Jules Verne ou le voyage
dans le temps…
Jules Verne est né à Nantes le 8 février
1828, d’un père magistrat et d’une mère
issue d’une famille aisée qui comptait des navigateurs
et des armateurs. Se destinant à prendre la succession
de son père, il étudia le droit. Néanmoins,
durant cette période, il commence aussi l’écriture
de nombreux récits, dont le contenu préfigure
déjà les futurs Voyages
Extraordinaires. C’est en fait grâce à
la rencontre d’un célèbre éditeur,
Hetzel, que Jules Verne connaît la popularité,
notamment après la publication en 1862/63 du fameux Cinq
semaines en ballon. Ce dernier constitue alors le début
d’une longue lignée de romans, qui prendra fin
en 1905 après la mort de l’auteur, si l’on
ne compte pas les œuvres posthumes, souvent remaniées
par son fils…
L’œuvre et la volonté
de Jules Verne se résument parfaitement dans cette citation
de 1894 : "Mon but a été de dépeindre
la Terre, et pas seulement la Terre, mais l’univers, car
j’ai quelquefois transporté mes lecteurs loin de
la Terre dans mes romans." Hetzel, une trentaine d’années
plutôt, précisera dans l’avertissement de
Voyages et aventures du Capitaine Hatteras que l’objectif
des romans de Jules Verne est ainsi de "résumer
toutes les connaissances géographiques, géologiques,
physiques, astronomiques amassées par la science moderne
et de refaire [...] l’histoire de l’univers"…
Instruire tout en divertissant, telle est l’ambition qui
anime ces deux hommes dont la collaboration est à l’origine
du succès d’une œuvre qui fascine encore aujourd’hui.
L’œuvre de Jules Verne peut être analysée
ainsi : elle repose sur un triptyque associant d’une part
les dimensions de l’espace et du temps (la géographie
et l’histoire sont les disciplines qui ont pour objets
fondamentaux respectivement l’étude de l’espace
et du temps), les derniers progrès en matière
de science et de technique (Jules Verne essaie, dans le cadre
de ses romans, de diffuser de manière ludique et pédagogique
les dernières avancées en matière de science
et technique) et les dimensions de l’imaginaire et du
fantastique (qui donnent un caractère extraordinaire
aux voyages décrits dans les romans). C’est de
la conjugaison de ces trois ensembles que naissent les "Voyages
Extraordinaires".
La capacité de l’auteur à extrapoler dans
l’espace et dans le temps les dernières inventions
et progrès dans le domaine des transports (notamment),
ces mêmes progrès qui permettent dorénavant
des voyages de plus en plus loin et rapides, et enfin l’humour
(et parfois même la dérision de l’auteur
face à certaines dérives, à certains abus),
parachèvent cet ensemble. D’autres éléments
complètent bien sûr ce schéma simplifié
:

Ce qui fascine le plus chez
Jules Verne, et surtout aujourd’hui, c’est la pertinence
de certaines de ses réflexions, des inventions qu’il
propose. Analysons ainsi quelques exemples bien connus :
Vingt mille lieues sous les
mers
Vingt
mille lieues sous les mers (1869) est sûrement
le roman le plus lu et le plus connu de Jules Verne. Tel Le
tour du monde en 80 jours, Jules Verne nous propose là
un tour du monde sous-marin, comme le souligne parfaitement
le sous-titre du roman : Tour du monde sous-marin. Aussi mystérieux
que son navire (un sous-marin), le capitaine Nemo emmène
ses hôtes-prisonniers dans les quatre coins du globe,
foulant parfois pour la première fois des sols vierges
de toute présence humaine depuis l’origine des
temps. Ce capitaine Nemo est vraiment mystérieux, et
sa machine préfigure de 10 ans les premiers sous-marins
construits par les hommes, ces hommes qu’il déteste
tant et dont on ne connaît la raison qu’à
la fin de l’Ile Mystérieuse
(1874). Or, cette Ile mystérieuse est aussi mystérieuse
que le capitaine Nemo, et pour cause… Elle est ainsi aussi
mystérieuse par ce qui s’y passe que par les formes
que l’auteur lui a données et qui rappelle dans
un sens une pieuvre (un poulpe) ou la trompe d’un éléphant,
et dans l’autre un monstre préhistorique dont la
tête sort de l’eau : décidément, Jules
Verne a de la suite dans les idées, non ? N’établit-il
pas ainsi un parallèle troublant entre ses deux romans…
? Au-delà de ce constat, ce qu’il est intéressant
de remarquer, c’est la pertinence de certains propos tenus
dans les romans, des propos qui préfigurent déjà
nos actuelles préoccupations en matière d’environnement
et d’écologie…