Fées Divers

Dans le petit monde de l’imaginaire, rares, de nos jours, sont les furieux adeptes du peuple de féerie. On le sait, le monde de l’édition n’échappe pas à la crise et depuis quelques années, ont vu disparaître nombre de maisons d’éditions.

C’est dans ce contexte difficile que des passionné(e)s ont créé l’association Eole et, à notre plus grand plaisir, créé le fanzine "Fées Divers".

LeFantastique.Net a voulu en savoir plus sur ces êtres venus d’un royaume parallèle au nôtre, qui, sous un aspect humain nous font découvrir, ou redécouvrir la magie du royaume de féérie.

 

Fées divers est édité par l’association Le Souffle d’Éole qui, depuis 2004, a pour but, mission et devoir de promouvoir la féérie par le biais des arts, parlez nous de vous et des membres de l’association ?
Anne: L’idée de la création d’une association a été, si je me souviens bien, évoquée pour la première fois en 2001, 2002 au plus tard. Elle était le moyen qu’avaient trouvé quelques âmes pour réunir et publier leurs réflexions et créations sur le thème du merveilleux dans un contexte moins éphémère et changeant qu’Internet. Sur la poignée d’intéressés, deux n’ont jamais lâché le morceau. Clémence et moi-même avons commencé à nous voir régulièrement et l’idée du fanzine, puis de la revue, est venue au fil de nos conversations, de nos après midi passées sur les quais parisiens à rêvasser.
J’ai trouvé, en créant l’association et ensuite la revue, rubrique par rubrique, une façon de poser et encadrer des aspirations que je sentais monter en moi et partir dans tous les sens sans que je sois capable de leur donner une forme précise ou un but. Clém et moi, bien que de formations différentes, avons toujours été des littéraires dans l’âme, assoiffées de lectures et d’écriture. L’aventure Eolienne a été un formidable moyen de canaliser tout ça et d’apprendre à affiner cette fibre créatrice. C’est assez naturellement que je me suis glissée dans le poste de directrice artistique et elle, dans celui de directrice littéraire. Je voyais défiler des tableaux de maître sur diapositives à longueur de journée et découvrais dans des petites galeries de nouvelles passions chaque semaine. Clémence, elle, possède dans sa chambre minuscule une bibliothèque incroyable qui se remplie à vue d’œil défiant les lois rigides imposées par ses murs ! C’était un choix logique. Et c’était tout aussi logique de jouer les rédac’chef à tour de rôle, solidaires dans ce rôle de mini tyran exigent ! L’aventure d’Eole c’est aussi l’histoire d’une amitié et même si ça fait un peu cliché de le dire, c’est carrément vrai !
L’association est un vrai petit noyau de personnes différentes réunies par la même passion. De la formation d’origine seul un membre nous a suivi jusqu’à aujourd’hui. Certains sont entrés dans l’aventure puis sont repartis à la réalisation d’autres projets, de nouveaux sont venus les remplacer. On s’enrichie les uns les autres, et chacun a des projets personnels de son côté et c’est génial de les voir évoluer tout en se retrouvant autour de la rédaction de Fées Divers, ou de son stand lors des festivals où nous exposons. Nous venons de Paris et sa région, de Picardie, des Pyrénées, de Tours… Et avons travaillé avec des auteurs, artistes, ou folkloriste de différents continents et de différents langages. L’Imaginaire féerique –ses légendes, sa culture, son mode de vie – a un pouvoir fédérateur que nous expérimentons tous les jours avec bonheur, il nous mène au contact de textes et de personnes qui nous ont aidé à mieux nous connaître et à nous réaliser, du moins en partie.

