Fabrice Bourland

Janvier 2008, la collection "Grands Détectives" des éditions 10/18 publie deux romans d'enquêtes fantastiques écrits par Fabrice Bourland. Une belle surprise en cachant une autre, ces deux romans sont agréables, bien écrits et nous plongent dans un univers qui puise aux sources de Sherlock Holmes, Dracula et de Jack l'éventreur. Le lecteur se retrouve en terrain connu, happé par les références aux romans victoriens et aux littératures de genre. L'interview qui suit nous montre toute la passion de l'auteur pour cette période et pour des œuvres qui font rêver les amateurs de fantastique et d'étrange. A votre tour de vous plonger dans cette nouvelle série, passionnante et bien écrite, qui révèle un auteur plein de qualités.

Lefantastique.net: Comment t’es venue cette idée de duo de détectives? Est-ce une idée qui te trottait dans la tête depuis longtemps ?
Fabrice Bourland: Pas du tout. C’est parti d’une novella intitulée La Dernière Enquête du Chevalier Dupin, écrite en 2004, où je mettais en scène le personnage créé par Edgar Poe. Pour faire pendant à ce texte, je me suis lancé dans un autre projet où Sherlock Holmes devait intervenir d’une manière ou d’une autre. Mon idée était de rendre hommage à ces deux héros mythiques, qui sont les pères de tous les détectives. Ce deuxième texte, "Le Fantôme de Baker Street", a pris au fur et à mesure de l’écriture une dimension qui n’était pas prévue ; d’un projet de novella, je suis arrivé à un roman, en bonne et due forme. Les éléments qui ont servis de moteur au récit étaient la renumérotation de Baker Street, survenue en 1930, juste après la mort de Conan Doyle, et les séances spirites du Dr Hamilton en 1932. C’est donc à cette période que j’ai ancré mon récit. Au départ, je n’avais nullement l’intention de lancer une série. Andrew Singleton et James Trelawney étaient les héros d’un seul roman, et ils n’avaient pas vocation à vivre d’autres aventures. Le destin en a décidément autrement.

On pense évidemment à Sherlock Holmes, mais surtout à Harry Dickson et Carnacki, voire Rouletabille. Est-ce des personnages qui t’ont inspiré ?
Ma première source d’inspiration est le fantastique, celui du XIXe et du début du XXe siècle. Dans le genre policier, j’ai toujours été attiré par les romans dont l’atmosphère était plus ou moins ouvertement baignée d’étrangeté. Par conséquent, les histoires de "détectives de l’étrange" — ou "détectives de l’occulte" —, qui mettent en scène des limiers à la manière de Sherlock Holmes en butte à des énigmes ressortissant au surnaturel, occupent dans ma bibliothèque une place de choix. Jean Ray et son Harry Dickson, Hodgson et son Carnacki ont été des modèles, au même titre qu’Algernon Blackwood avec le personnage du Dr John Silence, Seabury Quinn et son Jules de Grandin. Ceci étant, et de manière plus large, toute la littérature populaire m’a inspiré. Et, tu as raison, j’ai eu en tête les romans de ce cher Gaston Leroux, surtout pour Les Portes du sommeil. Par exemple, j’adore le plan du château du Glandier, dans Le Mystère de la chambre jaune. Il me semble que les cartes, les plans, les dessins sont des éléments irremplaçables pour développer la rêverie du lecteur. C’est pour ça que j’ai réalisé pour mon propre roman le plan du château de B***, qui, dans l’absolu, n’est pas indispensable à la compréhension du récit. D’ailleurs, il y a toujours un plan dans mes romans. Et c’est en général par là que je commence, avant même l’écriture du texte.

