La femme dans les contes merveilleux

"Les trois fées"

"En des temps lointains, dans un lointaine contrée, la guerre faisait rage. Quand elle fut terminée, tout n'était plus que désolation. Cette guerre avait été si longue et si meurtrière que le peu de gens qui vivaient encore n'avaient plus rien pour se nourrir ni pour s'abriter. Toute cette misère les avait rendus tristes: ils ne souriaient plus, même les enfants n'éclataient plus de rire.
Un matin, trois fées traversèrent ce paysage désolé. Elles virent la grande misère des habitants. Cependant, elles virent aussi que, dans leur malheur, les gens restaient accueillants et aimables envers les voyageurs.
"- S'ils avaient de quoi manger, ils nous inviteraient à leur table! dit la première fée.
- Et s'ils avaient de quoi boire, ils rempliraient nos gourdes vides! ajouta la deuxième.
- Et même, ils nous offriraient une place devant leur cheminée, si seulement ils avaient de quoi se chauffer! termina la troisième."
Ces trois fées étaient des bonnes fées, elles décidèrent donc de porter secours aux villageois. Elles pouvaient utiliser la magie, mais elles devaient faire bien attention car elles ne pouvaient accomplir qu'un seul prodige chacune...
La première fée choisit une belle pierre, blanche et solide, et, d'un coup de baguette, la transforma en un puissant cheval de la même couleur.
La deuxième fée s'agenouilla dans une prairie couverte de fleurs et toucha la terre de sa baguette magique pour en faire jaillir une source d'eau pure et transparente.
Enfin, la troisième fée planta sa baguette dans le sol pour y faire pousser un chêne magnifique: ses branches grandissaient sans cesse et repoussaient plus belles et plus fortes chaque fois qu'on les coupait.
Les trois fées avaient si bien choisi leurs miracles que, presqu'aussitôt après, tout le pays revint à la vie.
Le cheval était d'une telle vitalité et d'une telle ardeur qu'il labourait sans relâche les champs laissés en friche: le blé y poussait déjà. Les paysans transformaient ce blé en farine et leurs femmes en faisaient du bon pain.
L'eau de source désaltérait merveilleusement et était bue à pleines gorgées.
Enfin, les maisons du village étaient reconstruites grâce aux branches du chêne, et de grands feux brûlaient à nouveau dans les cheminées.
Tout le pays avait retrouvé le sourire, les jeux des enfants étaient pleins de joie, les villageois avaient le coeur à l'ouvrage et étaient très heureux de pouvoir à nouveau accueillir décemment les gens de passage dans leur contrée."


Un petit mot sur les fées...

Ce conte, parmi bien d'autres, fait intervenir des femmes dans leur côté le plus positif. Elles apparaissent sous la forme de fées bienfaisantes prêtes à aider et secourir les humains plongés dans la souffrance. Elles sont souvent représentées avec leur baguette magique, symbole de leurs pouvoirs. On les appelle Fées mais aussi Dames Blanches, Fadettes, ou encore Filandières, cela varie selon les régions. Au temps des Gaulois, les gens les adoraient sous le nom de Dames et de Mères. Les gens, des villages surtout, leur vouaient un véritable culte. Les déesses mères étaient représentées vêtues de longues robes, leur visage était bienveillant et leur attitude paisible et grave. La plupart du temps, elles tenaient dans leur mains des corbeilles de fleurs, des cornes d'abondance ou des enfants nouveau-nés. Elles étaient les déesses tutélaires qui protègent les familles et les domaines, dispensent et entretiennent le don de vie.
Dans certaines régions (comme dans nos Ardennes par exemple), leur souvenir s'est maintenu très vivace: on retrouve encore aujourd'hui des lieux situés en pleine nature, appelés "roches aux fées" ou "table des fées". On raconte que c'est en de tels endroits que ces étranges dames se réunissaient la nuit pour tenir de mystérieux conciliabules ou danser leurs rondes fantastiques au clair de lune. On dit aussi que les fées habitent les cavernes, qu'elles possèdent des vaches laitières qui, chaque matin, rejoignent le troupeau communal.
Malheureusement, aujourd'hui les fées ne se montrent plus. De nombreuses légendes bretonnes racontent la mort des fées ou dans quelles circonstances elles ont décidé de ne plus se montrer aux humains. Des vieilles gens prétendent aussi qu'elles sont endormies et que leur sommeil cessera lorsque les prêtres ne réciteront plus à la messe l'Evangile de Saint Jean...

