Thomas Owen - La Truie

Le 22 juillet 1910, la ville de Leuven (Belgique) voit naître un petit garçon du nom de Gérald Bertot, fils aîné d'Elisabeth Jeanne Schuermans (originaire de Leuven) et d'ARTHUR Bertot (originaire de Lacuisine-sur-Semois, en Gaume, où l'auteur puisera son inspiration fantastique) Son père était avocat au Barreau de Bruxelles. En 1927, Gérald Bertot rencontre Jean Ray, l'un des auteurs qui éveilla en lui la passion du Fantastique. Gérald Bertot devient docteur en droit de l'Université Catholique de Louvain 6 ans plus tard. Durant ses études, il écrit dans divers journaux et fonde même en 1930 la revue estudiantine "La Parole Universitaire". Après son doctorat il épouse Juliette Ardies et devient parent "par alliance" de Jean Ray. Il est ensuite engagé comme secrétaire de direction. Il écrit en parallèle des chroniques, des critiques littéraires et artistiques, des nouvelles et des reportages sous le pseudonyme de Stéphane Rey qu'il utilisera par la suite uniquement pour ses critiques d'art. C'est sous le même nom qu'il écrit en 1941 son premier roman policier "Gordon Oliver mène l'Enquête" ainsi que "Ce soir, Huit Heures" dont le commissaire s'appelle Thomas Owen. C'est sous le pseudonyme de Thomas Owen, qu'il écrit en 1943 son premier recueil de dix contes fantastiques, "Les chemins Etranges". La fin de la deuxième guerre mondiale permet à Gérald Bertot de reprendre ses activités industrielles ainsi qu'à Stéphane Rey de poursuivre sa carrière de critique d'art. Gerald Bertot deviendra Président de l'Association Générale des Meuniers Belges, Administrateur, directeur et président des Moulins de Trois Fontaines et, dans la foulée, Président du Groupement des Associations Meunières de la C.E.E., puis de l'Association Internationale de Meunerie, et enfin de la Fédération des Industries Agricoles et Alimentaires. Quant à Thomas Owen, le temps lui manque pour écrire à temps plein. Il mettra pourtant au monde encore de nombreuses histoires fantastiques et se fera connaître dans le monde entier. Plusieurs de ses œuvres seront adaptées au cinéma. Il remportera de nombreux prix littéraires, entrera à l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises en 1976 et écrira une multitude de nouvelles et romans dont voici quelques titres : L'Initiation à la peur (1942), Les Chemins Etranges (1943), Le livre Interdit (1944), La Cave aux crapauds (1945), Le jeu Secret (1950), Pitié les Ombres (1962), Cérémonial nocturne (1966), La Truie (1972), le Rat Kavar (1975), Le Livre noir des merveilles (1980), anthologie de trente des meilleures nouvelles d'Owen, Le Tétrastome (1988), Carla Hurla (1990), Elégie urbaine (1991), La Ténèbre (1994).

La Truie (1972) : Prix Sander Pierron, attribué par l'Académie Royale de Langue et de Littérature française.
Les treize récits présentés dans ce recueil sont inquiétants, troublant même. Ils se déroulent tous dans des décors réalistes. Mais soudain, l'élément irréel vient interrompre brusquement le réel.

Dans cet écrit l'image de la femme est tantôt décrite comme bestiale, hideuse, comme "l'animal" dans La Truie : "Il se dirigea vers une sorte de grange, aux murs chaulés, dont l'entrée s'ouvrait sous un grand espalier noir…Une odeur d'étable lui sauta au visage et le faisceau de sa lampe, projeté dans l'ombre de ce lieu, lui révéla sur la paille blonde une masse rose pâle…Il y avait là, couchée en chien de fusil, une femme nue, sans âge, avec une tignasse blonde, des épaules grasses, un gros derrière mou…la femme…grogna…". Tantôt cette image de la femme devient séductrice, sensuelle et envoûtante comme dans sa nouvelle Les Guetteuses : "Elle portait une robe mauve à fleurs blanches, ou l'inverse, et ces couleurs donnaient un ton blafard à ses jambes nues et peu poilues. Son visage était beau…Cette jeune femme avait quelque chose de rêveur, de maladif et d'inexplicablement attachant…" La femme serait-elle dangereuse, maléfique pour Thomas Owen ? La craint-il ? La mort, la vie se retrouvent aussi mêlées dans ses nouvelles avec l'ingénieuse idée de l'être absorbant la vie et s'en nourrissant, dans La Boule Noire ainsi que dans La Femme Forcée. L'angoisse, la peur et l'étonnement parcourent l'œuvre entière de Thomas Owen.

Mais je ne me le pardonnerais pas si j'oubliais de vous parler de la nouvelle qui me plut le plus dans ce recueil : Les Retrouvailles, récit faisant rencontrer l'Amour dans la mort et l'espoir du prolongement de la "Vie". En voici un petit extrait, histoire de vous donner l'eau à la bouche : "Il s'était faufilé parmi les badauds, accélérant rapidement l'allure…On avait, à la craie, tracé son contour sur le pavé. Le camion rouge qui l'avait renversé fut autorisé à dégager le passage…C'est alors qu'il reconnut Marie-Christine. Elle n'avait pas changé… Ils s'assirent à la terrasse d'un grand café…le garçon vint essuyer leur table en silence et ne parut pas s'aviser de leur présence…Il savait seulement qu'il tenait dans la sienne la main de Marie-Christine, morte dix ans plus tôt, et que lui-même venait de quitter…le monde des vivants…ils se mirent à courir dans la direction de l'horizon embrasé…Nous allons vivre ! cria Frédéric. Nous vivons cria Marie-Christine".

Si vous voulez vous échapper de ce monde l'espace d'un instant pour passer par rêves et cauchemars, je vous conseille de lire ce livre ainsi que les nombreuses autres œuvres de Monsieur Thomas Owen.

Olivier Van De Poonseele 04/2000

 
 
 
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