La femme dans la mythologie

Par Stéphanie Morsomme (article paru dans Khimaira 9, Janvier 2001)


Qu'elles soient nées d'un dieu ou bien simples mortelles, la mythologie antique nous conte les péripéties de ces femmes aux destinées prodigieuses et -hélas ! - souvent funestes. En effet, rares sont celles qui connurent un sort heureux ! Belles, cruelles, courageuses, orgueilleuses, elles nous fascinent et nous obsèdent. Leurs aventures, trop souvent réduites à un simple épisode dans les mythes des héros masculins, méritent que l'on s'y attarde un instant. Leur heure est maintenant venue : place aux femmes… aussi maudites soient-elles…

Médée - la vengeance d'une femme

Le mythe de Médée nous est parvenu par les écrits d'auteurs anciens, notamment Hésiode dans sa Théogonie, Ovide dans ses Métamorphoses, Plutarque dans sa biographie de Thésée, sans oublier Euripide et Sénèque qui traitent le sujet chacun à leur façon dans leur tragédie, toutes deux intitulées Médée. Comme pour la plupart des mythes anciens, les variantes ne sont pas rares. J'en signalerais quelques-unes au cours du récit.
Médée est la fille d'Aeétès, roi de Colchide et la petite-fille du Soleil. Elle est aussi la nièce de la magicienne Circé qui changea les compagnons d'Ulysse en pourceaux. On lui attribue comme mère soit une Océanide, soit Hécate elle-même, déesse protectrice des magiciennes. En effet, Médée est une magicienne et des plus redoutables. Son histoire est étroitement liée à celle des Argonautes et plus particulièrement à celle de Jason.
Le père de Jason, Aeson, roi d'Iolcos, est détrôné par son demi-frère, Pélias ou selon d'autres traditions, il lui laisse le pouvoir jusqu'à ce que son fils, Jason, atteigne l'âge de régner. Pendant ce temps, Jason est élevé par un centaure (créature fabuleuse mi-homme, mi-cheval). Adulte, il revient à Iolcos, vêtu d'une peau de panthère, tenant une lance dans chaque main, et surtout, ne portant pas de chaussure au pied gauche. C'est ce détail qui met en garde Pélias. En effet, un oracle lui a conseillé de se méfier de " l'homme qui n'aurait qu'une chaussure ". Lorsque Jason lui réclame le pouvoir, Pélias lui demande en échange d'aller chercher la Toison d'Or qui se trouve précisément en Colchide, le pays de Médée. Jason s'embarque avec ses compagnons à bord d'un vaisseau nommé Argos. Après bien des épreuves, Jason et les Argonautes arrivent en Colchide et présentent leur requête au père de Médée. Celui-ci ne refuse pas de leur donner ce qu'ils demandent mais établit ses conditions. Pour se rendre maître de la Toison tant convoitée, Jason devra mettre sous le joug deux taureaux d'Héphaïstos, cracheurs de feu, et avec ceux-ci, il devra labourer un champ pour y semer les dents d'un dragon. L'épreuve semble impossible à réaliser mais c'est sans compter sur les pouvoirs de Médée.
Dés le premier regard, la fille du roi s'éprend de Jason. Elle offre son aide au jeune homme contre la promesse d'un mariage. Une fois les engagements échangés, Médée concocte un onguent qui a pour vertu de protéger Jason du feu des taureaux. Ensuite, elle le prévient : des dents semées, surgiront des hommes armés qui se rueront sur lui et Jason devra jeter parmi eux une pierre. Ainsi, ils se retourneront les uns contre les autres. Grâce à Médée, les épreuves sont surmontées et il ne reste plus au héros qu'à décrocher la Toison d'Or. Seulement voilà : celle-ci est jalousement gardée par un dragon qui ne dort jamais. Médée, une fois de plus, fait jouer ses dons de magicienne et endort le monstre.
Malgré le succès manifeste de Jason, Aeétès refuse de tenir sa promesse et les jeunes gens sont obligés de s'enfuir par mer. Aeétès se lance à leur poursuite mais Médée parvient à le semer par un procédé machiavélique. Avant sa fuite, elle avait pris soin d'emmener avec elle son jeune frère, Absyrte. Elle le démembre et jette ses morceaux sur les eaux. Aeétès perd du temps en voulant tous les rassembler.
Jason respecte sa promesse et épouse la magicienne. De leur union naissent deux enfants. L'histoire aurait pu s'arrêter là… mais le 'destin' en voulut autrement…
Un jour, Jason, las de son épouse, décide de la répudier pour épouser la fille du roi de Corinthe, dont le nom varie selon les traditions, il s'agit tantôt de Glauké, tantôt de Créüse. Médée ne peut supporter la trahison de celui qui lui avait juré fidélité et sa vengeance atteint des proportions incroyables. Après avoir offert à sa rivale une tunique mortelle, la cruelle magicienne tue de sa propre main les enfants qu'elle a eu de Jason. Après cet abominable meurtre, elle s'envole sur le char du Soleil et disparaît.

