Martin Winckler & Marjolaine Boutet

Depuis quelques années, les séries télévisées ont pris une place prépondérante dans le paysage audiovisuel, reléguant au second plan les films et les émissions de divertissement. Les téléspectateurs s'identifient aux personnages récurrents qu'ils retrouvent chaque semaine, chaque année, et qui deviennent, en quelque sorte des membres de la famille. Mieux dessinés, plus fouillés, ces personnages prennent le pas sur les héros de cinéma, donnant naissance à de véritables phénomènes de société. Si l'on ajoute à cela, la qualité des scénarios, la variété des séries et la possibilité d'acheter à présent les coffrets DVD des séries les plus populaires, il est indéniable que la série est devenue un genre à part entière. A l'occasion de la sortie de 2008: L'année des séries chez Hors collection, nous avons interrogé Martin Winckler et Marjolaine Boutet, les deux codirecteurs de cet ouvrage collectif pour qu'ils nous éclairent sur ce phénomène.

LeFantastique.Net: Qu'est-ce qui a fait qu'un médecin et une historienne en sont venus à s'intéresser aux séries télévisées ?
Martin Winckler: J’ai grandi en regardant des séries, comme j’ai grandi en lisant des romans policiers ou des BD. Ca m’intéresse comme spectateur, et comme écrivain = la narration, et ce qu’on fait passer dedans m’intéresse. Si j’avais pu être critique de cinéma, je l’aurais été aussi: je trouve naturel de parler de ce qu’on aime. Et c’est plus facile d’avoir du recul quand on n’est pas soi-même pris dans la production de séries télé. Personnellement, étant écrivain de littérature, je n’ai pas du tout envie d’être critique littéraire, en revanche.
Marjolaine Boutet: En fait, c’est parce que j’ai regardé des séries américaines que je suis devenue historienne, et non l’inverse ! Enfant, je faisais mes devoirs suffisamment vite pour pouvoir regarder beaucoup de séries américaines à la télévision, et j’ai toujours trouvé qu’elles étaient une fenêtre sur la société américaine, d’autant qu’entre 15 et 18 j’ai passé mes étés aux Etats-Unis et que j’ai donc pu vérifier cela par moi-même. En 2002, j’ai lu Les Miroirs de la Vie de Martin Winckler, et j’y ai retrouvé exactement cette idée. J’entrais à l’époque en DEA d’Histoire, après une formation solide en sciences sociales (prépa et Sciences-Po) et en histoire de l’art, et j’ai annoncé que je voulais travailler sur "les séries télévisées américaines et la guerre du Vietnam", à cause des séries américaines que j’avais vue adolescente et dans lesquelles les anciens combattants du Vietnam étaient omniprésents, alors qu’on m’avait appris à l’école que seuls 8% de la classe d’âge concernée aux Etats-Unis avait pris part à cette guerre. C’est sur cet écart entre la "réalité" et la "fiction" que j’ai eu envie de travailler, et j’ai eu la chance de trouver des professeurs d’université suffisamment ouverts et confiants pour me laisser faire. Et c’est comme ça que je suis devenue en même temps historienne et spécialiste des séries télévisées américaines. C’est le discours que ces productions audiovisuelles véhiculent sur la société au sein de laquelle elles sont produites qui m’intéresse au premier chef, de même que la Chapelle Sixtine parle de la société italienne à la Renaissance ou les romans de Zola de la société française au XIXème. C’est pour toutes ces raisons que le travail de "critique télévisuel" me semble aussi important et justifié que celui de critique littéraire ou de cinéma.

Depuis quelques années, les séries télévisées semblent attirer un plus large public que les films à la télévision. Quelles en sont les raisons ?
MW: Parce que les scénarios sont de meilleure qualité et qu’elles traitent leur sujet sur la longueur, donc avec plus de profondeur.
MB: Je suis d’accord avec Martin Winckler. Les films américains mettent de plus en plus l’accent sur les effets spéciaux et le "spectacle", au détriment du scénario. Et les séries télévisées américaines créent un attachement des téléspectateurs pour les personnages et leur évolution qui les fidélisent.

