Les éditions
Bragelonne viennent de lancer une collection de science-fiction
qui a été confiée à Jean-Claude
Dunyach, l’un des meilleurs écrivains
français du genre. Cela en a sans doute surpris certains
qui pensaient que les éditions Bragelonne étaient
spécialisées dans la fantasy. Idée
fausse, étant donné la présence d’auteurs
comme James Lovegrove, Peter F. Hamilton ou Elizabeth Moon
au milieu de Stan Nicholls, David Gemmell ou Raymond Feist.
Il nous est paru intéressant de donner la parole
à Jean-Claude Dunyach afin qu’il nous explique
ce qu’il a l’intention de faire et quels auteurs
il désire présenter aux lecteurs. |
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LeFantastique.Net:
Vous venez de lancer chez Bragelonne, une collection de science
fiction. Comment êtes-vous entré chez eux ? Et avec
quelle mission ?
Jean-Claude
Dunyach: Ca s'est fait très simplement, en fait... J'ai
reçu un coup de fil d'Alain (Névant) et Stéphane
(Marsan). Ils m'ont annoncé qu'ils créaient une
collection de SF au sein de Bragelonne et qu'ils cherchaient quelqu'un
pour la diriger. C'est le genre de proposition qu'on accepte sans
même prendre la peine de réfléchir, je dois
dire. Devenir éditeur était un de mes rêves
d'adolescent, l'un des derniers qu'il me restait à réaliser.
Et puis on a discuté, on a même fini par signer un
contrat (je ne suis pas très paperassier mais je connais
l'importance de l'acte écrit). Donc je peux te dire exactement
quelle est ma mission:
1) choisir des ouvrages, étrangers ou francophones. Ca
veut dire en lire beaucoup, en choisir quelques-uns (il y aura
8 publications par an) et faire des rapports de lecture sur ceux
que j'élimine ou que je garde. Pour cette tâche,
j'ai l'immense chance d'être secondé et assisté
par Tom Clegg, qui a tout lu en SF anglophone et qui a un goût
suffisamment affirmé pour qu'on puisse sérieusement
discuter autour d'un livre qui nous plaît. En règle
générale, quand un ouvrage nous emballe tous les
deux, on fonce !
2) "accoucher" de l'ouvrage final. Pour un roman étranger,
ça veut dire relire et corriger la traduction. Pour un
manuscrit francophone, ça veut souvent dire faire retravailler
l'auteur, diriger l'ouvrage, etc. C'est beaucoup plus de boulot,
3) fournir le paratexte, la 4ème de couverture, des éléments
pour le distributeur, etc. Il y a aussi une clause sur le nombre
de jeux de mots débiles auxquels j'ai droit durant nos
réunions mais ce chiffre est confidentiel :-)
LF.N:
La première sortie, Elizabeth Moon: Héroïne
d’un jour, renoue avec le space opera, mais avec une
vision différente du space opera classique puisqu’on
a plutôt l’impression de lire un roman d’aventure
maritime transposé dans le futur et traitant de problèmes
éthiques, moraux, personnels... Pourquoi ce choix pour
un premier titre ?
J.-C. D.: Là, je t'arrête tout de suite. Ce n'est
pas moi qui ai choisi le Elizabeth Moon, ni le
Peter F. Hamilton qui est sorti en même
temps (L'étoile de Pandore).
Ils étaient déjà achetés quand je
suis arrivé. Ceci dit, ce sont deux bouquins que j'aime
bien, donc je n'ai eu aucun problème à m'en occuper.
Et le Moon est effectivement curieux, plutôt bien fait,
en tout cas un cran au-dessus, à mon avis, de la série
Serrano. Et l'ingénieur que je
suis a beaucoup apprécié ce décor de vaisseau
de maintenance, avec ses problèmes d'inventaire et ses
pistolets à colle utilisés de façon non conventionnelle.
Là, on voit que Moon sait de quoi elle parle. Pour savoir
ce que je choisis comme type de livre pour la collection, il faut
attendre le début de cette année... On y est presque.
LF.N:
Avec la revue Science Fiction, vous semblez placer les jalons
de ce que va être cette collection: une science fiction
contemporaine, alimentée par des idées nouvelles,
un mélange des genres. Pouvez-vous nous expliquer ce que
vous définissez sous les termes de Nouveau Space Opera
?
J.-C. D.: Avant de te répondre, laisse-moi ouvrir une parenthèse:
cette collection est née des constats suivants :
1) la S.F. est un genre qui se transforme en permanence, et qui
évolue très vite, en particulier dans le monde anglo-saxon.
Or, en France, les éditeurs, à de rares exceptions
près, ont simplement arrêté de publier de
la SF récente. Il y a donc tout une production récente
qui est totalement passée inaperçue en France -
avec des concepts, des idées partagées, assez ébouriffantes.
Avec, également, une forte proportion d'auteurs féminins
qui écrivent une SF bourrée d'idées superbes,
parfois très hard-science, et en tout cas très novatrice.
2) le lecteur accro de SF n'a pas disparu, loin de là (j'en
suis un). Il lui faut sa dose mensuelle de space-opera, avec un
brin de speculative-fiction, un soupçon de cyberpunk, de
l'humour déjanté, des effets spéciaux sur
fond de rock n' roll, et voire plus si affinité. En plus,
l'époque est aux mélange des genres, à la
joyeuse déglingue, au post-romantisme assumé. La
SF moderne est un reflet de tout ça. Voyez Richard Morgan,
un auteur que Bragelonne publie déjà, voyez J.
Courteney Grimwood, Simon Green (je
recommande la série de Traquemort,
chez l'Atalante - dans le genre "grand méli-mélo
de machins divers", on a fait rarement mieux.) Donc, voilà,
Bragelonne SF essaiera de se faire l'écho de ce qui nous
paraît jubilatoire, pétaradant et un brin outrancier
(la SF est une littérature généreuse) dans
ce qui se publie en ce moment. Et, tu as raison de le souligner,
l'une des tendances actuelles qui marche assez fort en SF anglo-saxonne,
c'est le "nouveau space opera". Je te renvoie à
mon article dans la revue SF 2006 pour les détails. Je
précise juste que le NSO peut être décrit
comme du space-opera survitaminé, bardé de stéroïdes
et d'implants cyberpunk, shooté au romantisme, vaguement
anarchiste (et en tout cas beaucoup moins de droite que son prédécesseur)
et qui assume totalement la gratuité de son discours !
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