Entretien avec Mélanie Fazi
Lefantastique.net:
Comment êtes-vous devenue écrivain et pourquoi avez-vous choisi le
fantastique, l'imaginaire pour vous exprimer ?
Mélanie Fazi: Je n'ai pas l'impression
d'avoir vraiment choisi… C'est quelque chose qui m'intéresse depuis
que je suis toute petite, ça m'a toujours passionnée. J'ai eu des
phases ou je lisais plus ou moins… J'ai eu une phase de
science-fiction vers quatorze ans, et je suis venue au fantastique
plutôt vers quinze, seize ans. En fait, je ne sais pas pourquoi
j'écris dans l'imaginaire fantastique… Je sais que ça m'intéresse
maintenant, pas pourquoi j'y suis venue. J'adore les histoires qui
se déroulent dans un cadre vraiment contemporain, et où, tout d'un
coup, il y a un glissement, quelque chose qui va se produire, qui va
rompre l'ordre naturel des choses. Et je trouve qu'il y a quelque
chose de fascinant dans cette espèce de glissement. C'est vraiment
ça. Après, pourquoi je me suis mise à écrire… J'ai toujours plus ou
moins inventé des histoires, mais quand j'étais adolescente, j'étais
plus intéressée par le dessin, alors je passais de l'un à
l'autre…
LFN: Vous n'avez
pas continué le dessin ?
MF: C'est vrai que je dessinais
vraiment beaucoup, quand j'étais enfant. Et adolescente, je
commençais vraiment à me dire qu'il y avait plein de choses que
j'avais envie de dessiner, plutôt dans le genre Fantasy, mais je me
suis aperçue que je n'étais pas assez douée pour ça. Donc, j'ai
laissé tomber, et je me suis mise à l'écriture, à écrire vraiment
des nouvelles, vers dix-sept ans, et je me suis sentie à l'aise.
Donc, j'ai continué et je n'ai pas arrêté depuis.
LFN: Toujours dans
le fantastique ?
MF: Je crois que toutes mes nouvelles le
sont, oui, sauf peut-être une ou deux. C'est toujours du fantastique
ou au moins une ambiance un peu inquiétante, ou quelque chose comme
ça. A la limite, je pourrais être intéressée par le polar aussi,
pour les mêmes ambiances. J'aime bien ce genre de climat.
LFN: Y a-t-il des
écrivains qui vous ont influencée ou que vous avez particulièrement
appréciés?
MF: Influencée, c'est toujours dur à dire,
parce qu'on en est à la fois trop proche et, en même temps, je crois
qu'on est influencé par toutes ses lectures. Et puis, il y a des
influences directes qui sont tellement énormes qu'on ne les voit pas
soi-même. Je sais que dans le fantastique, j'ai commencé par Stephen
King, comme c'est le cas de beaucoup de monde. J'adorais
vraiment…
Ce que j'adorais chez King, ce n'est
pas tellement son approche du surnaturel et les effets "gore", mais
la manière dont il mettait en scène ses personnages. Je trouvais ça
fabuleux. Il y a le côté portrait de l'Amérique moyenne, qui est
vraiment passionnant aussi. Et, en plus, on sent que quand il parle
de l'enfance et de l'adolescence, ça vient de loin, que c'est
quelque chose de personnel. Après Stephen King… Au moment où j'ai
commencé à écrire des nouvelles, je me suis mise à lire beaucoup de
nouvelles fantastiques, et c'est là que j'ai découvert un auteur qui
m'a beaucoup marquée : Lisa Tuttle. J'ai été scotchée par ses
nouvelles. Je n'avais encore jamais vu faire ça. Ce n'est pas un
fantastique où la menace vient de l'extérieur, comme c'est le cas
chez King, mais une menace qui vient de l'intérieur. Ce sont des
personnages qui sont face à leurs propres angoisses et qui
basculent. Sinon, plus récemment, il y a eu Poppy Z. Brite qui m'a
beaucoup marquée aussi. Tout récemment, Graham Joyce. Je l'ai
découvert il y a peut-être deux ans, et je suis vraiment scotchée
par ses livres. Dans l'absolu, ça fait partie des auteurs, où je me
dis en les lisant : "Ca, j'adorerais être capable de le faire un
jour !".
LFN: Puisque vous
êtes traductrice, je suppose que vous les lisez en version originale
?
MF: Souvent. Mais, en général, il y a eu de bons
traducteurs. En plus, ce sont des amis qui l'ont traduit. Donc, il y
a ça aussi (rires). Mais j'essaye de plus en plus de lire en version
originale, oui.
