Corinne Guitteaud
La Trilogie Atlante
K : Corinne Guitteaud, vous
avez choisi d'évoluer dans le domaine de la Science-Fiction.
Quels sont les éléments déclencheurs qui
vous ont conduits dans cette voie plutôt qu'une autre ?
CG : C'est à la fois à cause de mes études
en Histoire et de la découverte des Chants de la Terre
Lointaine d'A.C. Clarke que je me suis investie dans l'écriture
de romans de SF. Jusque-là, je travaillais sur des romans
historiques, sur la Première Croisade (j'avais commencé
une trilogie, j'aime bien faire fonctionner mes histoires par
trois), mais, passant désormais mon temps à étudier
le passé, j'avais envie d'écrire sur le futur afin
de me dépayser complètement aussi bien à
travers les romans que je lisais que ceux que j'écrivais.
Mais la Science-Fiction m'offrait aussi l'opportunité de
pouvoir extrapoler à partir de ce que j'apprenais en cours
et finalement, mes études ont fini par nourrir mon écriture,
ce qui est encore le cas aujourd'hui.
K : Quelles
sont vos références littéraires, les auteurs
que vous appréciez et qui ont peut-être marqué
ou influencé votre écriture ?
CG
: Je parlais de Clarke. J'ai acheté tous ses livres disponibles
en poche. J'avais commencé à lire Dune en Terminale
et Frank Herbert m'a beaucoup apporté, surtout de ses réflexions
sur les religions, l'Histoire, les civilisations. David Brin est
aussi une référence essentielle, ce qui est lisible
dans Aquatica. J'ai suivi avec passion
Elévation et Rédemption, dont la fin m'a hélas
un peu déçue. Les auteurs français m'ont
surtout influencé pour la Trilogie Atlante, plutôt
que pour Les Portes du Temps, ma première série.
Pierre Bordage, tout d'abord, m'a enthousiasmé avec Les
Guerriers du Silence. Encore une fois, c'est son travail sur l'Histoire
et les religions qui m'a intéressée et influencée.
J'ai eu le grand plaisir de le rencontrer à Nantes pour
lui confier que la fin de La Citadelle d'Hyponéros était
directement à l'origine d'une de mes idées pour
la fin de la Trilogie Atlante.
Les Homusios, une des races extraterrestres que je mets
en scène, sont ainsi inspirés des Scaythes. Etoiles
Mourantes de Jean-Claude Dunyach et Ayerdhal, que j'ai lu alors
que ma Trilogie était déjà bien entamée,
m'a aussi donné quelques idées ou plutôt renforcé
certaines visions, concernant le Väinämöinen. J'aime
bien aussi Ayerdhal pour ses héroïnes (dans Mytale
par exemple.) Elles ont un caractère bien trempé
qui me plaît beaucoup.
K : Vos
personnages principaux sont des femmes, volontaires, courageuses,
aux idées bien arrêtées et au caractère
pour le moins fort. Est-ce ainsi que vous voyez les femmes ou
est-ce une vision idéale de ce qu'elles devraient être
et représenter dans la société ?
CG : En fait, c'est simplement ainsi que se présentent
mes héroïnes. C'est le genre de personnages que j'aime
bien manipuler, comme j'ai aimé étudier de grandes
figures comme Catherine de Sienne ou Marie de Médicis.
Il existe évidemment des femmes aujourd'hui qui peuvent
avoir le même genre de parcours que Tamara, par exemple.
Elles doivent s'imposer dans un monde du travail où les
postes qu'elles occupent les mettent directement sur une "ligne
de front" avec leurs collègues masculins. Mais je
n'ai pas envie de présenter Tam ou Phbe comme des
"porte-drapeaux." Je pense qu'elles peuvent plaire à
un lectorat féminin qui se lasse de l'image de la femme
dans la SF (qui est cependant en train de changer, y compris chez
des auteurs masculins.) Ce genre d'héroïnes est de
plus en plus fréquent, je pense à Susan Ivanova
(Claudia Christian) dans Babylon 5 ou Aeryn Sun (Claudia Black)
dans Farscape pour citer des exemples à la TV. Ce sont
des personnages auxquels je m'identifie aussi plus facilement.
K : Comment
présenteriez-vous Tamara Whalings et Phoebe (Daniels) Oween
?
CG : Tamara l'administratrice et Phbe la guerrière.