Tes deux premiers romans paraissent dans la collection "Grands Détectives" de 10/18, qui n’est pourtant pas habituée à accueillir des détectives de l’étrange. Comment cela s’est-il passé ?
Au départ, j’ai envoyé mes deux textes ("La Dernière Enquête du Chevalier Dupin" et "Le Fantôme de Baker Street") à quatre éditeurs: Gallimard (Série noire), Le Masque, Albin Michel et 10/18. J’ai eu droit à une réponse type de la part d’Albin Michel ; pour Gallimard et Le Masque, je ne me souviens même pas d’avoir reçu un courrier. En fait, la collection "Grands Détectives" chez 10/18 était une sorte de rêve inaccessible: c’était l’éditeur qui avait publié Carnacki, les nouvelles et les textes spirites de Conan Doyle, et maints autres grands classiques annotés par Francis Lacassin. Mais, dans mon idée, ils publiaient très peu de Français et privilégiaient surtout la filière achats de droits. Pourtant, un mois et demi ou deux mois après mon envoi, j’ai reçu un coup de fil enthousiaste d’Emmanuelle Heurtebize, la directrice littéraire. Elle ne m’a pas caché qu’au départ "Grands détectives" n’avait pas vocation à faire du fantastique, mais ma façon de mêler les genres lui plaisait beaucoup et, lors de mon premier rendez-vous, elle m’a proposé deux contrats: un pour Le Fantôme de Baker Street et l’autre pour un nouveau roman à écrire, en prévoyant de les publier ensemble. Pour La Dernière Enquête du Chevalier Dupin, elle gardait le manuscrit pour plus tard. Je dois avouer que cet enthousiasme, et cette rapidité, m’ont un peu perturbé, mais j’avais pleinement conscience d’être en train de vivre un de ces moments uniques de l’existence, où les choses basculent irrémédiablement. Aujourd’hui, je me rends compte de la chance que j’ai eue d’avoir rencontré cette éditrice hors pair, qui fait son métier avec cœur et conviction.

Comment ont été choisis les noms des personnages ? Est-ce que Trelawney fait référence au fameux corsaire ?
Non, en tout cas pas à ce que je sache. Mon fils m’a fait remarquer que Trelawney était le nom d’un des personnages dans Harry Potter. Au départ, j’avais, me semblait-il, choisi ces noms en fonction de leur musicalité, de leur puissance d’évocation, mais il y a toujours une raison plus obscure au choix de chacun d’eux. L’autre jour, en revoyant la version d’Albert Lewin du Portrait de Dorian Gray, je me suis par exemple aperçu que Singleton était le nom de cet ancien ami de Gray qui fait une brève apparition à la fin du film. J’ai remis le nez dans le roman, et j’ai réalisé qu’Oscar Wilde avait baptisé son personnage "Adrian Singleton". Adrian Singleton/Andrew Singleton C’est évident que la mémoire inconsciente est passée par là.

Pourquoi avoir choisi cette période de l’entre-deux guerres ?
La date a été imposée par les événements qui servent de toile de fond au Fantôme de Baker Street. Après, quand il s’est agi de continuer les aventures de mon duo d’enquêteurs, je pouvais difficilement changer de période. Et puis, de toute façon, l’important était de rester avant la seconde guerre mondiale. Même si on dit couramment que le XXe siècle commence avec la guerre de 14-18, il m’a toujours semblé que 39-45 marquait l’entrée dans une certaine modernité, celle dans laquelle on continue de vivre peu ou prou aujourd’hui. Et cela, je n’avais pas tellement envie de le mettre en scène. Je voulais une période révolue, dont le souvenir prête au rêve. Après la barbarie nazie, il y a quelque chose qui fait que plus jamais le monde ne sera comme avant. De plus, comme le spiritisme a son importance dans chacun de mes récits, l’entre-deux-guerres est particulièrement approprié. C’est un peu l’âge d’or du spiritualisme en Angleterre, et de la métapsychique en France.

Dans Le Fantôme de Baker Street, tu rends hommage à toutes tes lectures des maîtres du roman de genre : Conan Doyle, Bram Stoker, R. L. Stevenson, Oscar Wilde, H. G. Wells… et de leurs personnages devenus mythiques. Comment t’es venu cette idée de mise en abyme de la littérature fantastique dans ton intrigue ?
L’idée de départ du roman était qu’en prolongeant Baker Street, en attribuant le numéro 221 qui, jusqu’alors, n’existait que dans les histoires de Sherlock Holmes, on autorisait en quelque sorte l’apparition de son fantôme à cette fameuse adresse, chez un pauvre couple de retraités qui n’avait rien demandé. Je me suis consciencieusement employé à trouver dans les ouvrages d’occultisme les bases "théoriques" qui permettait de faire accroire à un tel phénomène, et je suis ensuite allé jusqu’au bout de ma logique. Si un personnage de roman pouvait prendre vie par la puissance d’imagination de millions de lecteurs, alors il pouvait en aller de même pour d’autres personnages qui lui étaient contemporains. Vu le contexte littéraire de l’époque victorienne, je n’avais que l’embarras du choix concernant les figures de "monstres" malfaisants. D’ailleurs, la mise en place de tous les éléments narratifs fut assez jouissive. Dans la scène finale, au cimetière de Highgate, j’ai dû faire le gendarme: les fantômes échappés des romans victoriens se bousculaient au portillon, ils voulaient tous surgir pour empêcher Singleton et ses amis de les renvoyer dans leur monde irréel.