Dans votre nouvel ouvrage, 2008, l'année des séries, de quelles manières avez-vous choisi les séries qui y figurent puisqu'il manque quelques séries en cours de diffusion sur certaines chaînes du câble ou du satellite en France (Dr Who, Dirt, MI5…) voire quelques "blockbusters" comme FBI, Cold Case, 24 heures…) ?
MW: Nous ne connaissons et ne voyons pas tout. Nous avons passé un appel à contribution sur mon site, en invitant les contributeurs à nous proposer des thèmes, plutôt que des séries. FBI, Cold Case, MI5, 24 heures ont été traités dans Le Meilleur des séries, paru début 2007 et dans Les Miroirs de la Vie (2005). C’est un travail collectif de longue haleine, qui a commencé il y a plusieurs années, avec les livres de Huitième Art, en 1993 !!! Il n’est pas question (ou possible) de parler de tout, alors nous parlons de ce qui nous intéresse et de ce qui intéresse les contributeurs. La qualité nous semble plus importante que la quantité ou l’exhaustivité.
MB: Nous avons pensé et conçu L’année des séries 2008 comme une suite du Meilleur des Séries (Hors Collection, 2007). Parce qu’il y a plusieurs centaines de séries actuellement (américaines, mais aussi françaises, anglaises, allemandes, canadiennes, etc.), nous avons été obligés de faire une sélection et pour ne pas lasser notre lectorat nous avons choisi de ne pas reparler des séries précédemment traitées, sauf quand l’angle proposé par l’auteur était réellement différent, voire contradictoire avec ce que nous avions publié précédemment.

Vous avez dû gérer une équipe d'une bonne trentaine de collaborateurs. Comment s'est réparti le travail ?
MW et MB: Par affinités: les auteurs ont proposé des thèmes ou des sujets, et nous avons retenu ceux qui nous paraissaient les plus intéressants. C’est un choix subjectif, mais il incombe aux co-directeurs d’ouvrage, qui sont les "rédacteurs en chef" de cette revue annuelle qu’est l’Année des Séries.

Votre ouvrage survole les grands thèmes abordés dans chaque série, en général en deux pages, souvent en employant un ton très "bon enfant" (emploi de la première personne du singulier, implication de l'auteur de l'article, évocation de ses goûts…) Etait-ce dans votre cahier des charges ? Avez-vous souhaité changer de ton par rapport à votre ouvrage précédent: Le Meilleur des séries, beaucoup plus sérieux ?
MW: Vous avez mal lu, ce ton "bon enfant" est déjà présent dans les deux précédents livres (le Meilleur et Les Miroirs Obscurs). Il n’y avait pas d’autre contrainte dans le cahier des charges que celles-ci: 1° respecter le format 2° traiter le sujet proposé 3° apporter un point de vue personnel. Et je ne pense pas que Le Meilleur soit plus "sérieux". La maquette de l'Année des Séries est plus "magazine", mais c’est l’éditeur qui en a décidé ainsi. Si ça n’avait tenu qu’à moi, j’aurais préféré que l’aspect soit le même que pour le précédent livre.
MB: Je trouve au contraire que les articles de L’Année des Séries 2008 sont souvent plus "pointus" que ceux du Meilleur des Séries, avec des points de vue souvent très personnels mais toujours (et cela fait partie de nos exigences) justifiés et étayés. C’est cela qui fait la valeur de la "critique", en bien ou en mal, d’une œuvre.

Chaque série est notée par des smileys. Comment s'est effectuée cette notation ?
MW: De manière subjective et arbitraire, d’un commun accord entre MB et moi, et de manière "comparative" (il ne s’agissait pas de noter les séries "dans l’absolu") mais par rapport à ce que nous avions envie de dire: regardez ou non, achetez ou non le DVD. Comme nous l’aurions fait pour des films dans une revue de cinéma.
MB: Comme cet ouvrage se veut une vision "critique", il nous semblait justifié d’évaluer les séries traitées et de les "noter" comme le font les magazines de cinéma type Première ou Studio, ou encore Télérama pour les films de cinéma, ou le guide Michelin pour les restaurants ! C’est une notation subjective qui reflète nos préférences en tant que téléspectateurs avertis.

