La femme dans
les contes merveilleux
Féminité...
Par ailleurs, beaucoup d'auteurs
se sont penchés sur les symboles présents dans les
contes merveilleux. Jung et ses disciples ne sont pas des moindres.
Selon eux, les personnages du conte représentent, non pas
des personnes séparées, mais les différents
aspects de la psyché.
Dans le conte, le personnage féminin représenterait
l'anima, tandis que le personnage masculin représenterait
l' animus.
L 'anima est la personnification de toutes les tendances psychologiques
féminines de la psyché de l'homme, c'est-à-dire
les sentiments, les humeurs, les intuitions, la sensibilité
à l'irrationnel, la capacité d'amour personnel,
le sentiment de nature, et les relations avec l'inconscient. Jung
décrit quatre stades de développement de l'anima
: la femme primitive qui représente les relations instinctuelles
et biologiques; la femme romantique encore caractérisée
par des éléments sexuels; la femme qui pourrait
être représentée par la Vierge Marie, d'où
est exclue toute génitalité; et la femme sage, qui
transcende la pureté et la sainteté.
L' animus est la personnification masculine de l'inconscient chez
la femme, c'est-à-dire la rationalité, le courage
et la profondeur spirituelle. Il y a aussi quatre stades de développement
de l'animus: la force physique; la capacité de prendre
des initiatives et d'organiser son action; le verbe; et l'incarnation
de la pensée.
Pour Jung, le but ultime que nous proposent les contes est l'individuation,
c'est-à-dire la réalisation de la totalité
psychique, l'union des deux principes masculin et féminin.
Cette union apparaît notamment dans l'image du mariage du
prince et de la princesse. Cela signifie que le chemin vers l'inconscient
et vers la réalisation passe, chez l'homme par l'anima/
femme et, chez la femme par l'animus/ homme, pour aboutir à
la réalisation du Soi qui se situe au-delà des paires
opposées, c'est-à-dire dans l'unité. Le travail
de chaque être humain est donc d'harmoniser les principes
masculin et féminin présents en lui.
Le conte qui suit illustre cette union ainsi que d'autres éléments
évoqués ici.
"Comment Janet combattit la reine des
elfes"
"Il y a très longtemps,
les elfes peuplaient la terre. Les lieux qu'ils préféraient
étaient les endroits reculés, loin des villages
des humains, où ils pouvaient danser et chanter librement.
Les elfes possédaient leurs propres montagnes, leurs propres
prairies et leurs propres forêts: aucun pied humain ne devait
jamais fouler ces sols. Des gardes se tenaient à l'entrée
du domaine merveilleux des elfes. Ces soldats étaient sans
pitié pour les humains importuns qui s'aventuraient par
là...
Janet était la princesse du royaume voisin de la forêt
où les elfes du monde entier se réunissaient. Elle
était très belle. Jeune et espiègle, elle
adorait courir dans les champs, se promener dans les bois et cueillir
des fleurs sauvages; elle avait l'habitude de faire cela dans
le royaume de son père.
Un jour, elle s'aventura plus loin qu'à l'accoutumée
et finit par se perdre dans la forêt qui appartenait aux
elfes. Attirée par cette nature magnifique, elle s'y enfonçait
toujours plus profondément. Elle venait juste de cueillir
une branche d'églantier en fleurs quand elle entendit une
voix sévère qui la réprimandait comme jamais
personne ne l'avait fait jusque là:
"- Qui t'a permis de cueillir des fleurs dans la forêt
des elfes?
- Pardon, je ne savais pas que cela était interdit.
- Je suis gardien du royaume des elfes, je veille à ce
que personne n'en trouble l'ordre..."
En regardant bien le gardien, Janet s'aperçut qu'il était
presqu'aussi jeune qu'elle. Lui, la voyant si belle ne pouvait
détacher ses yeux de son visage.
"- Ne crains rien, dit-il, en lui offrant une autre branche
d'églantier couverte de fleurs, je ne te ferai pas de mal.
- Comment t'appelles-tu? demanda Janet.
- Mon nom est Tam. Et toi, comment te nommes-tu?
- On me nomme Janet. Ma promenade m'a emmenée plus loin
que je ne l'aurais cru... Je n' ai pas voulu faire de mal, ne
me punis pas...
- N'aie pas peur, je ne veux pas te nuire. De toute façon,
je ne le pourrais pas, même si je le voulais: je ne suis
pas un elfe, mais un humain, comme toi."