Le mythe, déjà bien présent chez les anciens, connaît une nombreuse descendance jusqu'à nos jours. Citons, par exemple, la tragédie Médée de Jean Anouilh ou encore l'ouvrage de Alain Moreau, Le mythe de Jason et Médée. Si ce mythe vous intéresse et si vous désirez approfondir vos connaissances sur le sujet, n'hésitez pas à consulter le site http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/itinera/enseignement/auteurs_latins/ de Paul-Augustin Deproost, professeur à l'U.C.L., qui nous fait part d'une analyse très complète et bien documentée sur la tragédie Médée de Sénèque.

Hélène - La femme fatale

Qui n'a jamais entendu parler de la belle Hélène, épouse de Ménélas ? Enlevée par Pâris, prince de Troie, elle est habituellement considérée comme l'origine de la fameuse guerre qui opposa les Troyens et les Grecs, guerre chantée par Homère et par bien d'autres à sa suite. L'histoire d'Hélène ne se limite pas à ce funeste événement mais est bien plus complexe que l'on pourrait le croire.
Hélène, selon la légende la plus connue, est née d'un œuf. Zeus, le dieu 'coureur de jupons', s'est uni à Léda, femme légitime de Tyndare, sous les traits d'un cygne et de leur union sont nés quatre enfants dont deux sont regardés comme la descendance du roi des dieux, Hélène et Pollux. La jeune femme est renommée être la plus belle des mortelles. Selon une tradition peu connue, Hélène, encore jeune fille, est enlevée par Thésée, alors qu'elle est en train d'offrir un sacrifice à Artémis. Comme les Athéniens ne veulent pas de cette reine, Thésée la confie à sa mère, Aethra. Selon certains, Thésée aurait respecté la jeune fille, selon d'autres, une fille serait née de leur union (cfr Iphigénie, ci-dessous). Pendant un voyage de Thésée aux Enfers, les frères d'Hélène, Castor et Pollux, viennent la délivrer. A son retour chez elle, son père officiel, Tyndare, décide de la donner en mariage. On raconte que les prétendants furent très nombreux et le chiffre généralement donné varie entre vingt-neuf et nonante-neuf. Pour cette raison, Tyndare craint que s'il en choisit un, les autres ne s'allient pour lui faire la guerre. Ecoutant le conseil de l'ingénieux Ulysse, il leur fait jurer à tous de respecter le choix de sa fille et de venir en aide au futur mari en cas de besoin. Hélène choisit Ménélas et lui donne une fille, Hermione.
Plus tard, Ménélas est obligé de partir en Crête. Pendant son absence, Hélène le remplace auprès de leurs hôtes. Or, parmi ceux-ci, se trouve Pâris, un prince troyen. Celui-ci a obtenu d'Aphrodite la promesse d'épouser la plus belle des mortelles, Hélène. Pâris profite de l'absence du roi de Sparte pour enlever la jeune femme. Selon d'autres versions, Hélène aurait été consentante. Les circonstances de leur voyage pour rejoindre Troie ne font pas non plus l'unanimité. Finalement, le couple arrive à destination et Hélène est considérée par tous les habitants du palais comme l'épouse légitime de Pâris.
Ménélas, de retour à Sparte, constate avec horreur la disparition de son épouse. Il rappelle aux anciens prétendants le serment qu'ils lui avaient jadis prêté. On prépare la guerre, on arme les navires et les hommes. On envoie des ambassadeurs chez le roi de Troie, Priam. En vain ! Hélène ne regagnera la Grèce que par la force des armes. La guerre est déclarée.
La suite, on la connaît ! Après dix longues années de siège devant les portes de Troie, les Grecs s'emparent de la ville par la ruse du célèbre cheval de bois. Sur le rôle joué par Hélène dans cette trahison, les avis ne sont pas non plus unanimes. Mise au courant de la ruse, elle aurait trahi soit les Grecs (mais n'y serait pas parvenue), soit les Troyens. Elle est finalement ramenée à Sparte par son mari.

Le débat que soulève le personnage d'Hélène est bien entendu sa part de responsabilité dans le déclenchement de la guerre de Troie. Pour Homère, elle est seulement un instrument de la fatalité par sa beauté. Hésiode et Eschyle voient en elle une force destructrice. Pour Euripide, seul son fantôme a été enlevé par Pâris. La vraie Hélène est en Egypte et retrouve son époux à la fin de la guerre. Le sophiste Gorgias, auteur d'un Eloge d'Hélène, au 4ème siècle avant Jésus-Christ, voit la jeune femme d'un œil favorable et la présente comme un jouet dans les mains des Immortels.
Ce débat est loin d'être clos. Aujourd'hui encore, les auteurs se divisent en deux catégories selon qu'ils considèrent Hélène comme une femme volage et frivole ou comme la victime d'une beauté non désirée. Exemplaire de l'image de cette femme fatale, citons l'opéra bouffe de J. Offenbach (1864), intitulé La belle Hélène. Ronsard lui consacre des poèmes qui louent sa beauté, Sonnets pour Hélène (1572). Goethe associe Hélène au thème de Faust.

 
 
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