La magie dans l'univers de Tolkien

C'est une tâche difficile que de chercher, décrire et encore plus de définir le "magique" dans Le Seigneur des Anneaux. D'abord parce que la Terre du Milieu est un univers imaginaire où la plupart des créatures et des événements nous sont totalement étrangers ou même, n'ayons pas peur des mots, magiques. Les Hobbits, par exemple, ne sont pas vraiment les créatures les plus extraordinaires du lot mais que celui qui ne serait pas étonné en rencontrant Bilbon, Sam ou autres Tooks me jette le premier sort.
Ensuite le terme "magie" est insaisissable car même les personnages du roman ne partagent pas la même conception de celle-ci.
Finalement cela est aussi dû à l'acharnement qu'a voué Tolkien à créer un monde cohérent où la magie, si incroyable soit-elle, ne l'est jamais au point d'être ridicule et où tout trouve sa place dans un ensemble.

Les Istaris

De l'origine de ces magiciens, notre connaissance est un peu floue. Nous savons qu'ils ont été envoyés par les dieux des terres de l'Ouest, au-delà de l'océan, pour "veiller" sur la Terre du Milieu. Sont-ils des elfes, des hommes, des demi-dieux ? Cela nous est inconnu. Leur nombre est lui aussi incertain mais nous en connaissons trois avec certitude : Radagast le Brun : il est "un maître des formes et des changements de teintes ; et il a une grande connaissance des herbes et des bêtes" mais il est qualifié de "simple"par Saroumane . Saroumane, chef du conseil des sages, s'est fixé à Orthanc. Il était le plus érudit mais par ambition et orgueil, il a "rejoint le côté obscur . Et enfin, une figure grandiose de la Terre du Milieu : Gandalf. Appelé Mithrandir, le pèlerin gris, par les elfes, il parcourt le monde et intervient là où la situation est la plus désespérée.

Les Istaris ne sont pas devenu de grands magiciens d'un jour à l'autre. Ils ont acquis leur art grâce à une longue vie toujours consacrée à apprendre. Le principe est que, pour influer sur la réalité au point de créer des phénomènes extraordinaires, ils doivent d'abord connaître cette réalité. Ils ne sont donc ni inépuisables ni invincibles comme l'attestent la fatigue de Gandalf au moment d'affronter le Balrog ou la défaite de Saroumane.

Ils portent, comme tout magicien qui se respecte, un bâton, mais celui-ci n'a qu'une portée symbolique comme le montre ce passage :
Ici, je ne dispose pas du volume "les deux tours" en français, je n'ai donc pas encore pu trouver le bon extrait. Je l'enverrai plus tard. Il s'agit du passage où Gandalf brise le bâton de Saroumane.
Ou tout au plus, on pourrait voir en ce bâton un catalyseur des pouvoir du magicien.
Ils ont d'abord le pouvoir d'influencer les esprits faibles, autant par leur maîtrise de la rhétorique que par la puissance de leur voix. Ils peuvent aussi créer une illusion. Ils peuvent enflammer un combustible mais ne peuvent "créer" le feu à partir de rien (Gandalf n'est d'ailleurs connu dans la Comté que par ses feux d'artifice). Ils peuvent éclairer l'obscurité… et encore bien d'autres choses. Mais il suffirait d'employer un registre un peu différent pour que tout cela devienne science plutôt que magie.

Les Elfes

Encore plus que les Istaris, ce sont des êtres étroitement liés à la nature et ce lien presque mystique se retrouve dans tout Le Seigneur des Anneaux, sinon dans toute l'œuvre de Tolkien. Nous touchons ici l'aspect celtique de l'œuvre, en effet, si on y retrouve des thèmes des traditions chrétiennes, ésotériques et musulmanes, le réservoir majeur de Tolkien se trouve au nord, chez les Germains et les Celtes. L'importance de la nature dans ces cultures était telle que les arbres et les druides avaient un rôle religieux et magique.
Ce que les Hobbits nomment "la magie des Elfes", n'a pour ces derniers que peu de signification ; en effet, pour eux , il s'agirait plutôt d'un art, d'un artisanat poussé à la perfection par la connaissance intime qu'ils ont de la nature.
Dans un dialogue entre Galadriel (Dame Elfe) et Frodon, on remarque que si les Elfes répugnent à utiliser le mot "magie" , c'est aussi parce que l'on utilise également celui-ci pour désigner les artifices de l'ennemi, ce que l'on pourrait appeler "la magie noire".

Magie Noire

A première vue, la distinction entre magie noire et magie blanche est purement manichéenne et cette impression vaut pour toute l'œuvre en général : "le bien affronte le mal et ils n'ont rien en commun". Cependant, c'est une vision erronée : la frontière bien/mal est floue. La présence de personnages ambigüs comme Boromir, Saroumane, Denethor et surtout Gollum le souligne suffisament. Ceci étant dit, il ne faut pas nier que le mal se démarque du bien. D'abord dans l'opposition lumière/ténèbres : la progression de l'ennemi va de pair avec un assombrissement du ciel et Sauron sur son sombre trône règne sur "le royaume de Mordor où s'étendent les ombres". Ensuite, alors que la magie blanche puise son énergie dans la nature, la magie noire n'entraine que la désolation (Isengard, Mordor).Troisièmement, comme on peut le voir lors de l'affrontement entre Gandalf et le Balrog, le feu lui même a deux manières d'être selon qu'il est du côté obscur (rouge,menaçant) ou du côté du bien (brillant, éclatant). Cet extrait pour illustrer :

"… Le Balrog ne répondit rien. Le feu parut s'éteindre en lui, mais l'obscurité grandit. La forme s'avança lentement sur le pont ; elle se redressa soudain jusqu'à une grande stature, et ses ailes s'étendirent d'un mur à l'autre ; mais Gandalf était toujours visible, jetant une faible lueur dans les ténèbres ; il semblait petit et totalement seul : gris et courbé comme un arbre désséché devant l'assaut d'un orage.


De l'ombre, une épée rouge sortit, flambloyante.
Glamdring répondit par un éclair blanc.
[…]


… A ce moment, Gandalf leva son bâton et, criant d'une voix forte, il frappa le pont devant lui. Le bâton se brisa en deux et tomba de sa main. Un aveuglant rideau de flamme blanche jaillit."

Le premier représentant de la magie maléfique est sans aucun doute Sauron. Il était autrefois le lieutenant de Morgoth, ange déchu qui sévissait dans le Silmarillion, et a ensuite pris le rôle du "grand méchant" dans Le Seigneur des Anneaux. C'est un sorcier dont la connaissance et les pouvoirs dépassent l'imagination. C'est lui qui a instruit les Elfes dans l'art de forger les Anneaux durant le Second Age mais évidemment avec un but maléfique. En effet, sa magie est destructrice et corruptrice. Après avoir été renversé à la fin du Second Age, il a reconstruit patiemment son royaume en Mordor. Alors que l'Anneau est personnifié, Sauron est conceptualisé. On ne le perçoit pas comme un personnage mais comme le Mal lui-même : il n'est ni décrit ni mis en scène dans un dialogue, et un affrontement final tel que Gandalf/Sauron a été évité.

 
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