Terry Bisson (2)

LFN: Vous
êtes plutôt ce que l’on appelle un écrivain
"engagé". Arrivez-vous à concilier votre
engagement politique et social avec votre œuvre fictionnelle?
TB : Pourquoi concilier ? Ce que j’écris d’une
part, et ma vie politique d’autre part, sont fait du même
terreau et font partie de la même vie, de la même
personne. Si j’approche peut-être les choses de manière
un peu moins directe dans mes fictions, cela veut sans doute dire
que je les prends plus au sérieux. Ces temps-ci je suis
très politisé parce qu’on doit l’être,
mais ma tâche première reste mon oeuvre littéraire.
LFN: Ai-je
raison ou tord si je suppose que “Le Feu premier”
(dans Meucs) est une dénonciation de l’impérialisme
capitaliste, de son envie de tout avaler et d’éteindre
tout ce qu’il ne peut assimiler, tout ce que lui est étranger,
qui est dépourvu de productivité ou qui est archaïque?
TB: Vous avez à la fois raison et tord. Il est très
certainement question dans cette nouvelle du pouvoir globalisateur
et brutal du capitalisme moderne. Mais le genre d’insensibilité
crue et myope dont il est question peut exister dans n’importe
quel système. Regardez par exemple ce qu’ont fait
les talibans aux Bouddhas [ndlr : de Bamiyan, sculptures plus
que millénaires détruites par les talibans en 2001].
C’est pour cela que j’ai inclu Alexandre le Grand
dans l’histoire.
LFN:
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les meucs? Sont-ils des
sortes de substituts pour la vengeance aveugle?
TB: La vengeance aveugle, j’arrive à la comprendre,
c’est la vengeance calculée et réfléchie
que je crains le plus. Les meucs sont une référence
directe au Victim’s Rights movement (mouvement du Droit
des Victimes), qui utilise la loi comme un moyen de s’approprier
l’issu d’un procès pour la victime d’un
crime. L’idée qu’une victime puisse avoir le
"droit" d’influencer le verdict ou la sentence,
ou d’assister à une exécution, est à
mon avis une idée dangereuse. Les meucs ne font finalement
que matérialiser cette logique en plus poussée.
Mes histoires ne sont généralement pas aussi directes
que l’est Meucs, mais j’en
suis assez content.
LFN: Pourquoi
êtes-vous convaincus, comme vous l’expliquez dans
la postface de Meucs, qu’aucune communication n’est
possible entre une intelligence véritablement extraterrestre
et nous?
TB: J’ai cette conviction parce qu’à chaque
fois que j’aborde le sujet de la rencontre avec les extraterrestres
je me retrouve confronté à un gros blanc. Qu’est-ce
que des formes vraiment extraterrestres pourraient bien avoir
à nous dire? Qu’est-ce que nous pourrions en comprendre
? Et de quoi parlerions-nous ? Nos cerveaux ont été
forgés par des millions d’années d’évolution,
et notre philosophie se résume en fait à la nourriture,
au feu, et à la baise. Qu’aurions-nous à dire
à une éponge, même si nous avions pas mal
d’ADN en commun? Quand nous imaginons des extraterrestres
semblables à nous, avec lesquels nous pouvons donc discuter,
est-ce que nous ne sommes pas un peu comme le magnat du “Feu
Premier", qui mouche la flamme pour la faire sienne ?
LFN : Vous
considérez-vous comme un écrivain de science-fiction?
TB: Oui, malheureusement. Mais j’en suis aussi un peu fier
!
LFN: Pour
finir, quels sont vos projets actuels?
TB : L’année dernière, j’ai
écrit trois novellas, l’une est une histoire de voyage
dans le temps et s’appelle Dear Abbey, du nom de l’environnementaliste
qui a écrit The Monkey Wrench Gang [ndlr : Roman comique
des années 70 racontant les aventures d’un vétéran
du Vietnam de retour dans le désert et les canyons de son
Amérique natale, désormais menacés par l’industrialisation];
l’autre s’intitule Greetings et parle de l’euthanasie,
et la troisième, Almost Home, est l’histoire de trois
gamins qui découvrent un avion et le font voler. J’espère
qu’elles seront toutes publiées en France. Et en
ce moment je travaille à un film avec Mumia Abu Jamal,
qui n’aura rien à voir avec de la science-fiction
puisqu’il est basé sur sa vie de membre du Black
Panther Party [ndlr : parti révolutionnaire Afro-américain
s’inspirant du Marxisme et du Maoïsme et prônant
l’autodéfense créé dans les années
60].
Introduction, interview et traduction
: Célia
Schneebeli
Photos (c) Terry Bisson
Bibliographie
Novelisations
Johnny Mnemonic, 1995,
J’ai Lu
Le cinquième élément, 1997, Pocket
Alien : La résurrection, 1997, J’ai Lu Junior
Recueils
Echecs et maths, 2003,
Folio SF
Meucs, 2003, Imaginaires sans Frontières
Romans
Nova Africa, 2001, Imaginaires
Sans Frontières
L’Héritage de Saint Leibowitz, en collaboration
avec Walter M. Miller, 1997, Denoël
Voyage vers la planète rouge, 2000, Bifrost/Etoiles
Vives
Homme qui parle, 2001, Bifrost/Etoiles Vives
Star Wars : Boba Fett, apprenti mercenaire, 2002, Pocket
Junior
Hank Shapiro au pays de la récup’, 2003,
Denoël
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