Le reportage : Châteaux et Donjons

Bonjour, la rédaction du lefantastique.net m’a chargé de vous faire une approche de l’ambiance que l’on trouve lors d’une partie de jeux de rôle. Je vais donc fréquenter pour vous durant cette année différents clubs de JDR et d’associations de grandeurs-natures (sous le couvert de l’anonymat bien sûr). N’ayant moi-même jamais pratiqué ce genre d’activité c’est l’esprit vierge de toutes influences que je vais mener mon enquête ! Je me suis dit que ça permettrait à des gens qui ne connaissent que peu ou pas ce genre d’activités de se faire une idée… Evidemment, il ne s’agit que de mes impressions, elles n’engagent que moi. J’espère déjà que certains des participants se livreront et expliqueront l’attrait qu’ils portent à ce genre d’approche du fantastique.

Samedi 12 mai 2003 vers 14h00 en province

N’ayant rien trouvé à travers les petites annonces des revues spécialisées je décidai d’aller dans un magasin de jeux de rôles. Ce matin là, je me déguisai en hard-rocker , un copain avide de métal , m’avait d’ailleurs obligeamment prêté une paire de santiags (trop petites mais bon) ainsi qu’un cuir garni d’un superbe dossard à la gloire du groupe Anthrax, un artefact parfait pour le rôle de client que j’avais envie d’interpréter. A peine entré dans la boutique, je fus étonné de la quantité d’objets divers entassés sur un aussi petit espace. Des chandeliers ésotériques, des statuettes de dragons, côtoyaient des tarots. Pour faire bonne mesure, je m’avançai gaillardement vers un présentoir de revues arborant des motards à la peau-vertes ( ??). Je tentai quelques minutes de comprendre de quoi il retournait. Jetant un regard (à travers mes ray-ban) vers un jeune père achetant avec son fils un cadeau pour sa communion , je fus étonné d’entendre ceci :

« Papa, t’as vu ? Le char des eldars, trop géant celui-là !! Et là le Ravageur d'Asdrubael Vect. Et ici Kruellagh la Perfide !! Trop cool !! Baaaah, il va t’exploser ton vieux borgne ! A l’aise ! »

J’attendis quelques instants que le tenancier emballe une grosse boite en carton contenant apparemment une maquette de char en plastique. Peu de temps après, le père complice emmena son rejeton radieux. Ensuite, tout en ajustant mon pantalon de cuir noir je me dirigeai vers le patron, ce dernier transpirait déjà devant mon allure de tueur. Ou bien simplement, faisait-il trop chaud dans sa boutique?

Une fois seul, et après les politesses d’usages, je lui dis que j’avais un petit neveu timide qui cherchait à découvrir le JDR. Je lui demandai si je devais acquérir moi aussi un ou deux chars à l’allure de la première guerre mondiale pour faire du JDR... Il me dit qu’il s’agissait d’autre chose, en fait un jeu de bataille avec des figurines… Voyant que je m’étais fourvoyé, je revins à mon sujet initial. Je dus bien sûr comme c’est l’usage, lui graisser largement la patte en achetant un paquet de revues, le type m’avoua alors (à voix basse) qu’il connaissait, éventuellement, peut-être, quelqu’un qui pratiquerait ce genre d’activité à l’attention des novices. Devant son silence, je dus mettre sur le comptoir deux, trois livres supplémentaires que je pris distraitement dans son rayon. Un sourire fendit sa large face rubiconde et il consentit, après avoir jeté deux trois rapides coups d’œil sournois à droite et à gauche, à me griffonner sur un demi-carton de bière le numéro de GSM d’un de ses clients qui initiait la bleusaille. Ensuite réglant le montant scandaleux de mes achats, il me demanda si je voulais une carte de fidélité. Je lui lançai un regard méprisant, tout en reniflant vigoureusement et lui dit d’une voix mâle qu’il n’en était bien sûr pas question . Surpris mais voyant qu’il avait à faire à plus fort que lui, il laissa tomber. Je partais à reculons tout en lui lançant un vibrant au revoir…

« Yo, mon pote ! »

Une fois chez moi, après avoir fermé les volets de ma maison, je me mis dans mon fauteuil crapaud et attendant 19h00 , je regardai les livres que je venais d’acheter. Le premier parlait de vampires et le second était une adaptation en jeu de l’œuvre de Lovecraft (L’appel de Chtulu). Lovecraft, « L’affaire Charles Dexter Ward » ce roman m’avait terrifié. Je tentai bien de comprendre de quoi il retournait mais bientôt j’avoue que mon attention s’écarta de ma lecture et je m’assoupis et me mis à rêver.

C’est en sueur alors que des êtres tentaculaires à la peau blanche me dévoraient les pieds que je me réveillai.

Je pris mon portable et composa le numéro. J’attendis quelques interminables secondes puis parmi le brouhaha (apparemment ils avaient de la visite) je distinguais une voix charmante et féminine me répondant…

« Bonjour, c’est Sandrine ! »
« Bonjour, je téléphone de la part de Marcel du magasin de Waremme, à Thierry, qui parait-il organiserait des parties d’initiations à l’attention des débutants du jeu de rôle ? »
j’entendis quelques petits rires fluttés « Un instant je te passe mon gars »
Dix secondes plus tard et d’une voix chaude et virile « Salut mec, deux secondes, je sors de la pièce. Alors t’as envie de t’initier il paraît ? »
« Heu, oui, bien sûr, j’ai déjà lu deux trois livres sur le sujet, … »
« Ah, oui alors ? Qu’est-ce que t’as envie de jouer ? »
« … »
« Çà te dirait d’essayer Château & Donjon© ? C’est un jeu chouette pour démarrer, mais je te préviens… Il s’agit d’une campagne personnelle »
« Oui, oui çà me conviendrait très bien ! »
« Ok, alors, je te donne mon adresse : 821, rue du Printemps à Saint-Josse, viens mardi à 18h00 pour que je te tire ton perso »
« D’accord je serais là ! »
« Super ! A mardi alors ? »
Il raccroche.

Ma surprise passée, je me demandais dans quel traquenard je m’étais fourré. Un instant j’eus envie de tout laisser tomber et de me contenter de juste tester Diablo 2 sur la console de mon neveu. Le fils de ma sœur, il a dix ans et déjà il sait tout sur le jeu de rôle sur PS2, PC etc. D’ailleurs son père joue « en ligne » mais bon je vous parlerai de cela plus tard.

Qu’est-ce qu’il avait voulu dire par « campagne » et « tirer mon personnage » ? J’imaginais les pires choses comme un rituel sodomite chez les paysans ? Gloups !

Mais je devais aller jusqu’au bout . Je réfléchis toute la semaine à la nouvelle personnalité que je devrais endosser, puis finalement j’optais pour un employé dans un cabinet de dentiste de la région de Marche en Famenne. Assez loin de la capitale et un travail très général. Un peu de comptabilité et de secrétariat. S’ils devenaient inquisiteurs, je pourrais toujours dire que je cherchais en ce moment un autre boulot parce que mon patron m’exploitait. Çà fait toujours pitié et les gens ne posent plus de questions lorsque l’on aborde ses problèmes relationnels...

Prochainement, la suite du reportage !

 
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