Les dames du Lac
Marion Zimmer Bradley
Le Secret d’Avalon
Ce troisième titre du cycle va nous
permettre de découvrir les origines mythiques et même
magiques de la légende arthurienne. L’histoire
se déroule ici en fait sur plusieurs siècles
: de 96 à 452 après J.C. et en trois parties.
Tandis que les légions romaines occupent la Grande Bretagne,
où vit un peuple farouche qui va leur opposer une vive
résistance. Sur l’île d’Avalon, cachée
aux yeux des hommes, des grandes prêtresses et des druides
vont en secret préparer l’avènement d’un
Haut Roi qui brandira l’épée sacrée,
chassera les envahisseurs et unira le pays. Nous voyons se
succéder sur Avalon les grandes prêtresses Caillean,
Dierna et Ana. Cette dernière sera la mère de
Viviane, la future Dame du Lac, de Ygerne, future mère
d’Arthur et de l’intriguante Morgause. Ce sera
aussi la venue de Merlin qui prédit l’avènement
d’Arthur : "Le Roi viendra… et il régnera à Avalon,
pour toujours…"
Les Sources
La légende arthurienne
Elle prend naissance au XIIème siècle
avec Geoffroi de Monmouth qui publie en 1135 son Historia Regum
Britanniae
(Histoire des rois de Bretagne) en latin. Elle fut traduite
pour la reine Aliénor d’Aquitaine par l’anglo-normand
Wace, chanoine de Bayeux. Wace révèle ainsi aux
Français la légende du roi Arthur. En réalité,
le personnage était un chef celtique, symbole de la
résistance bretonne (ici, il faut entendre bien sûr
la Grande Bretagne) contre l’invasion des Saxons au VIème
siècle. Ce fut un chef extrêmement populaire par
ses exploits qui devinrent vite légendaires. On en fit
un roi puissant, entouré de vaillants chevaliers, qui
deviendront tout aussi légendaires : les Chevaliers
de la Table Ronde. Les "romanciers" français
puiseront amplement à cette source, notamment Chrétien
de Troyes (1135 ? – 1190 ?) qui vécut à la
cour de Marie de Champagne où il apprit à connaître
les légendes bretonnes. Ses romans se rattachent d’ailleurs
tous au cycle arthurien. Son œuvre aura un immense retentissement.
Il aura des continuateurs qui amplifieront
les aventures de la Table Ronde, et cela durant tout le Moyen
Age, citons Wolfram
von Eschenbach, Robert de Boron, Thomas Mallory… Toutefois,
après Chrétien, les Cisterciens vont récupérer
la légende d’origine en la christianisant. Un
peu occultée aux siècles suivants, elle connaîtra
un nouvel essor au XIXème siècle, ce sera "le
renouveau celtique", avec notamment le poète
britannique Alfred Tennyson et le romancier T.H.White. De nos
jours, la légende est plus vivante que jamais: le sujet
est en effet tellement riche que des romanciers modernes – outre
Marion Zimmer Bradley – se sont
penchés sur ce
thème en se livrant à des transpositions, notamment
des romans qui semblent répondre à une tendance à replacer
la saga dans son contexte historique des Vème et VIème
siècles. Citons – entre autres – René Barjavel
qui met en scène Merlin dans L’Enchanteur; Michel
Rio, avec sa trilogie dont les titres se passent de commentaires
: Merlin, Morgane et Arthur, et qui se penche plutôt
sur l’aspect philosophique de la légende; Bernard
Cornwell qui sort lui aussi une trilogie : Le
Roi de l'Hiver,
L’Ennemi de Dieu et Excalibur,
Stephen Lawhead et son cycle Pendragon (5 titres !). La bande
dessinée n’est
pas en reste : Arthur,
une épopée celtique de
Chauvel, Lereculey et Simon; Merlin de
Istin, Lambert et Stambeco, et même un Camelot 3000 (la
légende au futur !).
D’autres auteurs, qui font autorité, se sont livrés à des “réécritures” du
thème, tel Jean Markale et son cycle du Graal, Joseph
Bédier avec son Tristan et Yseult… Que de noms
que l’on ne peut citer tous, mais qui témoignent
de la pérennité de la légende, sans compter
tous les ouvrages qui traitent du sujet en l’analysant.
N’ayons garde d’oublier le cinéma : Les
Chevaliers de la Table Ronde, Excalibur, Lancelot
du Lac, Lancelot, le
premier chevalier, Merlin (téléfilm
de NBC) et même le dessin animé de Walt Disney, Merlin
l’Enchanteur. Le mythe donnera naissance à des
opéras avec Purcell et Wagner, ainsi qu’à des
comédies musicales. Elle inspire aussi des musiciens
comme Alan Stivell ou Medwyn Goodall, qui lui consacre cinq
albums. Le sujet semble inépuisable, et suscite toujours
un puissant intérêt.
La légende vue par Marion Zimmer Bradley
Dans la lignée des continuateurs de la saga, s’appuyant
sur des années de recherches, Marion Zimmer Bradley
lui donne toutefois un aspect résolument neuf et profondément
humain : elle donne la première place aux femmes. C’est
la légende arthurienne au féminin, même
si on y retrouve les personnages traditionnels : Arthur, Merlin,
Lancelot du Lac, les premiers rôles sont tenus par Viviane,
Ygerne, Guenièvre, mais surtout Morgane. Cette dernière,
nullement sorcière comme l’ont décrite
les auteurs chrétiens, est présentée ici
comme la représentante d’une sagesse qui vient
du fond des siècles, la sagesse des prêtres d’Atlantis,
sans cesse menacée par les fanatiques adeptes de la
religion chrétienne. Ces derniers, à de rares
exceptions, ne se présentent pas sous leur meilleur
jour dans l’œuvre de M.A.Bradley. Ils mettront tout
en œuvre pour détruire toutes traces de croyances
dont ils dénonceront les rites et les mystères
comme autant de manifestations démoniaques. Ils n’hésiteront
pas à balayer sans remords l’identité culturelle
de tout un peuple. Nous sommes donc bien ici en présence
de deux mondes totalement opposés qui s’affrontent
sans merci et si la religion chrétienne finit par s’imposer,
elle ne pourra pas vraiment déraciner le culte de la
Grande Déesse Mère dans le cœur des peuples.
Elle s’incarnera dans la douce figure de Marie, mère
de Jésus.
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