Tam raconta alors à Janet comment il était tombé
aux mains des elfes. Il venait d'avoir douze ans quand il obtint
l'autorisation tant attendue d'aller à la chasse. Il accompagnait
une troupe de chasseurs habitués, et aucun ne s'était
aperçu qu'il prenait du retard et ne parvenait plus à
les suivre. C'était l'hiver et le vent du Nord soufflait
si fort que Tam avait lâché les rênes et était
tombé de son cheval. Il perdit connaissance, et quand il
se réveilla, il était au royaume des elfes: leur
reine l'avait trouvé gisant sous un arbre et l'avait emmené
avec elle. Elle lui avait sauvé la vie mais lui avait aussi
pris sa liberté: il ne pouvait plus retourner chez les
humains et était contraint d'obéir à ses
ordres.
Heureusement, Tam connaissait le moyen qui le sauverait de cet
emprisonnement. Cependant, il hésitait à le dire
à Janet, car briser le pouvoir des elfes était très
difficile, cela relevait de l'exploit: celui qui essaierait s'exposerait
à de graves dangers. Mais Janet était résolue
à faire tout ce qui était en son pouvoir pour sauver
Tam, et devant son courage, le jeune homme lui révéla
le moyen:
"- Aujourd'hui, à minuit, je pourrais être délivré
si quelqu'un de courageux le tentait. Ce soir, toute la cour de
la reine va monter à cheval et traverser la forêt
pour se rendre au château où les elfes vont saluer
l'arrivée de l'été. Si personne ne m'aide
à ce moment-là, je resterais une année de
plus au pouvoir de la reine... Seule une personne n'ayant peur
de rien au monde est de taille à affronter les elfes et
à vaincre le pouvoir de la reine pour me libérer."
Tam craignait que Janet y laisse sa vie en voulant le sauver lui,
mais Janet était si pleine de foi et d'ardeur qu'il mit
tout son espoir en elle. Il termina son explication:
"- Pour me délivrer, tu devras te tenir à minuit
à la croisée des chemins, de là, tu entendras
arriver le cortège des elfes. La reine et sa cour seront
en tête, mais ne leur prête pas attention et ne te
montre pas à eux, ni au deuxième groupe de cavaliers.
Je serai dans le troisième groupe. Tu me reconnaîtras
car je porterai un bandeau d'or et monterai un cheval d'une blancheur
immaculée. Lorsque j'arriverai près de toi, bondis
vers moi sans hésiter une seule seconde, saisis mon cheval
par la bride, fais-moi glisser de ma selle et prends-moi dans
tes bras. Alors, il arrivera ce qu'il doit arriver. Fais très
attention, car si tu cries, ou si tu prononces une seule parole,
tu ne pourras pas me délivrer."
A ces mots, Tam et Janet se quittèrent. Minuit était
encore loin...
Bien avant l'heure fatidique, Janet était déjà
à la croisée des chemins. Il faisait très
froid, mais la jeune fille ne bougeait pas: aucun froissement
ne devait la trahir.
Enfin, le piétinement des chevaux et le scintillement des
vêtements soyeux de la reine signalèrent la présence
des elfes. Janet laissa passer les deux premiers groupes, puis
fit comme Tam lui avait dit.
Alors qu'elle avait réussi à le tenir dans ses bras,
une rumeur de colère gronda de tous côtés:
c'était comme si l'on battait des milliers de tambours,
ça faisait "Tam! Tam! Tam!", on aurait dit que
cela ne s'arrêterait jamais.
Maintenant, la reine des elfes se dirigea vers Janet, la fixant
d'un regard noir. Janet se pétrifia d'horreur quand elle
s'aperçut que c'était un lézard qu'elle serrait
contre elle, puis le léz ard devint un serpent, avant de
se transformer en un charbon ardent... La jeune fille serrait
les lèvres pour qu'aucun cri ne s'échappe de sa
bouche, mais des larmes coulaient sur ses joues. Ce sont ces larmes
finirent par éteindre la brûlure du charbon.
La reine des elfes était vaincue, son pouvoir sur Tam venait
de se briser: le charbon reprenait forme humaine. La reine était
furieuse. Avant de partir, elle cria encore:
"- Pars avec elle, Tam, tu es libre à présent!
Je n'aurais jamais cru qu'une simple mortelle ferait preuve d'autant
d'audace et de courage pour venir me voler mon chevalier préféré!
Disparaissez! Allez-vous-en et ne reparaissez plus jamais devant
moi!"
Alors, tous les elfes disparurent comme un brouillard matinal
au lever du soleil: l'herbe n'avait même pas été
froissée par leur passage, aucune branche n'avait été
rompue.
Janet et Tam se tenaient encore enlacés quand ils se rendirent
compte de leur victoire.
A partir de ce jour, ils vécurent heureux ensemble, et
s'ils ne sont pas morts, leur bonheur est encore parfait aujourd'hui..."
Ces contes sont transmis par Julie
Boitte
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