Dieu, la Terre, Card et la voix des autres


Qui aurait pu prévoir qu’un jour un Mormon deviendrait l’un des plus originaux et des plus reconnus des écrivains de fantasy et de science-fiction ? Personne sans doute, tant l’imaginaire et les Mormons semblaient diamétralement opposés. Et pourtant, Orson Scott Card est parvenu à concilier ses deux visions dans son œuvre qui navigue aux confins du roman d’éducation, de la quête religieuse et de la saga d’aventure.

Né en 1951, il est à la fois un découvreur de mondes et un créateur de personnages hors pair, naviguant entre les écueils de la littérature populaire, tout en poursuivant une intéressante carrière d’auteur dramatique.

A travers ses différents récits, il nous convie à des plongées au cœur d’une fantasy nourrie à l’eau amérindienne (Les Chroniques d’Alvin le Faiseur), d’une épopée interplanétaire quasi biblique (Terre des Origines), d’une quête mythologique (Espoir-du-Cerf), d’une saga interplanétaire (Ender), de son goût certain pour les envolées lyriques (La Geste des Valois) ; il a enfin un charme tout particulier lorsqu’il faut remodeler le monde (Observatoire du temps).
Lauréat de nombreux prix, notamment le Hugo en 1986 pour La Stratégie Ender et, fait rare et surprenant, en 1987 pour la suite La Voix des Morts en même temps que le prix Nebula, Card n’a jamais cessé de produire des œuvres de qualité depuis sa première nouvelle éditée en 1977.
Aussi à l’aise dans le texte court que dans la saga de plusieurs volumes, il ouvre à chaque fois des portes sur des mondes exotiques dans lesquels le lecteur peut néanmoins trouver des éléments rapidement identifiables qui lui permettent d’entrer plus aisément dans ses intrigues.

Hatrack River. En plein cœur de nulle part et de partout à la fois. Un jeune "faiseur" né sur cette terre de l’autre côté du miroir. Une terre riche en magie qui semble s’ouvrir sur un univers différent du nôtre, un univers nourri du sang d’un peuple et des espoirs d’un autre. Plongeant au cœur des mythes de l’Ancien et du Nouveau Monde, tout en conservant un indéfectible attachement à ses origines mormones, Card met en place une fantasy atypique qui cherche à dépayser pour mieux reconstruire un monde qui, selon lui, n’aurait jamais dû disparaître. Ses récits, teintés d’un conservatisme religieux et d’une foi en l’Homme capable de soulever des montagnes, mettent en scène de nombreux personnages d’enfants ou d’adolescents aux destins grandioses. Suivons le courant de cette rivière afin de découvrir les différents paysages cardiens.

S’il est souvent aisé d’entrer dans des romans de fantasy, cela n’est pas toujours immédiatement le cas de ceux d’Orson Scott Card en raison de leur complexité et des questions sous-jacentes qu’ils soulèvent. Car pour l’auteur, ce genre n’est pas qu’un simple dépaysement, mais une manière différente de voir notre monde, de le critiquer, de vouloir le refaire. A travers ses grandes sagas, telles Alvin le Faiseur, La Geste des Valois, Terres des Origines ou Ender, il nous présente les travers des hommes, n’hésitant pas à puiser aux sources de nos massacres, de nos exodes, de nos déchirements, pour mieux nous les dévoiler.
Ceci est particulièrement évident dans l’opposition entre les Hommes et les Doryphores qui va faire d’Ender à la fois le sauveur d’un peuple et le bourreau d’un autre. Dans le premier volume La Stratégie Ender, ce jeune garçon apparaît comme un génie aux capacités extraordinaires, capable de redonner sa chance à tout un monde déliquescent. En pleine guerre froide, la Terre est menacée par une race extraterrestre ressemblant à de gigantesques insectes qui ne cessent, par vagues successives, d’attaquer la planète pour l’envahir. Si ces prémisses semblent appartenir à la science-fiction, les thèmes de l’invasion et du héros trouvent leurs origines dans la fantasy et le roman d’initiation cher aux anglo-américains. On y suit l’instruction militaire d’Ender, ses problèmes avec les adultes, les affrontements entre enfants et l’ultime bataille. À la croisée des genres, La Stratégie Ender allie la science-fiction (bien que les deux livres n’aient que peu de rapport, on peut penser au manichéisme du roman Starship Troopers de Robert Heinlein), la saga de fantasy propre à J.R.R. Tolkien et le roman d’éducation de Charles Dickens, Rudyard Kipling ou Lewis Carroll.

