Les
légendes arthuriennes
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Introduction
et origines
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Par Colette Frances et Valérie
Frances
Avant d’entrer dans les légendes arthuriennes à proprement
parler, il convient peut-être de rappeler ici le contexte
dans lequel elles ont pu émerger et connaître
un tel succès. Il est évident qu’elles
n’auraient pu voir le jour à une époque
où seuls les récits épiques (les chansons
de geste) essentiellement destinés à l’oralité,
parlant de récits guerriers et s’adressant uniquement
aux hommes, avaient force de loi en littérature.
Les récits épiques ont commencé à se
transformer à partir des romans antiques (triade classique
: Le Roman de Troie, Le Roman d’Eneas et Le Roman de
Thèbes) où l’aventure et la conquête
amoureuse, encore naïve et maladroite dans l’écriture,
prennent le pas sur le récit purement guerrier. D’autre
part, le sud de la France, l’Espagne, l’Italie,
connaissent l’essor de la thématique de la "fin’amor" (l’amour
précieux qui donnera, en langue d’oïl, la
courtoisie), principalement illustrée par les "cansos" des
troubadours. Ces poèmes d’amour, que le poète-amant
dédie à une dame d’un rang supérieur
au sien, chantent un amour souvent adultère mais qui
doit rester secret. Pour tromper les éventuels médisants
(qu’on appelle les losengiers), le poète recourt à un
langage conventionnel, tout en masculinisant le nom de l’être
aimé (codes secrets appelés senhals). La dame
a donc un rôle privilégié et joue celui
de suzeraine, bien souvent aux dépens du troubadour.
Note : Il est même arrivé que chez certains auteurs,
la femme soit hissée sur un piédestal tel qu’elle
devient parfaite et pure à l’image d’une
certaine "Marie".
Le personnage féminin fait ainsi son entrée
en littérature. D’un autre côté,
les récits celtiques, qui se basent sur des traditions
orales tirées du folklore, mélangent déjà avec
succès aventures et psychologie amoureuse dans un contexte
baigné de merveilleux. Dès lors, le climat est
propice à l’éclosion d’une littérature
consistant en un habile syncrétisme de tous ces éléments.
Origines galloises
A l’origine, on parle des "Mabinogion" ou
récits gallois – auxquels viennent se greffer
des sources irlandaises fort proches - qui contiennent des
modèles des principaux thèmes légendaires
arthuriens, à savoir le goût des combats exaltant
la vaillance des guerriers, l’appel au merveilleux, à l’étrange,
les naissances occultes parfois fruits d’amours illicites,
l’utilisation de breuvages ensorcelés, la création
de personnages mythiques tels Arthur et bien d’autres
dont les noms ressemblent étrangement à ceux
que l’on connaît actuellement (Peredur pour Perceval,
Gwenhwivar – qui signifie "blanche apparition" -
pour Guenièvre…).
Naissance de la Matière de Bretagne
La Matière de Bretagne reprend donc toutes ces notions
vues plus haut et nous sont rapportées par les conteurs
ou "harpeurs" (car jouant de la harpe) bretons. L’apogée
de cette matière étant le cycle arthurien, le
plus connu en France (mais il existe bien d’autres thèmes,
moins épanouis dans nos régions et que l’on
connaît donc moins bien). Dès que les Français
se sont emparés eux-mêmes de cette tradition,
ils y ont ajouté des éléments propres à leur
culture, et notamment chrétiens, que les Bretons (du
monde celtique) ont repris à leur compte avec succès.
Il y a donc bien eu interpénétration des deux
genres littéraires.
Note : Le cadre géographique de la majorité des
récits se situe en Cornouailles, au Pays de Galles,
en Irlande, mais également en Petite-Bretagne ou Armorique.
Il semble qu’il n’y ait aucun inconvénient à traverser
la Manche.
Thèmes principaux du mythe arthurien (issus du monde
celtique)
Les récits manifestent un vif intérêt
pour les ascendants des héros, qui ne peuvent être
qu’extraordinaires. On prête à ces ancêtres
des vertus ou des relations divines, ce qui rejoint la mythologie
classique. Les personnages évoluent dans un monde peuplé de
magiciens, de fées, de monstres, de créatures
fabuleuses (que ce soient des personnes ou des êtres
métamorphosés, cf. Merlin), qui permettent aux
héros de démontrer leur bravoure. D’autre
part, ils sont attirés aussi par le monde souterrain.
Ainsi, par exemple, les fameuses pierres de Stonehenge étaient
gardées par des géants qui vivaient sous la terre.
C’est ce penchant pour l’inexplicable qui attire
le public. Le décor est également propice à la
rêverie : îles merveilleuses, comme Avallon ou
encore cette île enchanteresse, invisible du commun des
mortels, seulement accessible par des héros, qui sert
d’abri et d’antre à la Dame du Lac. Bien
entendu, le personnage central, unificateur, qui sert de point
d’ancrage à la plupart des événements
et de pratiquement toutes les légendes et histoires,
n’est autre que le célèbre roi Arthur,
aux origines bien indéfinissables. Il est encore à noter
que la plupart des noms des personnages du cycle arthurien
sont d’origine celtique, même curieusement en ce
qui concerne les créations des auteurs français
qui ont voulu garder une certaine homogénéité.
Enfin, le point le plus interpellant reste le mystère
du Graal, qui n’a encore à ce jour aucune explication
rationnelle définitive et dont on ne connaît couramment
que la version occidentale qui ne semble pas être la
seule interprétation valable.