Les Princes d'Ambre (Zelazny)
Sous la protection
de la Licorne et du Serpent
Ambre
seul monde
réel. Tous les autres ne sont que ses ombres. Notre
Terre n'est qu'un lointain reflet de la vérité,
de l'ultime royaume. Ambre
auquel l'accès
est réservé à quelques élus,
princes et princesses d'une lignée unique. Ambre
sous la protection de la Licorne, emblème de l'ordre
et déesse suprême. Ambre
qui n'a d'égal
que les Cours du Chaos, son reflet maléfique.
Sur cet échiquier en mouvement perpétuel,
une illustre famille se dispute le trône du royaume,
laissé vide après la disparition du roi
Obéron. Seul un héritier de sexe masculin
peut revendiquer cette place et le droit d'aînesse
n'est qu'un obstacle minime. Les complots font rage. "Traître,
nous le sommes tous dans la famille." |
Roger Zelazny : Ambre pour toujours
Comment
parler de ce cycle merveilleux sans mentionner son auteur de
génie ? Né en 1937 et décédé
en 1995, alors que la série des Princes d'Ambre n'était
pas achevée, Zelazny était une des figures de
proue de la nouvelle vague de science-fiction au milieu des
années soixante. Il fut récompensé plusieurs
fois par le prix Hugo et le prix Nebulat pour ses romans et
nouvelles, dont "Une rose pour l'Ecclésiaste"
(1967). Il était également l'ancien secrétaire
général de l'Association des Ecrivains de science-fiction
des Etats-Unis. La plus grande partie des ses écrits
repose sur une exploitation et une analyse fine des grandes
mythologies de l'humanité. En effet, il s'est inspiré
des légendes hindoues dans "Seigneur de lumière"
(1967), des mythes égyptiens dans "Royaume d'ombre
et de lumière" (1969), d'histoires indiennes dans
"L'il de chat" et de croyances para-celtiques
pour le "Cycle des Princes d'Ambre" (1970 à
1991).
Son uvre fut prolifique
et Zelazny était considéré comme un auteur
versatile, ce que beaucoup de lecteurs lui reprochaient. Malgré
cela, il a touché un public très large. Ses sujets
favoris étaient l'immortalité, l'accession à
la divinité ou encore la croissance psychologique du
héros à travers ses quêtes.
Avec le "Cycle des Princes
d'Ambre", l'auteur américain a laissé son
empreinte dans le monde de l'Heroic Fantasy. En effet, chevalerie
et sorcellerie se côtoient dans cette ambiance subtile
de complots, de batailles, de conquête du trône
et d'inconnu.
De l'autre côté
du miroir
Le Cycle des Princes d'Ambre
est une mine d'or pour tout lecteur. On y trouve de belles références
historiques, puisque chaque prince et chaque princesse ont une
longévité presque infinie. Par exemple, un des
héros raconte sa rencontre avec Sigmund Freud et les
débats, qui animaient leurs discussions. L'humour, l'ambiance
palpable et la soif de connaître la suite sont des armes
dont Zelazny se sert sans hésiter.
En fait, cette série
est double. Les cinq premiers volumes (Les neuf princes d'Ambre,
Les fusils d'Avalon, Le signe de la licorne, La main d'Obéron
et Les Cours du Chaos) retracent les aventures de Corwin, fils
d'Obéron et prétendant au trône vacant.
Dans le premier opus, il se réveille, complètement
amnésique, dans un institut psychiatrique, situé
dans notre monde. Il ne possède que le nom de sa sur
pour seul indice. C'est donc avec lui et en même temps
que lui que l'on découvre l'univers d'Ambre et celui
des Cours du Chaos, seuls mondes réels opposés
l'un à l'autre.
