Ayerdhal, chronique d’un auteur
libre (2)
Quel est
pour vous l’intérêt d’une aventure telle
que celle de Macno à laquelle vous avez participé
?
A: Au départ, l’intérêt était
d’initier une série de SF à n mains. A l’arrivée,
l’intérêt ne concerne plus que les joies de
la déception.
Qu’avez-vous
retiré de l’expérience de l’écriture
à quatre mains avec J.-C. Dunyach d’Etoiles mourantes
? Est-ce une expérience que vous souhaiteriez renouveler
?
A: La recette du cassoulet… non, sans dec, Jean-Claude et
moi avons écrit ensemble dans le souci d’apprendre
l’un de l’autre et, fais-moi confiance, nous avons
beaucoup appris, autant que nous avons pris du plaisir à
discutailler, imaginer, composer, travailler, retravailler, mixer,
remixer, etc. Alors, oui, forcément, c’est une expérience
que je vais renouveler (ce que j’ai d’ailleurs déjà
fait pour deux nouvelles avec deux coauteurs différents),
en premier lieu avec Pierre Bordage dès
que nos agendas coïncideront.
Quel espoir
pour la SF française ? Comment remonter la pente selon
vous ?
A: Tiens. Je vais encore me faire des copains. La SF française
n’a pas à remonter de pente. Outre la génération
des années 90, des auteurs récemment apparus, comme
Alain Damasio ou Colin Marchika
(et ce ne sont pas les seuls), prouvent que le genre est toujours
aussi vivace et novateur. Le hic se situe plutôt du côté
de l’édition et, particulièrement, des groupes
qui sabrent la SF sous prétexte qu’elle ne dégage
pas assez de bénéfices. C’est une réalité:
très peu, sinon aucune, de publications de SF peuvent dégager
la marge qu’attendent aujourd’hui les actionnaires
des groupes qui tiennent l’essentiel de l’édition
en France. Et, malheureusement, les éditeurs "indépendants"
ne peuvent pas absorber tout ce qui s’écrit dans
le genre. Par ailleurs, faute de laboratoire d’écriture
(tel qu’a pu l’être Anticipation, par exemple),
beaucoup de jeunes auteurs restent sur le carreau avant de pouvoir
s’étoffer.
Vous dites
ne pas craindre la technologie pour l’avenir. Selon vous,
le réel enjeu c’est l’humain ? ça se
joue au niveau de l’éducation ?
A: Difficile de nier que tout commence par l’éducation
et se poursuit par l’information.
Vous
avez dit que votre fille, par ses commentaires, avait modifié
votre façon d’aborder les personnages féminins
; le regard de vos proches sur vos textes joue-t-il beaucoup sur
votre façon d’écrire ?
A: Je ne pense pas. S’il est vrai que le regard de mes proches,
comme d’ailleurs les moins proches, participe à ma
vision du monde, de l’humanité et de toute cette
sorte de choses, je doute qu’il ait une incidence sur ma
façon d’écrire. Une exception notable (plusieurs
même): les proches qui sont du métier, pour d’évidentes
raisons techniques.
Quel a été
votre parcours avant de vous lancer dans l’écriture
? en quoi joue-t-il (ou a-t-il joué) sur celle-ci ?
A: De l’animation socioculturelle au marketing, en passant
par la Lorraine avec mes sabots, on doit pouvoir parler d’un
parcours chaotique dont l’influence ressortit à la
physique du chaos.
K: Vous
avez écrit un document sur la dignité des personnes
handicapées mentales ; pouvez-vous nous en dire plus ?
A: Il s’agit de l’histoire résumée
de la première association française qui s’est
souciée du handicap mental.
Vous êtes
lyonnais, mais on vous imagine plus campagnard que citadin ; fausse
impression ?
A: J’ai grandi dans les cités (celles qu’on
a qualifié de rouges avant de les nommer zones). J’ai
plus tard vécu dans un centre-ville, que j’ai quitté
depuis quinze ans avec l’espoir de n’avoir jamais
à y revivre. Je ne suis sûrement pas un citadin,
ni un vrai campagnard. J’aime seulement le vert, l’espace
et la sérénité, toutes choses qu’on
rencontre plus facilement dans une ancienne ferme isolée
que dans les univers surpeuplés de bitume et de béton.
Enfin, question subsidiaire,
vous avez dit que votre pseudo était votre surnom avant
même que vous n’écriviez, quelle en est l’origine
?
A: Un jour, je me suis lassé de porter le même nom
que beaucoup d’autres et je m’en suis créé
un à mon seul usage. Il devait déjà s’agir
d’un problème d’identité.
Propos recueillis par Jacques-Erick
Piette
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