Cet intérêt va se retrouver dans plusieurs autres œuvres de Card, notamment dans la saga d’Alvin, où l’on suit l’apprentissage du petit garçon tout au long des trois premiers volumes. Comme Ender, Alvin possède des pouvoirs qui le différencient des autres hommes, mais comme lui, il est également menacé par une force qui semble le dépasser. En tant que Faiseur, il peut maîtriser la matière, se servir de la magie indienne pour s’opposer à celle des blancs. Alvin et Ender sont tels deux frères de sang face à l’adversité. En cela, ils ressemblent à David Copperfield et à Oliver Twist qui doivent affronter l’univers hostile d’une enfance malheureuse et un monde adulte bien décidé à les écraser.
Certes, la famille qui entoure Alvin et Ender n’a rien de comparable avec celles des deux personnages de Dickens, mais l’animosité à laquelle ils sont confrontés est la même. Card a simplement étendu le monde dans lequel évolue ses héros. Ender a l’espace face à lui, Alvin ouvre les yeux sur un univers magique ; tandis que Nafai, le personnage principal de Basilica joue avec l’Histoire, puisqu’il est l’élu désigné pour retrouver les origines de son peuple. Les dangers de l’existence qui étaient incarnés par l’orphelinat chez Dickens sont ici liés aux étoiles, à l’indicible et à la guerre. On retrouve d’ailleurs l’univers de l’orphelinat dans le roman Les Maîtres Chanteurs où le jeune Ansset va devoir affronter le terrible empereur Mikal, maître de l’espace et destructeur de mondes entiers. Dickens n’est pas loin, même si la critique sociale est ici remplacée par une critique politique qui déplace le destin de l’unique vers le destin de tous.
Pourtant, à la manière de ses pairs britanniques nourris d’une culture rigoriste, Card place ses jeunes personnages à l’intérieur de structures solides, régies par des règles strictes. C’est bien entendu l’académie militaire pour Ender, les préceptes indiens animistes pour Alvin et les attentes de Surâme, cet étrange ordinateur déifié, pour Nafai. Alvin est peut-être le Faiseur, mais il n’existe que par rapport au Défaiseur, à la manière d’Ender qui ne prend toute sa plénitude que face aux Doryphores, et de Nafai qui n’acquiert sa puissance qu’en étant exilé dans le désert. C’est l’adversité qui crée l’homme à partir de l’enfant. Card nous le prouve en développant l’apprentissage de ses personnages à travers plusieurs tomes, leur offrant la possibilité de grandir, de s’épaissir, de se construire une carapace capable de les protéger contre les aléas de la vie.

Cette tendance à placer ses personnages dans des situations périlleuses leur donne une dimension biblique qui transcende leur simple existence. Chacun d’eux a, en effet, un destin à accomplir, une quête qui va les mener au-delà de leur simple vie, leur faisant franchir des limites quasi prophétiques. Pour reprendre l’anecdote de Nafai exilé dans le désert, dans le roman Le Général, on touche à une dimension christique qui est accentuée par sa qualité d’élu de son peuple. Nafai n’est pas un simple enfant, il doit, tel Moïse, ramener son peuple vers la terre promise. Le roman L’Exode entraîne seize élus dans un voyage de plusieurs années vers un astroport qui symbolise un retour aux sources, sorte de quête du Graal moderne qui ne verra que les plus purs atteindre leur but. Cette marche vers une nouvelle Jérusalem trouvera sa clef dans les romans suivants Le Retour et Les Terriens.
À travers ces éléments transparaît la religion mormone d’Orson Scott Card, une religion qui conduit ses adeptes à devenir des apôtres, des disciples destinés à porter la bonne parole dans différents pays. Il n’est pas étonnant de l’entendre dire qu’il a basé cette saga sur Le Livre des Mormons que l’on doit à Joseph Smith, créateur de L’Eglise de Jésus Christ des saints des derniers jours en 1830. En préface de son recueil Cruels Miracles, l’auteur n’écrit-il pas: "Je pense que les ouvrages spéculatifs, et la science-fiction en particulier, sont le dernier refuge de la littérature religieuse aux États-Unis." ?

