Steampunk, et après
?
Les successeurs...
Parler en quelques lignes de
tous les romans qui ont suivi ceux des ”pères fondateurs”
– voire en dresser une liste exhaustive – relève
de l'impossible, et cela malgré le fait que le courant
du ”steampunk” ait été
assez peu suivi dans l'ensemble et reste circonscrit à
un nombre limité d'œuvres, pour ainsi dire marginalisées…
Mais nous avons choisi, ici, de sélectionner l'une ou
l'autre d'entre elles afin de permettre l'immersion dans ce
courant particulier que nous vous invitons vivement à
découvrir.
La
machine à différences (The
Difference Engine, 1990) de William
Gibson & Bruce Sterling.
En ce qui concerne cette œuvre, nous vous renvoyons à
l'article de Célia Schneebeli, Voyage au
cœur de l'année 1855 parallèle.
Les
vaisseaux du temps (The
Time Ships, 1995) de Stephen
Baxter.
Il s'agit d'une fiction spéculative du XIXe siècle
où l'auteur se présente comme l'éditeur
d'un manuscrit, une ”curiosité” trouvée
chez un libraire… De ce fait, on ne connaît pas
le nom du héros, narrateur de cette histoire. Les vaisseaux
du temps fait directement écho à l'œuvre
fondatrice de la science-fiction moderne, La
machine à explorer le temps de H.G.
Wells et reprend donc le fil au moment où celui-ci
s'achevait, un siècle plus tôt. Un voyage temporel
qui a, au départ, pour objectif de sauver Weena, la douce
et charmante Eloï, enlevée et menacée par
les Morlocks… Mais les caprices de la machine –
alimentée en plattnérite – et une peur soudaine
face à une entité inconnue, vont précipiter
notre héros un peu plus tôt dans le futur, dans
un temps et un monde où les Morlocks – les Néo-Morlocks
dira l'auteur –, bien différents et érudits,
ont domestiqué l'astre solaire dans une sphère.
D'aventure en aventure, d'époque en époque –
jusqu'au Paléocène notamment –, grâce
aux voyages à travers la quatrième dimension qu'est
le temps, on se rend compte, tout comme les protagonistes, des
divergences de l'Histoire, de son cours non immuable ainsi que
du facteur d'incidence occasionné par la relation des
événements observés… Que de paradoxes
à analyser pour les ”Chronargonautes”, l'humain
et son compagnon de fortune, réfugié du temps
tout comme lui, le surprenant Nébogipfel ! Que de découvertes,
en une autre vision de notre Histoire, de ses exploits, de ses
erreurs… En compagnie des plus grands savants (Einstein,
Gödel, Thomson, …) et d'auteurs réputés
(G. Orwell, T.S. Eliot, T. Hardy, M. Shelley, …), c'est
toute notre perception du monde qui est mise à nu. Comment
l'exploitation des ressources de l'Humanité et de ses
techniques peuvent être détournées de leur
but originel !
La
Trilogie Steampunk(The
Steampunk Trilogy, 1995) de
Paul Di Filipo.
Trois histoires délirantes ayant pour acteurs principaux
des personnages réels dans une vision abracadabrante
de ce dix-neuvième siècle londonien…
Dans la première, Victoria,
la fille de la duchesse de Kent, la jeune reine Victoria elle-même,
est, à son corps défendant, l'héroïne
d'une bien étrange version de l'histoire. Juste avant
son couronnement, elle s'enfuit et disparaît dans les
quartiers londoniens, ne laissant d'autre choix au Premier Ministre,
William Lamb, que de faire appel – discrètement
et sous le sceau su ”Secret d'Etat” – à
Cosmo Cowperthwait, un naturaliste qui a créé
une espèce de triton mutant à l'apparence humaine
et vaguement ressemblante, de loin, à celle de Victoria.
Nul besoin d'être devin pour imaginer la suite et le remplacement
de l'une par l'autre, par cette ”contrepartie salamandrine”,
le temps de se retourner, de retrouver et de raisonner la jeune
reine. Bien entendu, si cela s'ébruitait… Imaginez
dans quel chaos serait plongée l'Angleterre !
La seconde, Des Hottentotes,
nous plonge dans la magie noire et les croyances fétichistes
autour d'un organe, une malformation, le Tablier des Hottentotes,
dissimulant, chez certaines femmes, les organes sexuels. Une
manière, dans le contexte de l'époque, de replonger
dans les préjugés racistes et d'en faire l'excuse
d'une course au pouvoir… ou à la connaissance,
ainsi que d'une mise en avant de la lutte féministe.
C'est à celui, quels que soient ses motifs, qui récupèrera
la relique le premier. Le récit est bombardé encore
de grands noms d'érudits, philosophes, auteurs; un courrier
de Cowperthwait fait le lien avec la première aventure.
La troisième, enfin, Walt
et Emily, comprenez Walt Whitman et Emily Dickinson,
extrapole à partir de la rencontre des deux poètes,
la réservée ingénue et le lyrique libertin
qui n'a ni sa langue ni sa plume en poche ! Au gré des
citations des auteurs, le prétexte de l'intrigue se précise
en une séance bien particulière de spiritisme
qui permettrait de rendre visites aux âmes défuntes.
Un curieux voyage en perspective… au Pays de l'Eternel
Eté !
L'extase
des vampires (The hunger
and Ecstasy of Vampires, 1996) de Brian
Stableford.
Une belle brochette, invitée par le professeur Edward
Copplestone et composée, entre autres, du Comte Ludgard,
d'Oscar Wilde, de deux jeunes auteurs dont H.G. Wells et d'un
détective – s'efforçant désespérément
d'être à la hauteur de sa légende –,
se réunit pour entendre l'exposé de leur hôte,
parvenu à acquérir des visions de l'avenir grâce
à l'absorption d'un produit chimique, d'une drogue, qu'il
se propose de leur faire découvrir. Immédiatement
sur ses gardes, l'irritable Wells crie d'abord aux plagiat tant
l'avenir narré est si proche de sa propre conception
du futur, relatée dans un texte où il est question
d'une machine à voyager dans le temps – cela ne
vous rappelle rien ? Ensuite, il se rend compte que les ”vampires”
décrits, devenus le produit ultime de l'évolution,
l'espèce dominant les hommes qui leur servent de troupeaux,
juste bons à se faire ”prélever” leur
sang, sont malgré tout différents de ses Morlocks…
Dommage que Bram Stoker – malheureusement retenu en Irlande
– ne puisse profiter de l'exposé et participer
aux discussions, lui qui a comme projet l'écriture d'un
roman mettant en scène l'un de ces nosferatu ! Bref,
les expéditions – sous doses de plus en plus conséquentes
et qui finiront par lui être fatales – entraînent
le narrateur en bonds successifs dans un lointain avenir qui
nous entrouvre les portes de l'évolution de cette espèce
de ”surhommes”. Au sein de créatures mythologiques
ou encore d'homoncules, il est tout d'abord outré de
la condition de ses descendants… jusqu'à la phase
finale – la troisième – de son périple
où il atteint l'ataraxie ou sérénité
de l'esprit… ”J'ai goûté et compris
la faim et l'extase des vampires. J'ai contemplé l'autel
sur lequel l'humanité doit être sacrifiée…
et je me suis agenouillé devant cet autel.”(L'extase
des vampires, Brian Stableford, Denoël, 1998, p. 186)
Il est à noter que
Brian Stableford
a également écrit un autre roman steampunk, Les
loups-garous de Londres (The
Werewolves of London), qui a
très certainement contribué à sa renommée.
Valérie Frances