LFN: Ca ne vous
tente pas d'écrire en anglais ?
MF: C'est très difficile.
Il ne faut pas seulement connaître le vocabulaire, la grammaire…
mais il faut aussi réussir à rentrer dans un autre mode de pensée,
et ça, ce n'est vraiment pas évident. Mais j'ai essayé de le faire
une fois, oui. J'ai senti que je ne l'aurais pas du tout écrite de
la même façon si je l'avais commencé en français. L'histoire
elle-même aurait été différente.
LFN: Peut-on dire
que vous avez commencé votre parcours professionnel comme
traductrice?
MF: En fait, il y a eu - pas une coïncidence
- mais un concours de circonstances… J'ai envoyé, en 1998, des
textes à la revue Ténèbres et ils ont retenu Ghost Town
Blues (in Ténèbres 2000, Ed. Naturellement) qui est paru
deux ans après. Entre les deux, j'ai demandé à Benoît Domis - qui
était rédacteur en chef - s'il avait besoin de traducteurs, car je
cherchais à faire des traductions, mais je n'avais pas encore
d'expérience. Ils m'a donné ma chance en me faisant faire un essai.
Puis, j'ai continué pendant deux, trois ans et, c'est il y a deux
ans je crois, que j'ai commencé à travailler pour d'autres supports.
Et depuis un an, je le fais à temps plein ! Donc, en fait, tout à
commencé par l'écriture, puisque j'avais eu le contact avant, via
l'envoi de mes textes.
LFN: Croyez-vous
que la traduction a influencé votre façon d'écrire ?
MF:
Influencé, non. Mais… c'est vrai que je ne peux pas m'empêcher,
quand je traduis, de disséquer un texte, d'en découvrir les rouages,
de voir comment ça marche. Et quand le texte est très bien écrit, ça
devient très intéressant. Par contre, lorsque c'est un mauvais
texte, ce qui intéressant, c'est de repérer tous les tics des
auteurs, tout ce qui est énervant, et de se dire : "ça, je l'ai déjà
fait dans un de mes textes. Je vois que c'est énervant chez les
autres, je vais essayer de ne plus recommencer."
LFN: Avant de
traduire un roman, le lisez-vous d'abord une première fois afin
d'avoir une vue d'ensemble?
MF: En général, oui. Je ne
peux pas concevoir de commencer à traduire si je ne sais pas d'abord
quelle est l'ambiance du livre et vers quoi il nous mène. J'ai
besoin de savoir dans quoi je me plonge avant de traduire, de cerner
le livre dans son intégralité. Sinon, je crois que j'aurais beaucoup
de mal… Par exemple, dans un texte de Fantasy ou de SF, on peut se
retrouver avec des termes inventés dont il faut trouver un
équivalent français. La recherche ne sera pas la même si le terme
apparaît une fois ou si c'est un terme essentiel au livre.
LFN: Faites-vous
beaucoup de recherches ? La traduction vous prend-elle beaucoup de
temps?
MF: La phase de la recherche est une
phase importante de la traduction, mais tout ça dépend beaucoup du
livre. Là, je suis sur une série de SF, d'Elizabeth Moon qui paraît
chez Bragelonne (Partie de chasse, Heris Serrano -1, paru en
août 2003 et Double jeu, Heris Serrano -2 à paraître en
janvier 2004 NDLR), et ça me demande beaucoup plus de recherches que
pour toutes les autres traductions, parce qu'il y a tout un
vocabulaire spécifique existant qu'il faut aller vérifier :
vocabulaire de science-fiction (sur le vaisseau spatial, …),
juridique, scientifique, militaire… Il y a toujours beaucoup de
recherches sur une traduction, mais sur cette série, j'en ai plus
que d'habitude !
LFN: Avez-vous
l'habitude de traduire des séries ?
MF: Non, là, c'est la
première fois. Je viens de terminer le deuxième tome et je vais
commencer le troisième.
LFN: C'est vous
qui choisissez de continuer à traduire la série ou pas ? Imaginons,
par exemple, qu'au deuxième tome, vous n'aimiez plus la série, que
vous ne vous y sentiez plus à l'aise…
MF: Euh, je pense
que pour l'éditeur, comme pour le traducteur, c'est plus intéressant
que ce soit la même personne qui continue sur une série. Parce que
d'une part, il y a le vocabulaire, d'autre part, on est imprégné, on
est dedans. En plus, il n'y a pas de risque de rupture au niveau du
style, comme ce serait peut-être le cas si une autre personne
prenait la série en cours. Moi, ça m'intéresse de continuer cette
série-là, donc je vais le faire. De la part de l'éditeur, je crois
que c'est plus intéressant aussi.