Quelles ont été tes références en écrivant ces deux romans? On retrouve des motifs empruntés à Conan Doyle, notamment cette manière de faire référence à d’autres enquêtes afin de créer un effet réaliste.
Conan Doyle a été une source d’inspiration prépondérante pour Le Fantôme de Baker Street. Il faut dire que si la figure du détective amateur a été inventée par Edgar Poe, c’est Doyle qui l’a pérennisée. Bien sûr, j’ai repris de lui le procédé des untold stories, c’est-à-dire le fait de se référer à des affaires qui ne feront jamais l’objet d’un roman. Comme les plans des lieux dont je parlais tout à l’heure, les références à des affaires non traitées sont extrêmement évocatrices, elles font carburer l’imagination. Des générations de lecteurs rêvent et rêveront encore de l’affaire dite du "Rat géant de Sumatra", jamais écrite par Conan Doyle. D’autres romanciers se sont essayés à combler ce manque en écrivant leur propre version de cette affaire. Pour Les Portes du sommeil, j’ai relu avant de commencer à travailler tous les Gaston Leroux ; pas seulement les Rouletabille, aussi les Chéri-Bibi, Le Fantôme de l’Opéra… J’ai relu aussi pas mal d’Arsène Lupin, ainsi que le Belphégor d’Arthur Bernède. Mais, pour en revenir à Conan Doyle, j’ai aussi beaucoup lu la part non holmésienne de son œuvre, en particulier le cycle du professeur Challenger, et je trouve qu’elle est vraiment très attachante. D’ailleurs, je pense revenir dans mon prochain roman à la figure de sir Arthur par l’entremise de son Monde perdu, cet extraordinaire volume écrit en 1912.

Ce roman, comme le suivant, débute à la manière de certains classiques par une fausse note de l’éditeur informant le lecteur de la découverte d’un manuscrit d’un personnage célèbre. A qui voulais-tu rendre hommage à travers ce subterfuge ?
Ce n’est pas tellement un hommage, surtout un procédé que j’apprécie particulièrement. Comme tu as pu le remarquer, j’aime la littérature qui parle de la littérature, les romans qui parlent des romans — et des écrivains. J’aime aussi beaucoup le thème du double, les effets de miroir, les mises en abyme. Par ces faux avant-propos, je fais entrer dans la danse un éditeur fictif et un exécuteur testamentaire. Par le même coup, je crée de la fiction à partir du roman même que le lecteur a entre les mains. Dans La Dernière Enquête du Chevalier Dupin, j’use au maximum de ces effets, en faisant intervenir en plus un traducteur fictif, dont l’identité constitue à la fin une véritable surprise. C’est un jeu, uniquement un jeu, qui n’amuse peut-être que moi, mais tant pis. Si je devais citer un nom, un seul, à qui ce petit jeu serait censé rendre hommage, ce serait évidemment Borges, le Borges de Fictions.

Dans tes deux romans, tu poursuis le procédé en glissant des "notes de l’éditeur" et des "notes de l’auteur" afin d’accréditer cette thèse et d’informer le lecteur sur des faits historiques. Est-ce pour accentuer "l’effet de réel" que tu as choisi cette voie ?
Au départ, oui, c’était dans l’idée d’accréditer les événements dont je parle. Après, c’était encore une fois un jeu. Les notes de bas de page sont beaucoup utilisées dans les ouvrages scientifiques. Mais, en réalité, on peut les utiliser pour faire intervenir dans un roman des voix différentes, comme des lignes musicales qui s’entrecroisent. Il ne faut évidemment pas en abuser, mais si on le fait avec parcimonie, cela donne des résultats étonnants. On pourrait très bien imaginer que, dans un même roman, plusieurs histoires se dérouleraient concomitamment: celle développée dans le texte principal, une autre dans les notes attribuées à l’éditeur, encore une autre dans celles attribuées à l’auteur lui-même, une autre au traducteur. Ajoute à cela, un avant-propos fictif, cela fait pas mal de lignes mélodiques possibles.

