Fantômes et Revenants

Fenêtres ouvertes sur l’au-delà

Les confrontations entre le monde des morts et celui des vivants ne se déroulent pas toujours de manière pacifique. Les morts n’acceptant pas les vivants et vice-versa. La maison hantée devient le siège de terribles affrontements: "La Maison du juge" de Bram Stoker, Maison de sorcières d’Evangeline Walton ou La Maison fantastique de Miriam Allen Deford. Certaines légendes antiques, dont on trouve des réminiscence dans la fête chrétienne de la Toussaint, évoque le retour des âmes une fois par an, mettant en connexion les deux univers. "Le Mont des revenants" de Gustavo Adolfo Becquer reprend cette idée, mais cette rencontre entre revenants et vivants provoque une nuit de terreur. Gustav Meyrink fait également entrer le monde des morts dans notre réalité dans son roman La Nuit de Walpurgis qui évoque la tentative de prise de contrôle des spectres sur les vivants. L’intrusion du fantôme dans un cadre réel mène les personnages à une terreur, souvent irraisonnée, liée à cette angoisse de la mort qui nous étreint.

Cette terreur peut aussi être légitime, notamment lorsque les fantômes sont animés de pulsions assassines ou qu’ils désirent tout simplement effrayer ceux qu’ils hantent comme dans Fantôme de Thomas Tessier ou dans Le Tour d’écrou de Henry James, car les fantômes sont purement maléfiques et veulent faire le mal autour d’eux. La simple évocation d’une présence suffit souvent à susciter la terreur des personnages comme dans "Apparition" de Maupassant, "La Porte" de William Hope Hodgson ou "La Cave aux chuchotements" de Hugh B. Cave. Dans ces trois récits, les présences sont simplement perçues comme démoniaques, mais ne sont pas montrées, cela n’empêche pas la terreur de naître. Sans doute plus puissante encore car l’imagination fait tout le travail.

Le thème du fantôme permet surtout une analyse fine des comportements et des sentiments humains, mettant en évidence des émotions aussi puissantes que la peur, la mort, la haine, le chagrin, la jalousie… qui semblent perdurer même après la mort. Dans "Les Amis de mes amis", Henry James se sert du trio classique: une femme et deux hommes, dont l’un va devenir un fantôme. Cela donne une nouvelle profondeur au texte et aux motifs liés à l’amour. Les émotions semblent alors magnifiées par la présence immatérielle d’un être, comme si la disparition du corps permettait d’atteindre plus profondément et plus sûrement l’âme, c’est le cas dans "La Cafetière" de Théophile Gautier où le narrateur tombe amoureux d’un fantôme après une nuit passée dans la chambre de la morte et dans "Angeline" d’Emile Zola qui joue avec les strates de la réalité pour entraîner le lecteur à s’interroger sur la nature montrant que même si l’on ne croit pas aux fantômes, sans doute faut-il en avoir peur.

Denis Labbé - Octobre 2006

 

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