LFN: Vous avez
reçu le Prix Merlin pour la nouvelle Mathilda. Félicitations
! C'était votre première nouvelle publiée "pro"?
MF:
C'était la quatrième, en fait. Je l'ai publiée en 2001, dans
l'anthologie "Douces ou cruelles ?" et j'avais trois textes qui
étaient parus avant ça. C'est celle où j'ai eu les retours les plus
enthousiastes. J'ai reçu des retours très enthousiastes pour
d'autres textes, mais là, j'ai eu l'impression que les gens avaient
été vraiment touchés par ce texte, d'une manière… je ne sais pas, il
y a quelque chose qui m'a échappé dedans, c'est assez bizarre… On
est très fière alors. Assez contente, oui. Mais, fière, je ne sais
pas parce que… c'est bizarre, je n'arrive pas à me rendre compte en
fait. Quand, j'ai un retour très enthousiaste, je reste toujours en
partie incrédule. J'ai l'impression qu'on parle d'un autre texte, un
texte de quelqu'un d'autre, c'est difficile de faire la part des
choses…
LFN: Vous
avez commencé directement à publier des nouvelles dans les revues
"pro" ou dans des fanzines. Quel est votre parcours à ce niveau-là
?
MF: Ma première nouvelle, c'était sur un support
professionnel en fait. C'était l'anthologie "De minuit à minuit", au
Fleuve Noir en 2000 (Le noeud cajun, NDLR). Avant ça,
je n'avais pas vraiment essayé de publier de textes. C'était un coup
de bol. Ca fait partie des textes que j'ai envoyé à Ténèbres - dont
j'ai parlé tout à l'heure - et qui ont été retenus, mais pour une
publication plus tardive. Le premier texte que j'ai soumis en me
disant: "celui-là devrait, peut-être, être publiable a été accepté
tout de suite ! Et, à partir de là, j'ai continué sur les supports
plutôt professionnels.
LFN: Et
maintenant, lorsque vous avez écrit une nouvelle et que vous
l'envoyez à un éditeur, vous demandez-vous encore : "est-ce que ma
nouvelle est publiable" ? Ou bien, cette question disparaît-elle
lorsqu'on a déjà publié deux, trois nouvelles ?
MF: Au
bout d'un moment, il y a cette espèce d'incrédulité de la première
fois qui disparaît. La première fois où j'ai eu la réponse de Daniel
Conrad (à l'époque, co-rédacteur en chef de la revue Ténèbres NDLR)
qui me disait que le texte lui avait beaucoup plu et qu'il le
prenait, je n'en revenais pas ! je me suis dit : "Il doit y avoir
une erreur, un malentendu, ce n'est pas possible". Mais à force
d'avoir des retours, c'est vrai que si j'ai toujours autant de mal à
juger mes textes, je commence à avoir une idée un peu plus précise
de la manière dont ils sont reçus et donc de ce qu'ils peuvent
valoir. Mais, ça passe toujours par l'extérieur. Toute seule, je
n'arrive pas à me faire un avis.
LFN: Que
préférez-vous, lorsque vous écrivez une nouvelle : Répondre à un
appel à texte précis (par exemple pour une anthologie) ou
écrivez-vous spontanément ?
MF: Les deux en fait. Pendant un moment,
j'étais persuadée que je ne pourrais jamais écrire pour un appel à
texte. Parce que je n'imaginais pas, vu que c'est déjà très
compliqué de concevoir une nouvelle à partir d'une image ou d'un
personnage, de devoir le faire à partir d'un thème imposé. Puis,
c'est venu… Je ne sais plus quelle était la première, c'était
peut-être pour l'anthologie "Rêves d'Ulthar", qui est parue aux
Editions de l'ODS, c'était sur le thème des chats
(Silmaril NDLR). J'ai eu envie d'y participer,
d'essayer. Donc, c'est le premier texte que j'ai écris pour un appel
précis. La plupart des textes que j'ai publié, c'étaient des textes
que j'avais écrits avant et qui se sont glissés dans une anthologie
qui correspondait. J'ai eu une très, très bonne expérience, au
niveau des appels à textes, pour le numéro d'Emblèmes, chez
l'Oxymore, qui était consacré à Venise (Venise Noire,
Emblèmes n°5 NDLR). En fait, j'ai découvert Emblèmes et j'ai adoré
tout de suite ce style d'anthologie. J'ai eu très envie d'envoyer un
texte, pour voir si… J'ai vu l'appel à textes sur Venise et j'ai
tout de suite eu une idée... J'ai écrit ça très vite et, à ma grande
surprise, c'est passé comme une lettre à la poste !