Dans les deux romans, une grande part des intrigues tourne autour du spiritisme, notamment en faisant référence aux travaux de Conan Doyle, mais également à l’institut métapsychique. Qu’est-ce qui t’a intéressé dans le spiritisme et comment t’es-tu documenté ?
J’ai toujours été fasciné par l’ésotérisme et l’occultisme, la question d’une supposée vie après la mort. Personnellement, je ne crois pas en Dieu — je me définirais comme athée option "ouvert à tout" —, mais je suis émerveillé par la façon dont les philosophes versés dans ce qu’on appelle les "sciences hermétiques" ont tenté de répondre à nos interrogations angoissées. De Platon jusqu’à l’orientalisme d’un René Guénon au XXe siècle, en passant par les néoplatoniciens, les alchimistes, les rose-croix, les occultistes français, la littérature ésotérique est foisonnante. Baudelaire, Hugo et tant d’autres ne peuvent se lire sans mettre le nez dans les œuvres d’Eliphas Levi ; Huysmans et plus généralement les symbolistes ne peuvent pas être compris sans se référer à Papus, Stanislas de Guaïta, le sar Péladan. Ce qui est le plus étonnant, quand on prend la peine de lire ces auteurs, c’est la flamboyance de leur plume. Les ouvrages de Stanislas de Guaïta, par exemple, sont des opéras étourdissants de beauté. Historiquement, dans le domaine des sciences dites "occultes", les années trente sont surtout marquées par le spiritisme et la métapsychique, qui vivent là d’ailleurs leurs dernières années glorieuses. Donc, c’était normal que je mette plutôt en scène les représentants de ces mouvements. En plus, l’avantage, c’est que le spiritisme comme la métapsychique ont inventé un vocabulaire et un cérémonial qui a un fort pouvoir poétique. D’un point de vue littéraire, les séances de tables tournantes ou de matérialisation sont extrêmement intéressantes. Peut-être parce qu’elles constituent une métaphore de la littérature : créer des êtres de fiction, invoquer les esprits.

Chacun de tes deux romans semble permettre à un lecteur averti de se diriger avec précision dans le Londres et le Paris des années 30. Est-ce que toutes les adresses, toutes les références sont exactes ? D’où viennent-elles ?
Elles sont rigoureusement exactes. Elles proviennent de guides et de photos de l’époque. Sinon, j’ai pu faire référence par-ci, par là à des adresses, des lieux cités dans les romans victoriens, par exemple le Junior Athenaeum de Dickens. On peut s’amuser à repérer les références, mais on peut aussi lire ces histoires en se fichant complètement de tous les clins d’œil livresques.

Les Portes du Sommeil fait référence à l’expériences des "sommeils" qui occupa quelques semaines de la vie des Surréalistes et qui participe pour une grande part à l’intrigue du roman. Cette péripétie de la vie surréaliste semble t’avoir fasciné. Est-ce le cas ?
Oui. La première fois que j’ai eu connaissance de cet épisode, c’était en lisant Nadja il y a de nombreuses années. Breton n’en disait pas grand-chose, mais il y avait une photo, de Desnos je crois, qui m’avait intrigué. A l’époque, je lisais beaucoup les romantiques allemands, et le thème du rêve comme porte d’accès à un niveau de connaissance supérieur me passionnait. J’avais également beaucoup feuilleté les ouvrages de démonologie du XVI et XVIIe siècle, à la bibliothèque Sainte-Geneviève, et la figure des incubes et des succubes m’attirait, sans que je sache quoi en tirer. Pendant longtemps, j’ai gardé inexploité tous ces matériaux, et puis, quand j’ai eu l’idée d’un roman policier utilisant en toile de fond le thème des rêves et des succubes, je me suis souvenu du travail des surréalistes sur le sujet. J’ai trouvé plusieurs livres qui en traitait, en particulier celui de Sarane Alexandrian intitulé Le Surréalisme et le rêve, chez Gallimard. Là, l’expérience des "Sommeils" était narré en détail, et j’ai trouvé ça remarquable. Comme je le dis dans mon roman, l’épisode n’a duré au bout du compte que quelques semaines, mais quel grand moment ça a dû être pour ceux qui l’ont vécu ! Quelle effervescence intellectuelle lors de ces premières années du surréalisme !