Ender, lui aussi, porte sur ses épaules tout l’avenir d’un peuple qu’il sauve tout d’abord de l’extermination dans La Stratégie Ender, avant d’offrir son aide à ses anciens ennemis dans La Voix des Morts. Car Ender n’est pas le prophète d’un unique peuple, mais celui de la multitude. Tel le Christ, il porte en lui les péchés de l’humanité et c’est par l’expiation qu’il doit sauver son âme et sauver l’Homme. Comme il le dit dans La Voix des Morts: "Compte tenu de ce que je sais de la nature humaine, la douleur reste au centre de tous les rituels religieux."
On peut ajouter qu’elle demeure également au centre de toutes les intrigues de Card. Douleur physique du combat, douleur psychique de la perte, inquiétude liée à la possible défaite, rien n’est épargné aux personnages qui doivent suivre un implacable chemin de croix les menant tout droit à leur Golgotha. Ce que nous explique l’auteur à propos de sa nouvelle Les Dieux Mortels, dans la postface de son recueil Cruels Miracles: "j’ai abouti à l’idée que l’existence de l’homme a bel et bien un cadre, très simple et naturel: la naissance et la mort." Ce serait donc la mort de quelqu’un qui donnerait un sens à sa vie. La mort d’Ender, celle d’Alvin ou de Nafai sont indispensables pour bien comprendre ce qu’ils ont entrepris durant toute leur existence, comme la mort du Christ en croix et celle de Gandhi, ou de Joseph Smith sous les balles d’un tueur, permettent de saisir la dimension de leurs actes et de leurs paroles.

En effet, que ce soit Ender, Alvin ou Nafai, tous vont devoir éprouver différentes tortures mentales et physiques comme tous les autres prophètes avant eux. Dans la saga d’Ender et dans celle de la Terre des origines, les hommes qui voyagent doivent subir un décalage temporel par rapport à ceux demeurés sur les planètes. En quittant les leurs, ou en les laissant partir, ils se détachent physiquement d’eux, non seulement en raison de la distance qui s’accroît mais également à cause de la différence d’âge qui n’évolue pas naturellement. Cela donne un caractère mystique à certaines quêtes de ces personnages en proie à des destins qu’ils maîtrisent rarement. Dans Les Chroniques d’Alvin le Faiseur, la religion chrétienne est contrebalancée par des croyances indiennes qui transparaissent dès les premières pages. Si Dieu est omniprésent dans la série Terre des Origines, un étrange animisme transpire dans Le Septième Fils comme en atteste cette croyance en des pouvoirs surnaturels attribués à ce même septième fils : « Alvin junior s’éveilla en sueur du cauchemar. Ça lui avait paru si réel..." Pour lui la frontière entre le rêve et la réalité, entre le monde mystique et le monde terrestre, est si ténue qu’il en devient la porte, vecteur malgré lui d’une communication qu’il ne maîtrise pas immédiatement.

De la même manière, on peut aussi parler de mystique dans la nouvelle Œil pour œil, dans laquelle l’auteur met en place une étrange communauté composée uniquement de rejetons de mariages consanguins doués d’inquiétants pouvoirs. Se croyant les élus d’une nouvelle terre promise, ils vivent en vase clos tout en cherchant à placer leurs enfants dans d’autres familles afin d’être à l’abri de leurs terrifiants pouvoirs. Dans ce récit, Card pose une critique de l’Amérique profonde, comme il le fait dans plusieurs autres de ses textes, n’hésitant pas à mettre en lumière les dérives des sectes et des illuminés qui les composent. Déjà, Xénocide nous entraînait dans une étude des manipulations par des religieux peu scrupuleux, image de ces télé-évangélistes américains qui ont fait de Dieu un produit marketing, tandis que La Voix des morts évoquait sans se cacher les interrogations de Calvin. La religion se lie alors à la science pour expliquer le monde dans une étonnante quête du Graal qui fait de l’œuvre de Card une passerelle entre la foi et la science.

