La Trilogie de l'Elfe
Noir (suite)
R. A. Salvatore
Terre d’Exil
Sa
fuite mène Drizzt en Ombre-Terre, monde hanté de
créatures féroces. Y survivre n’est pas chose
aisé et l’elfe noir doit vivre caché dans
les tunnels labyrinthiques de ce monde obscure. S’il parvient
à résister, c’est grâce à ses
instincts les plus primitifs qui lui permettent de tuer pour se
nourrir et se défendre, et même de tailler en pièces
un basilic.
Drizzt devient vite sauvage, et le chasseur commence bientôt
à prendre pas sur l’elfe pur, alors, dans un geste
d’auto préservation désespéré,
il décide de rompre sa solitude en retournant dans une
Cité de nains qu’il avait jadis été
obligé d’attaquer, lorsqu’il était étudiant
à l’Académie.
Drizzt y est d’abord rejeté à cause de la
réputation des Drows qui l’a bien évidemment
précédé, puis Belwar Dissengulp, le nain
à qui il a sauvé la vie lors de l’assaut de
l’escouade de l’Académie, le reconnaît
et le prend sous sa protection. Ils se lient d’amitié
mais Drizzt, poursuivi par sa famille et son maître d’arme
ressuscité par sa mère pour l’éliminer,
doit à nouveau fuir. Belwar l’accompagne cette fois-ci
et il s’ensuit quelques aventures, d’où il
ressort qu’une fois de plus, Drizzt doit fuir le monde où
il avait trouvé refuge. Cette fois, il décide de
rejoindre la surface pour de bon, mais seul, laissant à
contre-cœur Belwar derrière lui et gardant pour seul
ami sa panthère
Guenhwyvar.
Terre Promise
Parvenu
à la surface, Drizzt espère à peine en avoir
fini de son malheur et enfin trouver sa terre promise. Hélas,
la réputation de sa race, les elfes noirs, l’a encore
une fois précédé dans ce monde, et si la
surface est lumineuse, ses habitants ne sont pas plus confiants
ou purs que ceux du monde sous-terrain, et l’elfe noir ne
peut parvenir à prouver combien ses intentions sont dénuées
de malice. Après avoir été accusé
–à tort– du massacre d’une famille de
fermiers, Drizzt est à nouveau jeté sur les routes,
et poursuivi en outre par un chasseur de prime, Roddy McGristle,
et une troupe de rangers. Si cette dernière finit par comprendre
qu’il n’est pas responsable du massacre et le laisse
en paix, McGristle fait de la poursuite du Drow une vengeance
personnelle. Heureusement, Drizzt rencontre Montolio, un homme
aveugle jouissant d’une très grande renommée
de ranger. Cet humain devient son mentor, lui offre le refuge
de son ‘château’ dans les arbres, et inculque
à Drizzt les rudiments du monde de la surface, son langage,
son histoire et ses us. Lorsque Montolio meurt, Drizzt reprend
encore une fois la route et l’errance, toujours à
la recherche d’un foyer.
Finalement, on lui propose un jour un poste spartiate et peu envié
de surveillance de frontière dans la région de Dix-Cités,
qu’il accepte bon gré mal gré. C’est
là qu’il rencontre Catty-Brie, et qu’après
bien d’autres embûches, dont le retour du trappeur
McGristle, il trouve enfin le foyer si longtemps recherché.
Un Fantastique Populaire
Interrogé sur ses influences pour la Trilogie
de L’Elfe Noir, R. A.
Salvatore répond en vrac : J.R.R.
Tolkien, Charles Shultz,
Fleetwood Mac, et quelques expériences
malheureuses, aussi bien dans ses divers emplois qu’à
l’université. Plus sérieusement, c’est
l’influence du Seigneur des Anneaux
qui est décisive, car c’est Tolkien
qui l’a réconcilié avec la lecture, et plus
tard l’écriture, alors que l’école et
les sempiternelles oeuvres au programme avaient réussi
à totalement le dégoûter de la littérature.
Réconcilier les gens avec la lecture, c’est là
ce qu’il cherche à faire lui aussi, et c’est
ce en quoi Tolkien et Schultz
l’ont influencé : Salvatore
n’a pas une vision littérairement élitiste
de son art mais recherche avant tout à reproduire ce qu’il
a ressenti en lisant Tolkien : faire
plaisir, créer des histoires agréables à
lire, qui stimulent l’imagination.
Ses ressorts narratifs sont en ceci assez typiques : opposition
bien/mal, combats de cape et d’épée, magie,
rivalités, mais l’univers de Menzoberranzan est pour
le moins original et son axiologie inversée, où
tout ce qui est mauvais et maléfique est considéré
comme bon, où la morale n’a pas lieu d’être,
où le cynisme est prétexte à un humour noir
jubilatoire, et où la perfidie règne en maître,
est pour le moins fascinant.
On pourra reprocher à Salvatore des lourdeurs et des maladresses
de style, ou tout simplement une écriture littérairement
et stylistiquement limitée (qui n’est cependant pas
aidée par une traduction française qui semble vraiment
avoir été faite à la va-vite), l’essentiel
est là : sa trilogie est remarquablement efficace, pour
le moins accessible, et a gagné un véritable succès
populaire.
Une Société Originale
Hormis son axiologie inversée, en elle-même
assez spéciale, la société de Menzoberranzan
a une autre particularité assez intéressante dans
le monde plutôt ‘masculin’ de la fantasy : il
s’agit d’une société matriarcale.
Les Maisons, c’est à dire les clans de la Cité,
sont dirigées par les Matrones, les doyennes de chaque
famille, et les mâles sont considérés comme
alliés accessoires, créatures inférieures
et quantité négligeable dès leurs plus tendre
enfance, où ils sont soumis aux ordres et désirs
de leurs sœurs, qui les dressent à coup de fouet,
les humilient sans pitié et les font s’affairer à
la basse besogne.
De même, l’entité divine de la société
des elfes noirs, Lloth, est elle aussi une femelle araignée,
et ses élues sont exclusivement des femmes, les grandes
prêtresses et autre vestales dirigeant les voies et coutumes
de la société Drow.
Enfin, le mariage n’existe pas et les femmes dominantes
se contentent de choisir les mâles présentant le
meilleur patrimoine génétique pour perpétuer
leur Maison, mâle qu’elles changent régulièrement.
C’est donc une société matriarchisée
à l’extrême que la société Drow.
|