Les fées, et d'autres femmes dotées de pouvoirs étranges, sont liées à l'un des quatre éléments naturels: l'eau pour les ondines, les nymphes et les sirènes; l'air pour les elfes et les sylphes; la terre pour les fées, mais aussi les gnomes et les nains; et le feu pour les salamandres. Les femmes sont toujours représentées comme liées à la nature. Le rôle des esprits de la nature est de signaler aux humains que leur manière d'être perturbe les événements terrestres et les structures sociales, et de renvoyer aux humains le reflet de leur propre résonance intérieure par des obstacles ou des récompenses, c'est selon. Ils obligent les humains à prendre leurs responsabilités. Les fées ne sont donc pas seulement généreuses envers les humains: les contes où une méchante fée ou une sorcière interviennent sont d'ailleurs nombreux. Par exemple, le thème présent dans "La Belle au Bois Dormant" est fréquemment repris: on voit la figure tutélaire oubliée, elle ressent cet oubli comme un outrage et manifeste son dépit en punissant d'un mauvais sort la petite fille qui vient de naître.


Les héroïnes...

En dehors des êtres féminins surnaturels, beaucoup de contes ont une jeune fille pour héroïne, et d'autres femmes gravitent autour d'elle.
La plupart du temps, les femmes des contes sont d'abord décrites selon leurs caractéristiques physiques. Elles seront d'une beauté merveilleuse ou d'une laideur sans pareille car il semble ne jamais y avoir de demi mesure.
Les caractéristiques physique des femmes sont souvent associées à leurs qualités d'âme et d'esprit: l'héroïne, très belle, sera aussi bonne et dotée de nombreuses qualités morales.
Cependant, le conte relève moins l'intelligence des femmes. Des héroïnes telles que "Blanche-Neige" ou "La Belle au Bois Dormant" sont d'ailleurs très passives, elles attendent que leur prince vienne les délivrer. D'autres contes présentent tout de même une héroïne capable de surmonter des épreuves impressionnantes: dans "Les six cygnes", la jeune soeur sauve ses frères en réussissant l'exploit de se taire pendant sept ans, période pendant laquelle elle leur aura confectionné des chemises. Mais se taire ne représente pas non plus une réelle activité. Pourtant, il semble que les héroïnes féminines des contes agissent, mais de façon indirecte, par des voies détournées. Pour agir, la femme doit se dissimuler, utiliser la ruse, ou encore se métamorphoser. La métamorphose semble effectivement être une caractéristique plus féminine que masculine. Les métamorphoses existent aussi chez les hommes, mais elles résultent souvent d'une punition, ou, quand elles sont volontaires, elles ont pour but la domination. Les métamorphoses des femmes sont souvent volontaires, et leur but est la fuite. C'est sa fuite qui amène la jeune fille dans la forêt. Là, une fois la réaction de peur passée, la forêt devient très hospitalière aux yeux de la femme, elle s'y sent chez elle, à l'abri, et les animaux deviennent même ses amis. C'est aussi dans la forêt que l'héroïne rencontrera souvent une autre femme, étrange, surnaturelle et ambiguë: il s'agit de la fée ou de la sorcière. C'est elle qui l'initiera et lui transmettra le savoir féminin.
La femme est donc toujours représentée comme très proche de la nature; on la décrit d'ailleurs comme instinctive, impulsive, et, bien sûr, intuitive, ne parle-t-on pas d'intuition féminine? Dans les contes, c'est souvent grâce à cette intuition que la femme pourra sauver l'homme qu'elle a choisi ou l'aider dans sa quête. C'est elle qui lui donnera des indications, lui procurera des objets magiques ou lui montrera comment utiliser des objets qui sont à sa portée mais dont il ne comprend pas le sens.
Comme la femme surnaturelle, la femme humaine n'est pas que bonne, bien au contraire (il suffit de regarder les soeurs de Cendrillon!). La femme est souvent caractérisée par de nombreux défauts tels que la curiosité, le bavardage ou la vanité. Elle peut aussi être la cause des malheurs du héros: il arrive que ce soit par sa faute qu'il souffre et endure des épreuves.

 
 
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