La magie dans l'univers de Tolkien

Forgerons, épées, anneaux

Un autre thème récurrent dans les traditions celtique et germanique est celui du forgeron. Cet artisan que l'on peut associer au sorcier ou au shaman, insufle à ce qu'il crée une certaine magie et , bien souvent, une vie propre. Bien que leur présence est prépondérante dans le Silmarillion, ils n'apparaissent dans Le Seigneur des Anneaux qu'au travers d'allusions. Leur rôle est cependant essentiel : d'abord à travers les épées magiques que manient les héros et surtout en tant que créateurs des Anneaux, motif central de l'œuvre.

Les armes telles que Glamdring et Anduril, car ces épées portent un nom, ont été forgées par des artisans elfes et portent en elles un longue histoire. Elles ont la particularité de scintiller à l'approche d'ennemis et confèrent à ceux qui les portent une sorte d'aura. Au-delà de cela, elles peuvent conférer à leur possesseur la légitimité : en effet, Aragorn, lointain héritier du prince Isildur, doit reforger l'épée de celui-ci, Narsil, pour reprendre le trône de Gondor qui est, depuis la mort d'Isildur régit par des Surintendants. C'est cette épée, preuve de son ascendance, qu'il rebaptisera Anduril après que les elfes l'aient reforgée.

Les anneaux sont eux aussi l'œuvre de ces forgerons. Il en existe différent types comme les vers du début du roman l'expliquent. Trois pour les Seigneurs Elfes sous le ciel : ceux-ci sont entièrement bénéfiques. Ils ont servi à bâtir la civilisation elfe si bien que leur destruction entraînerait un considérable retour en arrière. Leur rôle exact n'est décrit nulle part ; on pourrait les considérer comme canalisateurs de l'énergie naturelle ou comme mémoire d'un peuple mais ce ne seraient que pures suppositions.

Neuf pour les hommes mortels destinés au trépas : ceux-là avaient probablement un rôle bénéfique à l'origine mais ils ont été assujettis à l'Anneau unique. Leurs porteurs sont alors devenu des spectres, les servants de l'Anneau, qui recherchent l'Unique pour Sauron.

Un pour le Seigneur des ténèbres sur son sombre trône
Dans le Pays de Mordor ou s'étendent les Ombres.
Un Anneau pour les gouverner tous, Un Anneau pour les trouver,
Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier
Au Pays de Mordor où s'étendent les Ombres.

Celui-ci surpasse tous les autres de très loin mais il est entièrement maléfique car il a été forgé par Sauron lui-même qui y a transféré une partie de ses pouvoir. Sa première particularité, qui est aussi la seule connue du lecteur au début du roman, est qu'il rend invisible celui qui l'enfile à son doigt. Mais cela n'est qu'un effet secondaire pour celui qui est trop faible pour le maîtriser. En effet, la personne possédant la force de plier l'anneau à sa volonté peut littéralement tout… mais il devient en peu de temps lui-même maléfique et assujetti à la soif de pouvoir insufflée par l'objet. Le mot "objet" est cependant peu adapté car l'anneau est personnifié : il a, par exemple, le pouvoir de se "mettre sur la route" des personnages si bien qu'il ne reste jamais éternellement perdu. Parallèlement, celui à qui il appartient (ou est-ce l'inverse) ne le cédera pour rien au monde.

D'autres créatures peu communes

C'eût été un crime de passer Tom Bombadil sous silence : c'est le premier être à arriver sur le monde et il veille plutôt que ne règne sur la Vieille Forêt. Bien qu'étant un personnage bénéfique aux pouvoirs considérables, il ne prend pas part aux événements des guerres de l'Anneau. De telles considérations ne le concernent pas, il préfère sautiller et chanter dans les bois. D'aucuns jugeront ces activités futiles mais pour un être fondamental comme Tom Bombadil, ne le sont-elles pas moins qu'une guerre éphémère ?
Les Ents sont eux aussi des personnages étonnants : pour simplifier, ce sont des créatures mi-homme, mi-arbre qui sont en quelque sorte les bergers des arbres. Sortis à la fois de l'imagination de Tolkien et des philosophies celtiques, ils sont par excellence ce que, dans notre monde, on qualifierait de magique. Cependant dans l'univers secondaire qu'est la Terre du Milieu, ce sont des êtres presque normaux, même si leur existence n'est que très peu connue et que leur origine est extrêmement lointaine.
On pourrait classer le peuple des grands aigles et Shadowfax dans une même catégorie : ce sont des animaux supérieurs, dotés de capacités ou de mensurations hors du commun mais cela n'est en rien la conséquence de quelconques magies ou sortilèges. En ce qui concerne Gwaihir et ses sujets, ce sont une race d'aigles géants doté de la parole et , bien qu'ils soient rares dans la région d'entre Sambre et Meuse, ils le sont moins dans les cieux de la Terre du Milieu. Shadowfax est un cheval dont la rapidité et l'intelligence pourraient être qualifiées de magique si l'on ignore qu'il ne s'agit que d'une capacité innée non plus à sa race, cette fois, mais à une lignée de noble chevaux de Rohan.

Conclusion

L' élément magie dans Le Seigneur des Anneaux n'est certes pas absent et contribue à la "magie" de l'œuvre. Cependant il passe presque inaperçu, grâce à la cohérence de l'univers dans lequel il n'est qu'infime partie. Quand on se plonge dans la lecture de ce livre, il ne faut que un ou deux chapitres pour oublier que ce monde est imaginaire. On est aspiré par le volume et on devient un personnage de la Terre du Milieu, époustouflé par l'immensité s'étendant devant nos yeux et ébouriffé par le souffle épique qui nous fouette le visage.


Ludovic Lejeune - 07/2000



 
 
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