Entretien avec Marc Cantin
(suite)
LFN:
Comment abordez-vous vos histoires en général,
avez-vous une démarche de travail, une méthode
d'écriture?
MC: Je suis très méthodique. Je réalise
d’abord un synopsis, qui me sert à “tester”
l’histoire, à me rendre compte s’il est vraiment
intéressant de l’écrire. Ensuite, je construis
un plan, chapitre par chapitre, sans dialogue. Dans cette seconde
phase, je procède à beaucoup d’ajustements.
Puis, il m’arrive de faire des essais de différentes
formes de narrations sur un début de chapitre.
Une fois que tout est “calé”, je commence
l’écriture. Là encore, je peux encore faire
de nombreux changements, mais grâce à mon plan,
il m’est plus facile d’intégrer ces derniers,
car j’ai toujours une vue globale de mon récit.
Enfin, je relis plusieurs fois mon manuscrit en y apportant
des corrections. Cette dernière phase peut durer une
semaine, un mois, un an, voire plus. Il m’arrive aussi
parfois, si je ne suis pas satisfait du roman, de le réécrire
entièrement.
LFN: Comment
vous êtes-vous lancé dans l'écriture (en
dehors du fait d'avoir hésité entre Président
de la République ou de Coca (voir l'auto-présentation
de Marc Cantin sur son site)) ?
MC: Tout simplement en écrivant des histoires. J’ai
commencé en presse jeunesse et deux ans après,
je suis passé en édition.
LFN: Le
parcours fut-il difficile ? Avez-vous fait des rencontres déterminantes
?
MC: Un parcours incertain, mais l'incertitude est pleine de
surprises, et j'aime ça !
LFN: Quelles
sont vos influences littéraires ?
MC: J’ai un goût très prononcé pour
le roman d’aventure. Ma référence, ce serait
Le monde perdu de Conan Doyle. J’adore
aussi l’univers de Roald Dahl.
LFN: Et
des influences venant d'autres domaines ?
MC: Calvin et Hobbes, en BD. Cette
capacité de réduire à l’essentiel
m’impressionne beaucoup. Ça paraît tout simple,
et pourtant, techniquement, c’est hyper compliqué.
En fait, j’aime les auteurs qui savent se mettre au service
de leur public, et je laisse un peu de côté ceux
qui utilisent le livre pour “faire voir” qu’il
savent bien écrire ou bien dessiner.
LFN: Quelles
sont les scènes que vous avez le plus de mal à
écrire ? Le plus de facilité ?
MC: Ça dépend. Si je dois écrire des scènes
marrantes et que je n’ai pas trop le moral, ça
ne va pas être simple. Si j’ai une super pêche
et que je dois me glisser dans la peau d’un personnage
ultra tourmenté, ce ne sera pas gagné d’avance.
C’est ce décalage, qu’il faut combler, qui
est parfois difficile. Un matin, je peux entrer en cinq minutes
dans la peau d’un personnage. Un autre matin, il me faudra
une heure... et c’est généralement à
ce moment que le téléphone sonne, ou que mes enfants
entrent en hurlant dans l’atelier !
LFN: Vous
avez un atelier ? Vous vous êtes construit votre univers
bien à vous ? Comment
est-il ?
MC: Atelier est un bien grand mot (Je me suis laissé
aller). Il s'agit simplement d'un ordinateur posé sur
un bureau d'un goût douteux. Chacun passe dans cette pièce,
bricole, découpe, fait ses devoirs... Mais je l'appelle
"l'atelier" car je m'y sens proche de l'état
d'esprit d'un artisan, besogneux, obstiné, corrigeant
ses maladresses, doutant de la valeur de son travail, regardant
partir ce même travail hors de l’atelier, vers d'autres
ateliers où il deviendra un livre, avant de trouver,
peut-être, un lecteur. C'est chouette, non ?
LFN: Vous
semblez être né écrivain pour la jeunesse.
Tenterez-vous l'expérience de la littérature "adulte",
histoire de réveiller les croulants ?