Au moment où les scénaristes américains se battent pour une reconnaissance globale de leur travail et pour une plus juste rémunération, quelles comparaisons peut-on faire entre le travail des scénaristes américains et des scénaristes français ?
MW: C’est un problème complexe qui tient à la fois aux différences de mode de production et à l’assujettissement des producteurs aux chaînes françaises. En gros: les chaînes américaines disent "étonnez-nous" (vous étonnerez les spectateurs) et les chaînes françaises disent "faites-nous des scénarios selon nos critères d’appréciation de ce que le spectateur veut ou pas". Ca ne peut pas donner les mêmes résultats.
MB: La télévision américaine s’est construite comme une industrie du divertissement, et les scénaristes ont toujours été au cœur de la création des fictions télévisées américaines. Les Américains sont friands de "bonnes histoires" et les personnes capables d’en écrire sont respectées et rémunérées à hauteur de leur talent. D’autre part, les scénaristes américains sont tous syndiqués, ce qui permet à leur action collective de faire trembler Hollywood en bloquant réellement la production cinématographique et télévisuelle depuis plusieurs mois. La dernière grève des scénaristes, en 1988, a entraîné des centaines de millions de dollars de perte pour l’industrie du divertissement. Donc, les scénaristes américains sont puissants, organisés, reconnus, et ont l’habitude de travailler ensemble, par équipe de 15 à 20 personnes en moyenne. L’écriture de séries télévisées est un travail collectif, en équipe.
En France, c’est absolument l’inverse. D’abord, écrire pour la télévision est considéré comme bien plus méprisable qu’écrire pour le cinéma, ou encore être "auteur" (de littérature bien entendu). Ensuite, le scénariste français travaille le plus souvent seul, ou à la limite à 2 ou 3 (à l’exception des scénaristes du feuilleton Plus Belle la Vie, diffusé sur France 3). Il n’est en général évidemment pas syndiqué, et a rarement son mot à dire une fois que son scénario est acheté par la chaîne et mis en production, et ce sont bien plus les attentes du public telles qu’elles sont conçues par des cadres dirigeants qui ne regardent pas la télévision qui comptent que le respect de son travail d’écriture.

Les dernières créations françaises manquent cruellement d'originalité et semblent ne reprendre que des concepts viables ailleurs. Est-ce que ce manque d'imagination ne risque pas de tuer nos séries, souvent médiocres au demeurant ?
MW: IL y a un espoir avec des productions récentes (Préjudices en 2006 sur F2, La Commune en 2007, sur C+, Les oubliées en 2008 sur F3) et d’autres. Ce ne sont pas les idées et les scénaristes qui manquent mais les conditions qui ne sont pas favorables à leur libre expression. Et ça, ça dépend des chaînes.
MB: Aux Etats-Unis, la culture est la culture populaire, la culture du peuple. Laura Bush dit publiquement qu’elle regarde Desperate Housewives, les Clinton parodient la scène finale des Sopranos sur YouTube, et on ne fait pas de hiérarchie entre le cinéma, la télévision, les comédies musicales, etc. Tout fait partie de l’entertainment, où la diversité et le libre choix sont des valeurs essentielles. En France, la télévision et ses téléspectateurs sont méprisés par "l’élite", ce qui explique le manque de vitalité et d’originalité des séries françaises. Mais cela est en train de changer (cf. les séries citées par Martin Winckler, et il y en a d’autres), en grande partie parce que la nouvelle génération est une "enfant de la télé" qui aime de plus en plus ce médium. La qualité est avant tout une question d’envie et d’efforts, de la part de tous ceux qui participe à la création d’une série (scénaristes, producteurs, diffuseurs, acteurs, réalisateurs, etc.) et non une simple question de moyens.

Vous évoquez quelques séries étrangères inédites en France (ou qui sont, depuis, arrivées sur nos écrans). Comment s'est effectuée cette sélection étant donné l'abondance de séries diffusées sur les chaînes américaines ou anglaises ?
MW: Tout simplement parce que je parle de ce que j’ai vu et m’a plu. Et quand les deux co-directeurs ont vu quelque chose, ils en parlent de manière encore plus précise.
MB: Nous nous tenons au courant des nouvelles productions et en regardons beaucoup, et nous choisissons de parler de ce qui nous a plu et/ou frappé. Encore une fois, la sélection est subjective et se revendique comme telle. C’est ce qui fait la valeur de la critique par rapport au compte du nombre de téléspectateurs, ou du nombre d’entrées au cinéma, ou du nombre d’exemplaires vendus en librairie.