C'est ainsi que je les vois toutes les deux. Tam pose les bases
d'un nouveau monde. Elle ouvre une porte que Phbe va ensuite
franchir. C'est un personnage qui se pose beaucoup de questions,
qui essaie d'agir pour le bien du plus grand nombre. Elle a aussi
du mal à trouver sa place, du fait de ses origines et du
poste qu'elle occupe. Aquatica sera pour elle un nouveau foyer.
J'aime beaucoup la couverture d'Olivier Vatine en ce sens, car
elle montre Tam comme on peut voir certains portraits de chefs
dynastiques. Et il y a aussi le lien qu'elle tisse avec les Baleines
et qui va avoir une grande importance dans l'histoire de sa lignée.
En arrivant à Aquatica, elle découvre un tout autre
univers grâce à ces créatures. En fait, c'est
Tamara qui noue les contacts : avec les Baleines, les Reens, les
Adeptes du Hasard, les Clans et l'uf. Elle est le début
de l'histoire.
Phbe est beaucoup plus complexe, parce qu'elle n'a pas l'altruisme
de Tam. Son personnage évolue énormément
dans Les Fils du Soleil. Elle commence par avoir peur de son ombre,
pour devenir une véritable déesse vengeresse, d'où
son surnom de Sphinx. Elle peut se montrer égoïste,
implacable, presque folle. Elle aussi doute, mais elle se pose
moins de question que Tam. Elle fonce, se préoccupant après
des conséquences de ses actes. Peut-être parce qu'elle
n'a plus de passé. Elle s'est donnée un but et rien
ne doit se mettre en travers de sa route, pas même Uriell.
J'ai peut-être trop retenu Tamara, la rendant parfois trop
lisse, aussi ai-je totalement laissé le champ libre à
Phbe, ce qui m'a d'ailleurs énormément appris.
K : De vos
livres se dégage une atmosphère poétique
et un romantisme presque palpable par moments. Est-ce un trait
de votre caractère ? Et est-ce pour cette raison que les
"héros" de l'histoire évoluent en couples,
que réunissent des sentiments puissants, au sein d'amours
compliquées, lorsque leurs caractères pourtant si
dissemblables les poussent dans des situations impossibles à
gérer ?
CG : Le romantisme et la poésie sont en effet présents
dans ce que j'écris. Certains lecteurs m'ont même
reproché d'avoir fait dans la mièvrerie. C'est vrai
que je me laisse parfois aller à "sortir les violons."
Un trait de mon caractère ? Peut-être oui. J'ai encore
quelques illusions à perdre (ou à préserver.)
Mais cette idée de couples n'est pas non plus innocente.
Cela reprend aussi le principe des anciennes mythologies. J'ai
lu énormément de contes et de légendes qui
reprennent le même schéma : une histoire d'amour
à l'origine d'une genèse. De ce côté-là,
je n'ai rien inventé. Il y a ainsi deux légendes
que j'aime particulièrement et qui ont un lien direct avec
la Trilogie : celle de Deucalion et Pyrrha, les survivants du
déluge, et celle d'Orphée et d'Eurydice. C'est tout
de même l'amour qui, à chaque fois, permet de triompher
des obstacles ou fait commettre des erreurs fatales.
Si j'ai commencé très classiquement avec Tamara
et Ethan (Deucalion et Pyrrha, si vous voulez), c'est parce que
leur histoire s'est de toutes façons tout de suite présentée
ainsi. Ils s'affrontent, se séparent, se retrouvent et
s'aiment. Ils sont aussi comme tout le monde. Etant donné
les évènements incroyables auxquels ils sont confrontés,
je devais tout de même leur laisser un côté
"bêtement humain." C'est une aubaine que je ne
laisse pas au troisième couple de La Trilogie Atlante.
Tam et Ethan ont de la chance, cela se passe plus ou moins bien
pour eux. Ce sont les fondateurs de la dynastie. Cela se complique
pour Phbe et Uriell. Ce dernier porte le poids d'un héritage
jusque dans ses gènes. Il se bat contre ce qu'on essaie
de lui imposer et essaie d'être normal, comme ses parents
ont pu l'être. Il voudrait bien avoir ce que ses parents
ont. Il fait un énorme caprice, ni plus, ni moins, et rejette
sa destinée en s'obstinant à vouloir aimer Phbe.
Il en est conscient, mais il ne change pas son attitude d'un iota,
jusqu'au caprice ultime. Mais on lui enlèvera tout, comme
Orphée qui a perdu son Eurydice. Et c'est le mythe de sa
famille qui le condamne.
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