La deuxième partie, composée
aussi de cinq ouvrages (Les atouts de la vengeance, Le sang
d'Ambre, Le signe du Chaos, Chevalier des ombres et Prince du
Chaos), relate les péripéties de Merlin, fils
de Corwin d'Ambre et de Dara du Chaos. Son origine seule indique
déjà le fil conducteur de l'histoire. Déchiré
entre sa mère, sorcière des Cours, et son père,
champion d'Ambre, Merlin est propulsé au sein d'un conflit
entre le Chaos et l'Ordre, dont il est le principal centre d'intérêt.
Plus magicien que combattant, il mène sa propre quête
vers la vérité et se doit de choisir un camp.
Le contenu entier du cycle est
trop important pour être résumé et les enchevêtrements
de scénarios seraient trop difficiles à comprendre.
Cependant, il est utile et intéressant d'énoncer
des concepts importants et inséparables du monde de Roger
Zelazny.
Tout d'abord, il faut préciser
que Ambre et le Chaos sont les deux mondes réels, le
premier où flotte l'étendard de la Licorne, symbole
de l'Ordre, et le second où le Serpent est l'emblème
du désordre. A côté, il y a les ombres,
reflets proches ou éloignés, tous emprunts d'un
mélange déséquilibré entre ces deux
forces (notre Terre en fait partie). Les princes et princesses
d'Ambre ont la faculté de voyager à travers Ombre
(l'ensemble des ombres), qu'ils déforment mentalement
au fur et à mesure de leur progression, jusqu'à
la destination désirée. Cette idée reflète
la profondeur d'esprit de Zelazny et son imagination fertile.
L'auteur américain aurait écrit certains passages
sous l'effet de drogues, provoquant des hallucinations qu'il
aurait retranscrites sur papier, ce qui permet de comprendre
mieux certaines scènes complètement folles.
Deux éléments importants
et extrêmement liés sont la Marelle et le
Logrus. Le premier, la Marelle, correspond, dans l'idée,
à celle à laquelle les enfants jouent dans les
cours de récréation. C'est une sorte de forme
géométrique tracée sur le sol et il faut
la parcourir du début à la fin. Il s'agit d'une
épreuve d'initiation difficile physiquement et mentalement
et celui qui la traverse doit franchir plusieurs voiles de puissances
croissantes sans faillir. Seules les personnes dotées
du sang royal d'Ambre sont capables d'effectuer le parcours.
Une fois celui-ci achevé, la Marelle peut téléporter
la personne où elle le désire en Ombre et Ambre.
Elle confère également leurs pouvoirs aux Princes,
lorsqu'ils la suivent pour la première fois (longévité,
faculté de modeler Ombre et d'y circuler, force accrue,
intelligence hors norme
). C'est en franchissant la Marelle
que Corwin recouvre la mémoire (Les neuf princes d'Ambre,
1970).
Le second, le Logrus, est l'équivalent
de la Marelle dans les Cours du Chaos. Il semble cependant doué
de pouvoirs supplémentaires. Merlin, héros de
la seconde série, s'en sert pour découvrir des
objets magiques ou le passage d'êtres de même nature.
Il s'agit également d'une arme utilisée pour la
sorcellerie.
Merlin, né des deux sangs, est le seul capable de manipuler
ces deux instruments, mis à part Dworkin, dont l'origine
est floue, mais qui semblerait être le créateur
d'Ambre et de son jumeau chaotique et le dessinateur de la Marelle
originelle.
La Marelle possède une
particularité intéressante. En effet, elle n'est
pas unique. Elle existe aussi en Rebma, cité inverse
d'Ambre, recouverte par les eaux et gouvernée par Llewella,
princesse et fille d'Obéron. Elle est présente
aussi dans le Tir-Na Nog'th, la cité céleste
qui n'apparaît qu'à la pleine lune et dont on peut
ramener des choses du futur. Corwin en reviendra avec un bras
mécanique pour son frère Bénédict.
Une autre Marelle sera même tracée par Corwin,
de peur que son père Obéron soit incapable de
réparer l'originelle, souillée par les agissements
du Chaos.