Comme beaucoup d’auteurs du XXIe siècle, tu sembles apprécier les ambiances "romantiques noires", aussi bien victoriennes qu’allemandes. Quelles sont tes lectures préférées de cette période ?
J’ai d’abord surtout fréquenté les romantiques allemands. Quand j’avais vingt ans, je me rêvais frère de Théophile Gautier, Gérard de Nerval et Pétrus Borel, et comme eux, autant par amour que par mimétisme, je vénérais E. T. A. Hoffmann, ses Fantaisies à la manière de Callot, ses Elixirs du diable, Ludwig Tieck, Adalbert von Chamisso, etc. Entre parenthèse, Gautier est un auteur qu’on ne lit plus trop aujourd’hui, mais je me rappelle que je l’avais véritablement pris comme modèle. Ma première nouvelle fut écrite à la manière de "La Cafetière", le premier texte de Théophile, qui date de 1830, lorsque lui-même avait vingt ans. La lecture des romans victoriens est venue plus tard, avec Le Portrait de Dorian Gray, si mes souvenirs sont bons. Et bizarrement, ce qui a déclenché chez moi, il y a cinq ou six ans, un nouvel appétit de lecture pour les romans victoriens, en particulier pour les Sherlock Holmes, ce sont trois pastiches écrits par deux auteurs français: Le Testament de sable et Le Chanteur d’âme de Jean Claude Bologne, et Le Crime étrange de Mr Hyde de Jean-Pierre Naugrette. En les lisant, je me suis rendu compte qu’on pouvait jouer avec la littérature populaire d’une façon ludique et extraordinairement intelligente.

Après avoir participé, puis dirigé Nouvelle Donne, tu diriges la collection fantastique des éditions Nestiveqnen. Qu’est-ce que ces deux expériences t’ont apporté ?
La collection "Fantastique" est à l’heure où on se parle en sommeil. On verra si Chrystelle Camus et Jean-Paul Pellen, les responsables des éditions Nestiveqnen, ont l’intention de la reprendre. Pour le moment, ils se recentrent sur ce qui constitue le cœur de leur maison d’édition: la Fantasy. Il faut dire que les temps sont extrêmement difficiles pour les petites structures éditoriales. Il en meurt chaque année un nombre très important. Il s’en crée aussi beaucoup. Les petits éditeurs sont des passionnés qui donnent tout leur temps — et leur argent — à faire vivre les livres des autres. Cela demande une capacité d’abnégation que j’admire. En tout cas, j’ai travaillé avec eux sur deux collections successives, j’ai édité en tout une vingtaine d’ouvrages, pour lesquels ils m’ont laissé une liberté totale. Ce en quoi je ne les remercierai jamais assez, et à travers moi les auteurs qui ont pu être édités. Le magazine Nouvelle Donne, quant à lui, a vécu de sa belle vie durant plus de dix ans, ce qui est exceptionnel dans le domaine de la presse associative. Ça, le mérite en revient à Christian Congiu, son fondateur et principal animateur. Le problème, dans ce type de structure, c’est qu’il faut se renouveler sans cesse, faire appel à de nouvelles forces vives, motiver et remotiver les troupes, mettre en place des modes de fonctionnement les plus professionnels possibles, tout ça dans le bénévolat le plus total. Alors, bien sûr, arrive forcément le moment où les énergies s’épuisent, ou le désir s’émousse. Et il faut arrêter. J’ai passé en tout six ans au sein de ce magazine, j’y vécu des moments parmi les plus intenses de mon existence, les gens que j’y ai rencontrés m’ont beaucoup apporté — et je leur ai, je crois, aussi beaucoup donné en retour. On sort de ces expériences complètement lessivé, éreinté, sonné presque, mais tellement heureux.

Interview réalisée par mail par Denis Labbé

 

 
 
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