Entretien avec DOA (suite)

 

LFN: Comment et quand avez-vous commencé à écrire ?
D: Les premières histoires que j’ai racontées étaient imaginées, construites mais pas vraiment rédigées pour être lues par qui que ce soit d’autre que moi. C’étaient des scénarii de jeux de rôles. A cette époque, l’idée d’écrire professionnellement ne m’effleurait même pas. Plus tard, venu à Paris pour mes études, j’ai passé une partie de mon temps libre à écrire soit de très courtes histoires, soit des descriptions de paysages, de gens, de moments. La vocation est née là, assez tard donc, et parce que je m’ennuyais. J’ai découvert le plaisir que l’on ressentait à créer des vies et les histoires de ces vies. Mais il m’a fallu attendre encore pour me lancer vraiment, je n’étais probablement pas prêt.

LFN: Ce roman est-il votre premier essai ?
D: Ce n’est pas mon premier essai de roman. C’est le premier que je rends public.

LFN: Avant d'écrire ce roman, vous étiez-vous dit que vous alliez écrire un roman de genre pour des lecteurs fanas de genre ?
D: J’écris pour me faire plaisir, des histoires qui stimulent mon imagination. Je ne souhaite pas m’enfermer dans un genre particulier. J’ai choisi cette intrigue parmi toutes celles que j’avais en tête parce qu’elle existait depuis longtemps et que, familière, elle était plus simple à aborder pour moi, dans l’optique d’une première approche de travail “professionnel”.

LFN: Avez-vous tenté l'écriture de nouvelles ? Des concours, des anthologies ?
D: Je n’ai jamais été très satisfait des quelques nouvelles que j’ai pu écrire, je me sens un peu à l’étroit dans cet exercice. Et je n’ai jamais participé à des concours.

LFN: Comment créez-vous votre histoire ? Partez-vous des personnages, ou plutôt d'un sujet dans lequel vous allez implanter des personnages ?
D: Je pars souvent d’un lieu, d’une atmosphère qui m’inspire. Assez naturellement, je l’associe avec des thématiques ou des sujets à propos desquels j’ai lu, entendu ou vu des choses. De cette association naissent des envies d’intrigues. Et de ces envies, des personnages.

LFN: Quelles sont vos influences, inspirations, littéraires ? Cinématographiques ? Musicales ? Autres ?
D: Nombreuses. Eclectiques. Plus internationales que françaises. J’en ai évoquées quelques-unes en répondant aux différentes questions mais, pour compléter, j’aimerais ajouter en littérature James Ellroy, Bret Easton Ellis, John Harvey, Baudelaire, Poe, Calvino, Perez-Reverte, Garcia-Marquez. Et, le livre que j’ai le plus lu est Le Seigneur des Anneaux de JRR Tolkien. En cinéma les réalisateurs dont les films m’ont le plus marqué sont Ridley Scott, Francis Ford Coppola, Jean-Pierre Melville, John Cassavetes, David Lean et, plus récemment David Fincher, Brian Singer ou Steven Soderbergh. Pour la BD Frank Miller est numéro un toutes catégories de mon palmarès pour Dark Knight Returns et Elektra Assassin. Shirow Masamune arrive juste derrière. Sans oublier Mike Mignola. Chez nous j’apprécie Jean Giraud, Hermann et, dans la jeune garde - mais cela va sans dire - j’admire le travail de David Sala. En musique j’ai commencé à m’intéresser vraiment à la musique avec Ryuichi Sakamoto et David Bowie, dont je reste fan, surtout pour ce qu’il a produit avant 1994. Aujourd’hui, j’écoute plutôt de la musique électronique. Quelques artistes français plus “classiques” aussi.

LFN: Que pensez-vous de la place des littératures de genre en France ?
D: J’ai entendu ou lu certains auteurs dits de “genre” se plaindre de ne pas être considérés comme de “vrais écrivains”. C’est probablement une réalité, puisqu’il existe une sorte de snobisme littéraire en France. Mais je ne sais pas ce qu’est un “vrai écrivain”. En ce qui me concerne, je n’ai pas l’intention d’être rangé dans une boîte et, si je dois changer de registre, je n’hésiterai pas.

LFN: Qu'espérez-vous comme retour des lecteurs à la sortie de votre livre ?
D: Je serai déçu si je me faisais “taper dessus”, comme vous l’avez si bien suggéré tout à l'heure. Quels que soient les reproches que certaines personnes pourraient être amenées à m’adresser, j’ai investi un peu de moi et beaucoup de temps dans ce livre. A cet égard, le descendre serait un peu me descendre. Une expérience certainement douloureuse. Mais si les Fous d’Avril trouvent leur lectorat, je serai ravi. Quel meilleur encouragement que lorsque des gens s’emparent de votre histoire et la font vivre par devers vous?

LFN: Avez-vous des "manies" pour écrire, une technique, des objets fétiches, un emploi du temps, une manière de réfléchir, de construire votre histoire, d'écrire (ordinateur direct ou la plume) ?
D: Je suis un enfant de l’informatique, je ne sais plus écrire à la main (de plus, j’ai horreur de rédiger sur des pages raturées !). Je suis plus productif dans la journée, en général après une matinée passée à lire la presse et corriger le travail de la veille. Je conçois mes histoires par étapes : une lente réflexion qui, partant des thèmes de base, créée des connexions, des lignes logiques, des détours, au fur et à mesure que je me documente sur les sujets que je souhaite aborder. Puis, comme je suis peu à l’aise dans le travail sans filet, j’écris ce que les scénaristes de TV ou de cinéma appellent un “traitement”. C’est un résumé très détaillé de l’histoire, où rien n’est développé mais tout est abordé. Enfin, je rédige le texte. A ce stade, théoriquement, je n’ai à me préoccuper que des mots. Mais il arrive régulièrement que de nouvelles connexions ou des rebondissements plus élégants voient le jour pendant cette phase.

LFN: Que conseilleriez-vous à un apprenti écrivain qui désirerait faire comme vous, être édité?
D: Prendre le temps de beaucoup travailler. Bien relire son texte et le présenter correctement, relié et sans faute, cela met les futurs lecteurs professionnels dans de bonnes conditions pour aborder leur travail. Le reste est une affaire de goût. Ah, et puis j’oubliais le plus important, rencontrer du monde. Connaître des gens dans le milieu ne garantit pas d’être publié mais cela aide à être lu ce qui, quand on regarde le nombre de manuscrits qui arrivent chaque année chez tous les éditeurs, est déjà une gageure.

LFN: Que prévoit votre futur ?
D: Comment le saurais-je ? Plus sérieusement, je viens de mettre la dernière main à un roman policier, contemporain mais un peu décalé, qui devrait, si tout va bien, être publié dans la collection polar du Fleuve Noir en octobre 2004.

Propos recueillis par Michaël Espinosa

Découvrez, en avant-première, la chronique de "Les Fous d'Avril" (sortie annoncée le 4 mars)

 
 
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