En feuilletant Fées Divers on ressent une forte influence des fanzines Emblèmes pour la forme (feues éditions de l’Oxymore) et Faeries (Nestiveqnen éditions) pour le fond ; quel a été l’élément déclencheur qui vous a donné l’envie de vous lancer dans l’aventure ?
Anne: Avant Fées Divers, il y avait un fanzine (La Gazette du Petit peuple) qui a vécu sa courte vie (3 numéros sur un peu plus d’un an) en remplissant parfaitement son rôle: nous apprendre la publication papier et la gestion d’une équipe rédactionnelle. Avant La Gazette, il y avait Fées Divers, que certains (pas nous) qualifient de "revue pro". Et là a toujours été notre but. Le format de Fées Divers était ce que nous voulions dès le départ mais nous savions qu’il nous faudrait apprendre en passant par quelque chose de plus petit, de moins risqué, et de moins couteux. Emblèmes et Faeries, que vous citez, sont des revues professionnelles –probablement les deux qui ont le plus marqué le milieu de l’édition de l’Imaginaire merveilleux en France – et en tant que telles ont été une source d’inspiration. Bien sur. Nous n’avons jamais caché notre ambition et notre perfectionnisme. Ce que les gens savent peut-être moins c’est qu’en plus d’être amatrices de littérature et d’illustration, Clémence et moi sommes amatrices de Beaux Livres, et collectionneuses dans l’âme. La forme tient une place aussi importante que le contenu dans notre conception de l’édition. Un livre est un objet. Certes on y voit bien plus mais en tant que tel il permet de délivrer un message physique en plus du message intellectuel. Un livre est un concept artistique autant qu’une toile, et je pense que nos lecteurs le sentent, comme ils le sentaient au contact d’une revue telle qu’Emblèmes, et sont touchés par cela. C’est probablement pourquoi nous entendons si souvent cette comparaison. Et honnêtement, c’est une comparaison flatteuse.
De par sa fabrication et son tirage, Fées Divers n’est pas vraiment un fanzine. Prozine, revue, peu importe. Ce ne sont que des mots. Pour moi Fées Divers est un hybride. Plein de rubriques à savourer comme dans un magazine mais au format d’un livre. Intellectuel et encyclopédique mais abondamment illustré et soumis à une vraie démarche artistique. Et surtout, nous n’hésitons pas à y infuser de l’affect et de la prise de position franche, ce qui je pense ne passe pas inaperçu. Sur ce dernier point, oui, nous appartenons pleinement au fandom et revendiquons le militantisme de ses origines. Ces libertés sont rares dans le milieu de l’Edition pro c’est pourquoi nous avons souhaité ne pas pousser nos ambitions premières jusqu’au bout, notamment en déclinant la proposition d’un éditeur que je ne citerais pas. On se sent parfois « le cul entre deux chaises » mais qu’importe.
Au fil de ses 3 numéros, Fées Divers a gagné en maturité et trouvé son visage définitif. Même si un tri va s’opérer dans les rubriques du prochain numéro, la personnalité de la revue ne changera plus. Elle a une identité unique qui je l’espère est perçue au delà des comparaisons qui peuvent fleurir dans les esprits de ceux qui la découvrent.

Fées divers 1 – Sombre féérie, FD 2 – Féerie urbaine et le FD 3 – Nourriture et boisson, comment décidez-vous des thèmes de chaque fanzine ?
Anne: En fait on a une liste de thèmes longue comme le bras ! La liste est là depuis 2004, on s’est drôlement projetées dans l’avenir !
Clémence: Pas besoin de brainstorming ! Les idées de thème ont toujours été légion ! Il suffit de piocher dans nos passions, notre vécue, nos envies et avec un brin de curiosité les sujets fleurissent. Il n’y a plus à ce moment qu’à leur donner un ordre logique.
Anne: Pour les trois premiers, il y a une raison bien précise à l’ordre de publication. Avec la "Sombre Féerie" nous voulions casser un cliché, d’emblée, dès notre premier numéro, histoire de faire voir la couleur de nos tripes là comme ça, et d’expliquer par le seul choix de ce thème la raison d’être de notre revue. Avec la "Féerie Urbaine", nous voulions montrer un visage différent et surprenant avant de revenir aux valeurs connues. J’ai tendance à voir ces deux premiers numéros comme un diptyque à lire ensemble. Il y a une dose de colère et d’émotion assez palpable dans ces pages. Il nous fallait ces deux thèmes là pour présenter notre vision des choses que nous savions être *très* différente de la vision la plus répandue. Le troisième numéro est en rupture totale avec les précédents. La féerie n’est pas non plus *que* sombre et moderne ; on est allé chercher des valeurs plus traditionnelles et plus festives pour ce thème.
(Et, ne le dites pas mais l’équipe de rédaction studieuse de Fées Divers est en fait une belle bande de fêtards !)
Clémence: Quant aux sujets à venir, ils sont déjà établis depuis un certain temps. Ils feront partager des thématiques peut être moins surprenantes que les précédentes mais qui nous sont toutes aussi chères.

