je sais la mauvaise
image que peut avoir le rapport entre la SF et la religion, le
spectre de Hubbard fait beaucoup d'ombre sur cette relation. Je
préfère quant à moi retenir le formidable
travail de Herbert (et de Bordage !) et c'est plutôt dans
cette optique que je parle de mythologie.
K : Vous
mettez également le doigt sur les faiblesses des Hommes,
sur leurs erreurs qui se répètent au cours de l'Histoire,
sur leurs querelles politico-économiques. Et, d'un autre
côté, vous leur faites jouer le simple rôle
de pions sur le gigantesque échiquier de l'Univers, où
des êtres plus anciens et plus évolués que
nous possèdent le même genre de faiblesses et sont
coupables d'erreurs semblables. Vouliez-vous, après avoir
dénoncé ces tares, ces défauts et frappé
un grand coup de poing sur la table, adoucir vos propos avec une
note d'espoir ou un encouragement à une attitude meilleure
?
CG : Je suis une grande optimiste et je ne cherche pas uniquement
à émettre des critiques, car il y a bien assez de
personnes qui agitent des lanternes rouges. Je viens d'écrire
un article pour une revue scolaire, Lire au LP, sur le rapport
entre la science et la philosophie. J'essaie d'avoir la même
démarche que les auteurs des Lumières : dénoncer
pour faire prendre conscience. En plus, je mets toujours une note
d'espoir dans mes romans. C'est pour cette raison notamment que
ma dernière héroïne s'appelle Hope.
K : Enfin,
pouvez-vous nous parler en quelques mots de la suite de cette
histoire, nous dévoiler quelques éléments
du scénario de la fin de la trilogie, par exemple, concernant
les tâches de la descendance des Leeward-Whalings, héros
évoluant dans Aquatica et Les Fils du Soleil ?
CG : Je vous parlais de Hope, c'est justement elle l'héroïne
des Dérivants, le troisième opus de ma Trilogie.
Après Tamara l'administratrice, Phbe la guerrière,
Hope sera la religieuse.
Depuis le début de cette histoire, les Atlantes ont reçu
une invitation pour la Grande Barrière, "là
où l'univers avance." Les Dérivants raconte
la fin de ce périple. Plus de six cents ans se sont en
effet écoulés depuis les derniers évènements
des Fils du Soleil. Et à bord du Tauniss, le vaisseau-monde,
la division au sein des Clans annoncée à la fin
du deuxième opus a conduit à la déchéance
des Atlantes. Ce sont désormais les Célestes qui
dirigent le Concile au moyen de leur dogme, l'Illustre Perfection
qui doit leur permettre de faire revenir les Khilsati. Pour maintenir
leur pouvoir, ils utilisent des humains, les Syrgathi, une force
militaire à l'exemple des ordres combattants des Croisades.
L'un de ces Syrgathi, Elijah, va se trouver au cur d'un
complot né au sein de la Communauté 23, seule capable
de s'ériger en contre-pouvoir face aux Célestes.
Elijah choisit quant à lui de défendre la cause
de Hope qu'il a sauvée alors qu'elle était enfant
et qu'il s'est résolu à confier à la Communauté
23, par crainte de ce que les Célestes pourraient lui faire.
Hope est en effet une descendante des Leeward-Whalings. Au fur
et à mesure qu'elle va avancer dans la quête de ses
origines, elle va dévoiler le secret qui se cache derrière
les Adeptes du Hasard et l'invitation à la Grande Barrière.
D'autres révélations essentielles viendront s'ajouter
à celles-ci, mais si je vous en parle, il faudrait que
je vous raconte tout le livre, et ce serait dommage. Je vous dirai
néanmoins qu'on apprendra notamment d'où vient le
Väinämöinen exactement et qui est le Dragon.
Valérie
Frances
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