Bref voyage en Terre du Milieu

Eru/Iluvatar créa les Elfes et les Hommes sans l'intervention des Ainur. Les premiers à vivre sur la Terre du Milieu sont les elfes, représentant l'Art dans toute sa pureté. Physiquement, Elfes et Hommes se ressemblent, les Elfes étant plus beaux. On est loin des petites créatures ailées de certaines légendes européennes. Si les Elfes sont les artistes, les Hommes sont les explorateurs du monde "Et il (Eru ndlr.) souhaita que les coeurs des Humains soient toujours en quête des limites du monde ..." (in TOLKIEN, J.R.R. , Le Silmarillion, p. 48, Presses Poket, Paris, 1990). Il leur donna la liberté, ainsi qu'un don mal compris par la suite: la mort. Celle-ci n'est pas la punition d'une faute mais Melkor ayant semé la crainte de la mort, les Hommes la confondent avec les Ténèbres et la redoutent. Les Elfes quant à eux ne sont pas tout-à-fait immortels. Ils peuvent être tués ou perdre le goût de la vie et se laisser "mourir". Leur âme séjourne alors un temps dans les cavernes de Mandos (le "dieu" de la mort) avant de renaître, parfois même avec la conscience de leur existence passée.

Les Nains sont la seule race qu'Eru n'ait pas créée. Aulë, le dieu bâtisseur, était impatient de pouvoir enseigner son savoir aux enfants d'Eru/Iluvatar. Il façonna en secret les Sept Pères des Nains, leur inventa une langue et commença à les instruire. Eru l'apprit mais laissa vivre les Nains. Cependant les Elfes devaient être les premiers sur la Terre du Milieu aussi il endormit les Nains pour une très longue période.

Tolkien par contre ne nous en apprend guère concernant les Ents et les Hobbits. Petit peuple paisible, les Hobbits ne cherchent pas la puissance. Pourvu qu'ils aient le boire, le manger et de l'herbe à pipe, le monde peut s'écrouler sans qu'ils s'en inquiètent. Pourtant, il y a plus en eux qu'ils ne le savent eux-mêmes, ainsi que le montrent les exploits de Frodo, Sam, Merry et Pippin.

Des Ents, l'on sait seulement qu'ils sont très anciens et ressemblent à des arbres, au point que certains d'entre eux deviennent "arbresques", se fixant à un endroit e ne bougeant plus. A l'inverse, certains arbres deviennent "entiques" et arrivent à un certain niveau de conscience.

Et les trolls et les orques me direz-vous? Il fallait bien que Melkor se moque d'une façon ou d'une autre des êtres vivants à qui Eru/Iluvatar a donné la vie. Il fit ainsi une grossière contrefaçon des Ents en créant les trolls et les orques ne sont qu'une caricature des Elfes. Mais si Eru crée (to create en anglais), Melkor ne peut que contrefaire (to made) à partir d'un matériau de base car il ne possède pas le pouvoir nécessaire. Cette différence a été soulignée par Tolkien dans une de ses lettres (in TOLKIEN J.R.R., TOLKIEN Chr., CARPENTER H., Letters of J.R.R. Tolkien, p. 190, Allen & Unwin, London, 1981).

Une question d'atmosphère

La Terre du Milieu baigne dans un parfum de magie, que l'on ressent tout au long de la lecture. Et pourtant...

Chez Tolkien, la magie semble a priori liée aux Elfes. Fondcombe et la Lorien possèdent une atmosphère bien particulière. Les habitants y abandonnent leurs soucis pour un temps et le temps s'écoule différemment dans la Lorien. Tolkien cependant établit une distinction entre ce qui est elfique et magique. Certains objets d'usage courant paraissent magique comme l'arc de Legolas, les cordes et les manteaux donnés par Galadriel. La "magie" des Elfes n'est que l'application d'un savoir-faire propre à leur race. Tolkien confirme cette interprétation dans une de ses lettres: "Their" magic "is Art, delivered from many of its human limitations ..."

Il soulignera également, par l'intermédiaire de Galadriel, une autre distinction, entre l'art des Elfes et les artifices de Sauron. Pour lui, la magie est le pouvoir, qui implique une domination. L'art des Elfes vise seulement à embellir le monde. La magie est considérée comme dangereuse, à double tranchant, y compris par ceux qui l'utilisent avec modération.

Gandalf ne dit pas autre chose, et il hésite souvent à recourir à ses pouvoirs car cela pourrait se retourner contre lui ou ses compagnons. Est-ce aussi un hasard si les plus fervents praticiens de la magie sont les ennemis? Sauron et Saroumane se moquent bien des hésitations de leurs "confrères", dont les hésitations leur apparaissent comme un aveu de lâcheté.

Par ailleurs, chez Tolkien, les magiciens sont des êtres à part. En creusant un peu dans le Silmarillion, on peut apprendre que Gandalf, Saroumane, Sauron et Radagast (qui fait une brève apparition dans le "Seigneur des Anneaux") sont en réalité des serviteurs des Ainur venus sur Arda. Sauron était le serviteur de Melkor alors que Gandalf, Saroumane et Radagast (ainsi que deux autres magiciens dont Tolkien fait à peine mention) ont été envoyés pour le combattre. Ils ont donc une nature bien différente des autres habitants de la Terre du Milieu.

La magie, et ce n'est pas la moindre innovation introduite par Tolkien, n'est pas simplement affaire de formules biscornues et autre poudre de perlimpinpin, comme chez de nombreux auteurs du genre.

Quand la réalité devient légende

Mais Tolkien n'est pas le moindre des magiciens de la Terre du Milieu, transmutant l'histoire en légendes. En effet, les héros du Premier et du Deuxième Age sont devenus des légendes pour les personnages vivant à la charière entre le Troisième et le Quatrième Age. Ainsi, l'histoire de Beren et Luthien racontée par Aragorn dans le "Seigneur des Anneaux" paraît être un conte et pourtant Beren et Luthien ont réellement existé en Terre du Milieu.

D'ailleurs, il n'est pas une seule allusion aux temps anciens qui ne trouve son explication dans le "Silmarillion" ou dans les "Contes et légendes inachevés". On comprend dès lors que Tolkien ait passé toute sa vie à rédiger le Silmarillion. La Terre du Milieu est l'oeuvre de toute une vie pour cet écrivain qui a traqué la plus petite contradiction ne pouvant manquer de surgir dans une oeuvre aussi vaste.

Nous devons à son fils Christopher, qui a pris le risque de publier le Simarillion après la mort de son père ainsi qu'un ensemble de notes sous le titre "Contes et légendes inachevés", de pouvoir connaître davantage la Terre du Milieu.

Mais il ne faut pas oublier que tout ce merveilleux, Tolkien l'a créé avant tout pour satisfaire (un peu) notre besoin d'imaginaire. D'aucun ont voulu voir dans le "Seigneur des Anneaux" une métaphore de la bombe atomique, interprétation que l'honorable professeur a toujours réfutée. Il a publié "Bilbo le Hobbit" pour faire rêver peites filles et petits garçons de la même façon que les aventures du petit Hobbit avaient peuplé les rêves de ses propres enfants. Et il a donné le "Seigneur des Anneaux" pour combler le besoin des adultes de redevenir des enfants parfois et pouvoir parcourir eux aussi, la Terre du Milieu.

Aurore Vienne - 07/2000


 
 
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