Les 3 premiers volumes de Fées Divers ont pour thèmes les contes de fée tels que "Cendrillon", "Blanche Neige" ainsi que des articles sur l’Irlande, pensez vous que les prochains numéros s’inspireront d’autres régions du monde en rapport avec la féérie ?
Clémence: Le guide du conte et Terre de Légendes sont deux rubriques bien distinctes et non une thématique que nous traitons tout au long d’un numéro, mais en effet elles abordent les croyances d’autres pays.
Passer les frontières et nous intéresser à des folklores complètement différents nous intéresse forcement. D’ailleurs nous avons déjà certaines aspirations pour certaines contrées nordiques et plus personnellement pour le Japon. Mais avant d’en faire des thématiques à part entière il nous faut nous même les connaitre à fond.
Anne: Pour ma part, je serais assez partante pour aller explorer les terres du Proche-Orient et du Moyen-Orient. Je me souviens avec bonheur de mes cours sur le Proche Orient ancien à la fac, et les 8 volumes des Contes des milles et une nuits offrent de grandes possibilités de réjouissances et de surprises.

Quel est votre avis sur le fait que la culture féérique soit prise au sérieux, principalement dans les pays anglophones et considérée en France comme enfantine ?
Anne: Les pays anglophones sont moins divorcés de leurs racines légendaires (celtiques en ce qui les concerne) que la France. Mais il n’y a pas qu’eux, les pays du nord comme l’Islande sont plus superstitieux encore. Hors mi en Bretagne où elles sont très vivaces, les légendes sont peu écoutées dans notre pays. Lorsque les voix de nos grands-parents se seront tues, il n’y aura plus grand monde pour rapporter les superstitions de leur époque et de celle de leurs parents.
Que la féerie, je pense surtout aux conte de fées, soit considérée comme enfantine, en revanche, est un phénomène aussi rependu en Angleterre ou en Amérique. Ce qui change c’est l’audace (en plus du nombre).Les américains, ont toujours eu une longueur d’avance sur nous en termes d’originalité et de prise de risque, c’est leur manière de compenser le caractère récent de leur civilisation. Nous sommes un pays conservateur qui a franchement du mal à se remettre en question. Autrement dit, ce n’est pas tant qu’il n’y a pas d’initiative pour faire changer les esprits que de censeurs pour les empêcher de s’exprimer. Si un plus grand espace d’expression était alloué à ces gens, ils seraient peut-être davantage pris au sérieux. L’Edition de l’Imaginaire est tellement fragile en France, qu’au lieu d’essayer quelque chose de nouveau on privilégie ce qui marche. Du moins dans le domaine féerique. Et ce qui fait du chiffre n’est pas toujours allié à une démarche authentique.
Clémence: Au-delà du fait que bien souvent la démarche commerciale et commerçante l’emporte sur l’authenticité dans le domaine de l’édition féerique, il faut aussi que nous apprenions à sortir des compartiments préétablis pour aller trouver ce qui nous convient en tant que lecteur et réaliser les livres dont nous avons envie en tant qu’éditeur. Il y en a un peu marre d’entendre ce genre de généralité comme quoi la Féerie est considérée comme enfantine alors que bizarrement un festival comme Trolls et Légendes attire un sacré public d’adultes, et j’espère que ces lecteurs potentiels, passionnés et un peu curieux, se préoccupent plus de la qualité d’un ouvrage que de son étiquette.

