La folie Harry Potter
Par Célia
Schneebeli
Nul besoin d’être un observateur attentif de l’actualité littéraire
fantastique pour avoir eu vent de la sortie, le 3 décembre
2003, du cinquième volume des aventures de l’apprenti
sorcier Harry Potter, intitulé Harry
Potter et l’ordre
du phénix. Impossible d’y couper, du mensuel pour
enfants au quotidien gratuit en passant par les radios locales,
les journaux télévisés, les hebdomadaires
féminins et les publications fantastiques, rares sont
(et seront) les médias à avoir passé l’évènement
sous silence.
Phénomène unique en littérature, genre
d’ordinaire peu médiatique, le héro de
l’anglaise J.K. Rowling est un véritable ambassadeur
du fantastique grand public qui fédère, intrigue, énerve,
passionne, fait lire, rêver, et bat tous les records.
Alors que vous aurez sans doute déjà lu des dizaines
d’articles sur Harry, ses amis (Hermione, Ron…),
ses ennemis (Drago Malefoy, Lord Voldemord..), son auteur,
sa légende, et les raisons de son succès, entreprenons
un petit voyage au pays de la folie Potter… phénomène
hors normes de l’édition.
Un phénomène
fantastique
Là où l’apparition d’un nouveau
tome de la série Harry Potter est annoncée, les
scènes se suivent et se ressemblent : aux 1500 personnes
qui attendaient devant le grand libraire berlinois Dussman à 0H00
le 08 novembre 2003 ont répondu les plusieurs centaines
de personnes patientant ce 3 décembre devant les deux
géants de la distribution de produits culturels sur
les Champs Elysées (le Virgin Mégastore et la
FNAC), réunis eux aussi à la même heure
et dans le même but : se procurer le tant attendu cinquième
volet des aventures du petit magicien à lunettes.
Cette fois-ci, Harry Potter a 15 ans, il est en cinquième
année à l’école des sorciers (Poudlard),
s’apprête à connaître les premiers
vertiges de l’amour et, bien sûr, va se voir révéler
un grand secret, sans lequel le suspense n’eut pas été complet.
Secret, magie, sorcellerie ? En tous cas, les chiffres parlent
d’eux-mêmes et glissent quelque chose de paranormal
dans la réalité souvent plus modeste, de la littérature
(fantastique ou non): 4000 livres mis en vente dès le
premier soir au Virgin Mégastore des Champs Elysées,
un chiffre qui laissera rêveur bon nombre d’écrivains.
Surtout lorsque l’on sait qu’il s’est vendu
1,78 million d’exemplaires de Harry
Potter et l’ordre
du phénix le premier jour en Grande-Bretagne !
Dès
lors, tout ce qui touche à Harry Potter dynamite
les normes et constitue, pour reprendre la définition
que Roger Caillois donne du fantastique, "une irruption
insolite […] dans le monde réel". Le directeur
commercial de Gallimard, heureux éditeur de J.K. Rowling,
souligne par exemple que la mise en place en magasin de ce
cinquième volume n’est autre que la plus grande
que Gallimard ait jamais faite. Rien d’étonnant,
cela dit, pour un livre dont plus d’un million d’exemplaires
ont été distribués en France, record absolu
pour l’édition jeunesse et l’édition
littéraire en général, qui n’a vu
qu’Astérix faire mieux avec son dernier album
tiré à 2,5 millions d’exemplaires.
Les grande lignes du grimoire marketing et de la potion publicitaire
sont cependant désormais bien connues, avec ces tactiques
de lancement dignes des super productions du cinéma
hollywoodien: date de sortie ultra stricte et encadrée
(des huissiers sont mandatés pour contrôler la
mise en place, et des procédures légales –une
trentaine cette année- sont lancées en cas de
vente anticipée), ouverture spéciale des grandes
librairies (une quinzaine de FNAC ont exceptionnellement ouvert à 0h00
ce 3 décembre, et une quarantaine d’autres ont
ouvert à 7h00), décors spéciaux (telle
la Gare de Paddington au Virgin Mégastore ou encore
le Poudlard Express), happenings culturels et animations parallèles
(séances de maquillage, lectures, concours de déguisement),
et pour la suite, pas besoin de baguette magique pour multiplier
les produits dérivés (du gel douche aux lunettes
rondes en passant par la parure de lit, la montre, le jeu de
lévitation, les peluches et la statuette) qui s’écouleront
comme des petits pains…