Si les connotations religieuses et mystiques sont nombreuses dans les récits de Card, on y trouve également des valeurs historiques indéniables qui débouchent le plus souvent sur des sagas, développant non seulement une dimension épique, mais offrant aux lecteurs une trame historique parfaitement établie qui permet d’asseoir l’intrigue sur un univers crédible. Déjà dans Espoir-du-Cerf, roman de pure fantasy épique, de nombreux éléments attestent d’une volonté de bâtir une contrée ancrée dans sa terre et son histoire: deux cartes agrémentent les premières pages, puis des éléments mythologiques tissent une trame sur laquelle va pouvoir s’appuyer l’intrigue proprement dite.
Ces références sont plus poussées encore dans Les Chroniques d’Alvin le Faiseur qui s’appuient sur une géographie connue, celle des États-Unis, et une période historique parfaitement identifiée: la première moitié du XIXème siècle. La civilisation américaine sert donc de base au développement d’une histoire qui nous permet de suivre les aventures de ce jeune élu que les tâtonnements et les découvertes vont finalement mener à la mort dans l’ultime volet, encore inédit. Le parallèle entre Alvin et Joseph Smith n’est pas fortuit. Card, imprégné de la culture et de l’histoire de ses frères, semble vouloir écrire une uchronie destinée à faire comprendre à l’Homme toutes les erreurs qu’il a commises. Avec Alvin, ce sont les différents massacres et exactions des colons américains qui sont mis en cause. S’il se sent Mormon et Américain, Orson Scott Card n’en est pas moins humain et semble ressentir dans sa chair toutes les dérives qui ont mené à la construction des états des Amériques.

Un roman tel que La Rédemption de Christophe Colomb est symptomatique de cette perpétuelle interrogation historique. A l’aide d’un "chronoscope", des observateurs du futur peuvent se rendre compte de la réalité des événements passés et découvrir le vrai visage de leurs ancêtres. Mais n’est-il pas dangereux, voire impossible de modifier le passé ?
La nouvelle En route pour assassiner Richard Nixon conduit à une telle interrogation tandis que Temps morts étudie de nouvelles déviances humaines liées à cette possibilité de voyager dans le temps. Car ce qui intéresse Card, ce n’est pas d’aller modifier le passé, mais de guider les lecteurs du présent sur un chemin rédempteur capable de les amener à changer leur avenir.
L’Histoire, dans les différents romans de l’auteur, est une référence sur laquelle s’appuyer, mais c’est aussi un monde à fabriquer. Les enfants et adolescents agissent sur elle afin de la modeler selon leurs idées. Ainsi, dans La Voix des Morts, Ender décide d’aller recréer un monde pour les Doryphores afin de racheter ses fautes passées.

Cette idée de rachat par l’Histoire est présente dans l’ensemble de son œuvre, notamment dans les romans de Terre des Origines où le peuple élu doit retrouver son passé pour exister à nouveau. A l’inverse, la nouvelle Le Conte de Sainte-Amy conduit à une destruction totale du monde par Dieu. Ce n’est plus l’Homme qui détient son destin mais son Créateur, ce qui permet à Card d’écrire: "les œuvres des hommes deviennent poussière, mais de la poussière Dieu crée des hommes, et d’hommes et de femmes des anges." L’Histoire paraît alors dérisoire en regard de l’œuvre de Dieu, mais comme nous le prouve Alvin, c’est dans l’instant que nous possédons notre force. Dans l’instant et dans nos décisions.
N’est-ce pas cela qui forge l’Histoire de l’Homme ?