Si Fées Divers était un personnage de féérie, lequel serait-il ? Pourquoi ce choix ?
Clémence: Pas un personnage en particulier mais plutôt une entité comme la Chasse Sauvage. Son côté multiple, la variété de ses créatures, représenterait bien la diversité de la revue et de notre petit clan ainsi que son côté guerrier et militant totalement revendiqué. L’Host FD ou l’union de personnalités variées qui se battent pour faire vivre la Féerie !
Anne: Pour moi FD est un esprit du foyer comme le Brownie (voir le dossier de FD3): un petit machin vachement utile, un brin capricieux mais pas divorcé de l’Homme pour autant. D’ailleurs, toute offrande de nourriture et de boisson peut être envoyée au siège de l’association.

Votre association se trouve en Ile de France, quel est l’endroit le plus féérique de cette région?
Clémence: Sur quel critère se baser pour dire d’un lieu qu’il est féerique ? On se réfère souvent à la Féerie pour qualifier des lieux naturels plutôt sauvage, alors quand on habite Paris, capitale du stress, des grincheux et des entassements humains c’est parfois compliqué de s’y retrouver. Et pourtant ! Je ne dirais pas qu’il existe des lieux précis, juste des endroits qui dans certaines dispositions, appellent la Féerie: des ponts, quelques endroits précis des quais de Seine, Le passage du Grand Cerf, très XIXe et se prêtant à une atmosphère fantastique de dandys décadent…Ce ne sont que quelques uns de mes endroits et je suppose qu’ils seront différents pour chacun selon les sensibilités et l’imagination. Mais je peux certifier que se retrouver dans la Cour Carrée du Louvre par une nuit d’été avec pour seul compagnon un joueur de didjeridoo envoutant est un instant féerique. Entre figure retrouvée du joueur de flûte de Hamelin appelant à lui tous les enfants et musicien entrainant dans une danse hypnotique quelques créatures merveilleuses, voilà qui a de quoi réveiller le merveilleux dans Paris.
Anne: Quand à moi, j’ai toujours vécu en Scène-et-marne et il y a dans la région quelques lieux sympathiques si on veut se rapprocher d’une époque un peu plus propice à la féerie. Je ne peux pas ne pas parler de Provins qui se trouve à peine un quart d’heure de chez moi. Cette cité médiévale, classée au Patrimoine Mondial de l'Unesco et anciennement surnommée "la petite Venise", est incroyablement bien préservée. Elle propose chaque été un festival sur deux jours qui vous déracine complètement et vous projette à une autre époque. J’ai toujours du mal à quitter ce lieu magique pour revenir à la réalité.
Sinon, nous avons aussi quelques Dames Blanches par chez nous comme celle de Blandy-les-tours. Ce lieu m’a particulièrement impressionné quand je l’ai visité étant enfant, on nous y avait raconté la légende du comte de Dunois dont le fantôme hante la tour du château. Il est des lieux où l’on perçoit vraiment une présence, c’est beaucoup le cas en Ile-de-France…

Quels sont vos projets pour cette année 2009 et où les lecteurs peuvent vous retrouver ?
Clémence: Comme dit plus haut, nous avons dans un premier temps à travailler sur le remodelage de la revue, afin qu’elle s’adapte à sa nouvelle périodicité d’un numéro par an. Cela implique du coup une refonte de notre site internet qui fera plus de place à l’actualité féerique, accueillera des chroniques et de nouvelles rubriques.
Nous planchons donc en ce moment sur tout cela en préparant simultanément le sommaire de notre quatrième numéro et notre prochain rendez-vous festivalier : L’Ecrit de la Fée qui se déroulera les 4 et 5 juillet à Dijon.

Propos recueillis par Elizabeth Gentelet

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