Frankenstein
Du mythe au thème
Lorsque
Mary Shelley commence à écrire son Frankenstein,
il ne s'agit pour elle que d'un jeu d'écriture. Avec son
époux, Lord Byron et Polidori, elle passe quelques temps
en Suisse et chacun se pique d'écrire une histoire "
de fantôme ", il faut comprendre une histoire terrifiante.
Dans sa préface de 1837 (1), elle relate les circonstances
exactes qui ont conduit à ce " pari d'amis ".
si chacun des hommes rédige assez rapidement son histoire,
Mary Shelley s'attarde en proie à une sorte de manque d'inspiration.
Elle souhaite en effet inscrire son histoire dans un cadre proche
de la réalité, ou tout au moins partir de la réalité
pour appuyer son récit. Elle prend donc pour source une
conversation à laquelle elle a participé, conversation
reproduite dans ses grandes lignes dans la préface.
Frankenstein naît alors de
l'actualité et du questionnement autour d'un mythe, resté
très présent dans chaque époque. La genèse
de Frankenstein n'est pas terrifiant puisque son sujet peut se
résumer en quelques mots : les hommes pourraient être
capable d'égaler Dieu et de créer un être
en dehors des moyens naturels. Ce vieux rêve devenu mythe
entre autre par l'action des religions devient terrifiant dans
la façon dont Mary Shelley le met en scène. Les
scènes bibliques relatent une création divine, faite
à l'image du créateur. Ce lien très particulier
entre le créateur et sa créature est présent
dans Frankenstein au travers des réactions et sentiments
de Victor Frankenstein, le créateur, qui se fond dans sa
créateur, et qui s'identifie progressivement à elle.
La " machination créatrice " est transformée
en terreur par le second mythe présent dans l'uvre
qui se mêle complètement au premier et semble le
compléter. Créer et transcender la mort sont deux
rêves humains et deux cauchemars lorsqu'ils se réalisent.
Victor Frankenstein ne se rend compte de son erreur que lorsque
la créature ouvre les yeux. Celle-ci n'est ni homme, ni
mort, elle est indicible et ne possède pas de nom. Les
hommes ne la reconnaissent pas, et l'avoir construite par le biais
de la mort lui ôte son droit au repos. L'ultime terreur
se lit enfin dans ses actes mêmes, elle qui par dépit,
vengeance et envie devient meurtrière. Reste le thème
fantastique par excellence : le miroir. La créature n'est
autre que le reflet de l'humanité, dont l'homme est la
pire créature. Frankenstein conserve une force de frappe
telle qu'aujourd'hui, ce texte est étudié et mis
en avant dans les études sur le fantastique. Sa reconnaissance
est double : le texte conserve son actualité et sert de
modèle à toute une génération d'écrivains,
et c'est un écrit féminin. Une femme décrit
le monde par ses yeux et ce qu'elle y voit n'est qu'égoïsme,
envie et destruction. S'y joint également une réflexion
sur l'égalité des races, où l'Orient onirique
est transformé en pays dont les habitants sont semblables
à tout ceux des autres contrées. Mary Shelley, dont
son texte a saisi un cliché de son époque qu'elle
a transformé selon le goût à la mode pour
en faire un objet effrayant. Frankenstein comme témoignage
de ce qui pourrait arriver si, explicite son classement dans le
compartiment Science Fiction. Mais plus encore, ce texte, dans
ses thèmes revient à faire de la littérature
le témoin privilégié d'une époque
et de ses pensées, tout en faisant office de messager.
S. VanWeddingen
(1) Nous faisons référence
à la préface reproduite dans l'édition Frankenstein
ou Le Prométhée moderne, Mary Shelley, Gallimard,
2000
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