LFN: Devez-vous
souvent remanier tes textes ? Vous le demande-t-on ?
MF: Souvent, non. Enfin, ça arrive,
oui. J'ai rarement eu à vraiment remanier un texte en profondeur, de
devoir changer toute l'intrigue. Par contre, ce qui se passe, c'est
que souvent, avant de soumettre un texte, je l'envoie à des
relecteurs. J'ai plusieurs amis qui ont l'habitude de me relire et
qui me disent: "oui, ça fonctionne" ou bien "là, il y a un problème,
il faudrait retoucher ça"… Ce qui fait que quand je soumets un
texte, en général, il est passé par au moins deux ou trois
personnes. J'ai donc déjà pu peaufiner mon texte avant de
l'envoyer.
LFN: Sinon, vous
le feriez, si on vous le demandait ?
MF: Si on me le
demande et que je pense que c'est justifié, oui. Ca dépend de la
manière dont on me présente les retouches à faire. Si vraiment je
pense qu'il y a un problème dans le texte, oui, je le fais sans
problème. Enfin, sans problème, non, parce que ce n'est pas facile
de repenser un texte différemment. Mais, je pense que c'est
important d'apprendre à écouter - justement - les critiques, les
remarques et ne pas se braquer quand on demande des retouches
LFN: Comment
définiriez-vous votre style ?
MF: Je crois que je suis la
dernière personne qui pourrait le définir. C'est comme je disais
tout à l'heure, je suis toujours surprise par les retours, par la
manière dont ce que je fais est perçu. Je sais plus ou moins que
j'écris sur des thèmes récurrents, que c'est souvent axé sur les
relations entre les personnages, sur les ambiances. Je sais que les
textes qui ont plu, souvent, c'est parce que les gens ont accroché
aussi sur le style d'écriture… mais à part cela, je ne saurais pas
définir…
LFN: Comment
êtes-vous passée au roman ?
MF: Je dirais presque par
accident (rires) ! Pendant longtemps, j'étais persuadée que je ne
pouvais écrire que des nouvelles et que je ne voulais écrire que ça.
Et la question, classique : "quand est-ce que tu passes au roman,
l'air de dire, quand est-ce que tu passes aux choses sérieuses ?"…
ça m'énervait. En fait, le roman qui est paru, c'est le deuxième que
j'ai écrit. J'avais fait un tentative avant. C'était une nouvelle
qui était très longue et à laquelle il manquait quelque chose, une
fois terminée, mais je ne trouvais pas quoi. Je l'ai reprise après,
pour en faire quelque chose de plus long, et c'est devenu un roman.
Et en fait, ce roman-là, je suis en train de le retravailler pour
publication plus tard.
Ensuite, il y a eu Trois pépins du
fruit des morts (Nestiveqnen, septembre 2003, NDLR). Il
vient aussi d'une nouvelle que j'ai dû remanier plusieurs fois.
Parce que la première fois, mes relecteurs étaient tous d'accord
pour dire que c'était incompréhensible. Donc, j'ai recommencé, en
essayant de rendre ça un peu plus clair. Et le retour a été : "c'est
nettement plus compréhensible, le texte est nettement meilleur, mais
il manque encore quelque chose". Et peut-être six mois plus tard,
j'ai eu une idée pour prolonger ça avec l'optique d'écrire un roman.
Ce n'est pas comme le premier texte où je me disais : "je vais
essayer et je vais voir ce que ça donne". Là, vraiment, c'était :
"je vais écrire un roman, en sachant que je suis en train de le
faire, et je vais voir ce que ça donne." Mais, je suis toujours plus
à l'aise dans la nouvelle que dans le roman. Ca vient, mais ce n'est
pas encore ça…
LFN: Et de quoi
parle votre premier roman ?
MF: C'est un roman un peu
compliqué à résumer, parce qu'il y a plusieurs thèmes qui se
mélangent. Il y a trois personnages. Le premier personnage, c'est
une mère célibataire, qui élève sa fille de douze ans. Et, au tout
début du roman, cette fille de douze ans disparaît pendant deux
semaines. Sa mère n'a plus du tout de nouvelles. Elle ne sait pas si
elle a fugué, si elle a été enlevée… Quand la petite fille revient
deux semaines plus tard, elle refuse de dire ce qui s'est passé,
bien décidée qu'elle est à préserver son secret des adultes. C'est
son secret à elle et elle ne veut surtout pas le partager. On
découvre, un peu plus tard dans le roman, qu'elle a passé ces deux
semaines avec une femme qui est la déesse Perséphone de la
mythologie grecque. Le roman tourne autour de ces personnages.
