La poésie et le fantastique
Quel rapport, quelle ressemblance
peut-il y avoir entre la poésie et le fantastique outre les sujets
qu'ils partagent ? La question est ici de s'arrêter sur le mode
de construction , ou plus précisément de création d'un récit fantastique
et d'un poème. Le poème d'abord. Lorsqu'on cherche à assembler
mots et rimes afin de décrire cette image que l'on a dans la tête
et qu'on désire communiquer, on l'arrache à notre imaginaire pour
la matérialiser sur du papier. Le poème est, pour moi, plus proche
de l'image que n'importe quel autre forme écrite de pensée. Limité
dans la longueur, le poème se fait flash, instant précis, et encore
très flou d'un rêve, d'une idée. Je ne parle aucunement ici de
la poésie antique ou moyenâgeuse qui était alors la seule forme
écrite pour raconter une histoire. Je parle de ce que des gens
comme Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud, les symbolistes et les surréalistes
ont contribué à mettre en avant: la poésie comme forme de création
issue directement de notre imaginaire, sans chercher de grande
description. A la fois interrogation de l'être (de notre être)
et délire. A la fois traduction de la réalité et réflexion sur
la réalité. La poésie est l'instrument qui se rapproche le plus
de la vérité après les images (les images mentales principalement)
mais elle a l'avantage de permettre de voir plus qu'une image
(qui reste de l'ordre de l'unité alors que la lecture d'un poème
rend possible la multiplicité des interprétations et de la vision
d'images de l'ordre de l'infini). L'homme a cette faculté de saisir
les images plus que les mots, il "comprend" et retient une image
beaucoup plus que les mots. La poésie (lorsqu'elle respecte sa
brièveté) tend à utiliser très peu de mots (mais les mots les
plus justes possibles) pour décrire un monde gigantesque d'images
et de mots.
Ce caractère bref mais infiniment
riche que revête un petit poème bien construit rejoint les meilleurs
récits fantastiques. Alors que la plupart des récits de science-fiction
tendent à décrire des mondes d'ailleurs ou d'ici mais pas maintenant,
que ces récits se perdent dans des suppositions sur un avenir
du genre humain, dans des réflexions (très bien développées d'ailleurs)
sur la société, le Fantastique tend lui à s'interroger sur l'homme
en tant qu'individu. Chaque être unique fait l'objet de l'analyse
fantastique. Sa conscience, ses peurs les plus profondes, et surtout
ce monstre qui lui ressemble tant, cet inconnu qu'est l'Autre.
C'est ici que pour moi la poésie
et le Fantastique se rejoignent, dans cette tentative d'explorer
l'être, de faire sortir de l'homme sa vérité première, de s'interroger
sur ses propres interdits, de briser les miroirs afin de découvrir
ce qui se cache derrière.
N'est-il pas étrange que la lecture
d'un récit fantastique ou d'un poème nous laisse toujours des
questions en suspens, une pensée profonde s'instaure où, revenus
à la réalité de la vie, celle-ci nous paraît suspecte, incomplète
dans les réponses que l'on nous donne.
Ces deux genres nous questionnent,
nous touchent au plus profond de notre être individuel et ceci
explique, est la raison de mon rapprochement.
Christophe Van de Ponseele
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