Plus qu’à l’Histoire elle-même, c’est sans doute à la Terre que l’œuvre de Card est attachée, à cette Terre qui forme toute la richesse de l’Homme. "La terre est avec moi, frère. Je suis le visage de la terre, la terre est mon souffle et mon sang" dit Ta-Kumsaw dans Le Prophète rouge, symbolisant à merveille l’enracinement de cette œuvre qui aime jouer à la fois avec le passé et l’avenir, en conservant toujours sous ses pieds cette assise solide que représente notre planète. Pareillement, même éloignés à travers le temps et l’espace de leur matrice originelle, les personnages de la Terre des origines tendent vers un unique but, retrouver la Terre ; quant à Nafai, il va mener ses frères et sœurs comme Moïse a mené son peuple vers cette poussière dont ils sont nés. Cette idée était déjà présente dans un roman plus ancien : Une planète nommée Trahison où des groupes s’affrontent afin d’essayer de repartir vers leur planète d’origine parce qu’ils n’arrivent plus à vivre sur celle qu’ils ont appauvrie.

L’attachement à la terre, c’est également l’attachement aux origines, aux us et coutumes, le respect de la différence, tout ce que n’ont pas fait les colonisateurs des Amériques ou de l’Afrique. Tout au long de ses aventures, Alvin semble nous montrer le respect de l’autre, s’attachant plus aux petites gens qu’aux grands personnages. Dans L’Apprenti, il apprend le métier de forgeron, – tout comme Lared, le fils du forgeron de Jason de Valois, ou comme Jésus apprit celui de charpentier à l’instar de son père. Ce regard porté depuis le bas de l’échelle sociale permet de contempler un spectre humain plus large, ce qui mène par exemple Ender à vouloir sauver ceux qu’il a massacrés. L’autre n’est plus un ennemi, comme dans La Stratégie Ender, mais quelqu’un avec qui il faut composer. En souhaitant réparer ses erreurs, il doit cependant faire attention à ne pas en commettre d’autres. Cruel dilemme qui se pose également aux observateurs du temps: s’ils touchent au passé, ils risquent de déformer le présent, voire de le détruire.
La Terre, ou toute autre planète que l’on rencontre dans l’œuvre de Card, n’est que le résultat à un moment donné de toutes les actions précédentes, ce qui permet à l’auteur de placer le lecteur face à ses responsabilités. Toute action modifie l’existence de chacun et de l’ensemble, comme nous l’explique Ender dans La Voix des morts.

Cependant, si la Terre est le socle absolu de la plupart des récits cardiens, elle est également le réceptacle d’aventures exotiques qui transportent le lecteur dans des envolées lyriques et épiques. Ainsi, Espoir-du-Cerf, roman de pure fantasy, est une ode à la vengeance et au destin dans laquelle une jeune femme veut se venger du tyran qui l’a violée. Le précepte de départ semble assez simple, mais permet à l’intrigue de se développer autour d’un axe que l’on pense prévisible et qui se ramifie pour mieux surprendre le lecteur. L’apport de magie, d’éléments mythologiques et le ton proche des gestes médiévales confèrent à ce roman une rare poésie, propre à Orson Scott Card.
Cette tendance aux développements épiques transparaît dans toute son œuvre, comme en attestent les longues sagas de plusieurs romans. Qu’est Alvin sinon un héritier de Lancelot cherchant la lumière au bout d’un tunnel qui va le condamner ? De même, Ender se définit comme un étonnant Arthur des temps futurs, élu malgré lui, sauveur d’un monde mais bourreau d’un autre, et qui tente par tous les moyens de ne pas réitérer ses erreurs, mais qui souffre d’être prisonnier du rôle qu’on lui a donné.

Orson Scott Card est, par bien des côtés, un auteur original, dont les œuvres savent mêler avec intelligence les diverses influences d’un homme né au cœur d’un héritage culturel dense, mais qui a parfois su s’en détacher pour mieux dévoiler les travers de la société dans laquelle il évolue. L’œuvre de Card transcende les frontières et les archétypes de la fantasy pour nous entraîner dans des sagas à travers le temps, l’espace et même notre monde, prouvant qu’il est toujours possible d’innover tout en soignant sa prose et ses intrigues.

Denis Labbé

 
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