Pourquoi se sont-elles rencontrées ? Que s'est-il passé ? Sur quoi
est-ce que cela va déboucher ? Et surtout, quelles seront les
conséquences sur ces trois personnages ?
LFN: Qu'est-ce qui
vous intéressait particulièrement dans cette histoire ? La
mythologie ?
MF: La mythologie, la grecque en particulier,
je m'y intéresse depuis que je suis toute petite. Mais, ce n'est pas
ça qui est venu en premier. En fait, la conception de la nouvelle de
départ a été assez curieuse. J'avais le personnage de l'adolescente.
Je savais plus ou moins que je voulais écrire quelque chose sur une
adolescente un peu perturbée, un peu en retrait par rapport aux
adultes. J'étais en train de chercher des images et j'ai eu l'image
d'une femme avec laquelle je la voyais évoluer pendant une partie de
l'histoire. Tout d'un coup, j'ai pensé, je ne sais pas pourquoi
d'ailleurs : "cette femme, c'est Perséphone !" Ca a été une
association d'idées et je me suis dit : "d'accord, il y a quelque
chose à creuser, c'est un mythe qui m'intéresse depuis l'enfance,
donc je vais voir ce que je peux faire". Je n'avais jamais écrit sur
les mythologies et tout s'est construit autour des personnages.
LFN: Avez-vous
déjà eu des retours sur votre roman ?
MF: Quelques uns,
oui, qui sont plutôt, pour l'instant, des retours de mon entourage.
Mais il commence à y avoir quelques critiques. Dans l'ensemble,
c'est plutôt positif. Il y a quelques reproches, des longueurs, ou
bien au niveau de la construction du roman, mais dans l'ensemble je
suis agréablement surprise par les retours. Mais j'ai l'impression
que le roman ne fonctionne pas sur tout le monde, tout le monde ne
rentre pas dedans. Mais pour ceux qui rentrent dedans, il y a
vraiment quelque chose qui les touche. Je crois que je ne pouvais
pas demander mieux.
LFN: Vous allez
bientôt publier Serpentine chez Oxymore. De quoi s'agit-il
?
MF: C'est un recueil cette fois, un recueil de
nouvelles, qui va sortir en janvier dans la collection "Epreuves"
chez l'Oxymore. Ils publient des recueils de jeunes auteurs
francophones. Mon recueil va contenir dix textes, dont quatre qui
sont déjà parus. J'y reprends notamment Mathilda, dont
on parlait tout à l'heure. Il y a donc six inédits qui sont soit des
textes que j'avais écrits spontanément, sans appel à texte, mais qui
n'avaient pas trouvé de support, soit des textes écrits pour des
appels thématiques et qui n'avaient pas été retenus. Et il y a un
texte que j'ai écrit exprès pour ce recueil.
LFN: Vous avez
d'autres romans de prévu ou bien comptez-vous continuer dans la
nouvelle ?
MF: Je compte de toute façon continuer dans la
nouvelle. C'est vraiment ce que je préfère et c'est là que je me
sens le mieux. Par contre, je suis en train de retravailler le
premier roman dont je parlais tout à l'heure. Là, je ne peux pas en
parler, parce que, ce n'est pas encore officiel, mais à priori il y
a un éditeur qui est intéressé…. Si ça se confirme, il devrait
paraître à l'automne 2004. Ensuite, je ne sais pas encore ce que je
ferai.
LFN: Pour
terminer, quels conseils donneriez-vous à de jeunes auteurs qui
débutent ?
MF: Des conseils, je ne suis pas sûre d'en
avoir tellement à donner… C'est de beaucoup s'entraîner, beaucoup
écrire, parce que c'est avec la pratique qu'on apprend. Il ne faut
pas s'attendre à ce que le premier texte soit tout de suite
impeccable. Il faut du temps pour acquérir le mécanisme et trouver
une voie. Il faut aussi, comme je le disais tout à l'heure, être
vraiment très attentif à la critique, parce que je crois que c'est
peut-être ce qui aide le plus à progresser. Essayer aussi d'avoir
des gens à qui montrer le texte et surtout ne pas se braquer quand
on vous fait une remarque, mais plutôt en tenir compte et s'en
servir pour progresser.
© Propos recueillis par Christian
Simon
le dimanche 9 novembre 2003 aux Utopiales de
Nantes
(merci à Dominique Begon pour l'aide
technique)