MC: Non. La littérature adulte ne m’intéresse
pas. Tout d’abord, je n’ai pas grand chose à
dire aux adultes : ils ne m’inspirent pas beaucoup d’espoir.
Et puis, les auteurs adultes écrivent trop souvent des
livres dans le but de démontrer leur génie : “Regardez
comme mon écriture est superbe. Regardez, je sais faire
le triple saut arrière !”. Tout ça doublé
du culte de la personnalité ! Il n’est donc pas
étonnant que ces mêmes auteurs en oublient parfois
de nous raconter une histoire. A court d’idées,
ils nous racontent de plus en plus souvent la leur, imaginant,
dans leur délire égocentrique, que ça peut
nous intéresser. Personnellement, je ne m’y retrouve
pas. De plus, en littérature jeunesse, nous avons une
chance incroyable : nos lecteurs ont le plus souvent l’âge
de nos héros. Ils s’identifient complètement
à eux. Et ça, c’est une grande responsabilité,
pour nous, auteurs jeunesse, mais aussi un formidable cadeau.
LFN: Comment
se déroulent vos rencontres avec votre public ?
MC: Je n'aime pas trop rencontrer le "public". J'apprécie
de rencontrer un, deux ou trois lecteurs. De discuter ensemble.
Pour moi, l'écriture, comme la lecture, sont des actes
individuels, ou en tout petits groupes. La lecture d’un
livre est soumise à l’interprétation du
lecteur, c’est ce qui rend ce dernier unique (lire, c’est
créer !). J'ai donc du mal à m'adresser à
un “public”. Bien sûr, il m'arrive de le faire,
mais ça me demande un effort et je ne suis jamais satisfait
du résultat.
Je préfère de loin communiquer individuellement,
par lettre ou par e-mail. Je reçois beaucoup de courriers
(via les éditeurs) et d'e-mails (via mon site) et je
réponds toujours aux personnes qui m'écrivent.
Avec plaisir !
Propos recueillis par Michaël
Espinosa
Biographie / Bibliographie:
Marc Cantin vit à Plélan-Le-Grand (35) dans la
forêt de Brocéliande. Il a été animateur
pour handicapés et dessinateur de BD. Il se consacre
totalement à l’écriture pour enfant depuis
1996.
Marc Cantin, auteur
d'ouvrages illustrés:
La Mare aux cocos,
ill. de Pronto, Milan, 1996.
Le meilleur papa du monde,
Grasset, 1998.
Princesse Anna,
ill. de Martin Jarrie, Nathan, 1998.
les ailes de Kayak,
Grasset, 1999.
Le loup a les crocs,
ill. de Fabrice Turrier, Milan, 1999.
Avec Amélie Cantin, , L'aviateur,
ill. d'Andrée Prigent, Didier, 1999.
L'indien et le tyranno,
Milan, 2000.
La princesse qui sauva le
prince, Milan, 2000.
L'araignée de l'espace,
Milan, 2000.
Des barreaux plein les yeux,
Thierry Magnier, 2000.
Moi, Félix, 10 ans,
sans-papiers, Milan, 2000, coll.
poche junior.
Pas facile d'être une
star, ill. de Jean-Philippe
Chabot, Rageot, 2000.
La dernière nuit du
loup-garou, Milan, 2000, coll.
Poche junior.
Le mystère de la fille
sans nom, Milan, 2001.
Avec Amélie Cantin, Oh,
les z'amoureux, Rageot, 2001.
Les sorcières du collège.
2, Secrets de famille, Milan,
2001.
Vers des jours meilleurs,
Gallimard, 2002.
Le Grand gentil loup,
ill. de Hervé Le Goff, Milan, 2002, coll. Poche Benjamin.
Le cartable peureux,
ill. de Elisabeth Schlossberg, Père Castor Flammarion,
2002, coll. Loup-Garou.
Nitou le petit indien,
ill. de Sébastien Pelon, Père Castor Flammarion,
2004.