Autrefois, le cinéma était un vivier de "séries" (Tarzan, Fantômas, Dr Who, Superman…), ce qu'il redevient depuis un certain temps. Existe-t-il des différences entre les "suites" au cinéma et les séries TV. Sont-elles complémentaires? S'adressent-elles à des publics différents ?
MW: Je pense que la forme et le médium influent sur le fond. Quand on a un nombre d’épisodes limités, et un médium très populaire on ne peut pas traiter des sujets pendant longtemps. Quand on dispose d’un médium qui touche DES publics très différents (en fonction du jour, de l’heure, du milieu socio-culturel) et qu’on a le temps, on peut faire des séries pour des publics différents et traiter les sujets de manière plus durable.
MB: La sérialisation permet de fidéliser le public, qui sait alors qu’il va se retrouver dans un environnement familier, peut anticiper son plaisir et par conséquent hésite moins à acheter le produit qu’on lui propose. La fidélisation est un objectif marketing, et la sérialisation permet de remplir cet objectif en créant des "marques" comme Shrek. Mais ce phénomène est loin d’être nouveau: depuis les troubadours racontant les légendes arthuriennes jusqu’à Harry Potter en passant par Alexandre Dumas, la littérature s’est aussi construite sur ce principe. La narration d’histoires "à suivre", en "feuilletons" n’est pas une nouveauté.

Lorsqu'on parle de séries, le grand public pensent souvent aux séries américaines, puis aux séries françaises. Pourtant, l'Angleterre semble être un vivier à la fois en qualité et en originalité, c'est d'ailleurs une constante depuis Le Prisonnier ou Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Qu'est-ce qui fait l'originalité des séries britanniques ?
MW : A mon avis, les hommes de fiction en Grande-Bretagne sont encore plus libres que les Américains, car les Britanniques ne sont pas autant assujettis à l’audimat (on leur commande six épisodes et ils sont diffusés). Mais l’état d’esprit est le même : écrire une bonne histoire et bien la raconter avec des caméras et des acteurs.

A l'ère du DVD (vous le soulignez, les coffrets se vendent plutôt bien), du téléchargement, des multidiffusions, ne pensez-vous pas que les séries ont changé, qu'elles ont évolué vers une plus grande complexité, une plus grande richesse, puisqu'il est aisé de revenir sur un épisode passé ?
MW: Oui, bien sûr, à cause de tout ça, mais aussi à cause de la multiplication des chaînes aux USA et de leur émulation, des audaces prises par les chaînes du câble, et de ce que cela stimule dans les networks, et aussi de par les exigences croissantes des spectateurs eux-mêmes.
MB: Comme le dit Antonio Fabbri dans son article sur Le temps dans les séries publié dans notre ouvrage, les modes de narration se sont largement diversifiés et complexifiés dans les séries américaines actuelles, effectivement du fait de l’évolution des supports et des conditions de visionnage, mais aussi, j’en suis persuadée, par l’évolution technologique récente: la navigation sur Internet par clics sur des liens, par page précédente/page suivante ; les jeux vidéos qui fonctionne aussi par allers-retours dans le temps, par exploration de chemins alternatifs, etc. Cette "révolution numérique" influence la façon de raconter des histoires (cf. également notre article sur Heroes).

Que pensez-vous de la mode actuelle de certaines chaînes qui, entre deux épisodes, nous balancent les meilleurs moments de l'épisodes suivants ? N'est-ce pas gâcher le plaisir de la découverte ?
MW: On n’est pas obligé de regarder… Moi, ça ne me gêne pas. Ca ne me gêne même pas qu’on me raconte une séquence "surprise" d’un épisode à venir: ce qui m’intéresse c’est comment c’est raconté dans la série et même si on me "spoile" une scène, il y en a tellement d’autres à savourer… Si on n’est pas prêt à ça, il ne faut pas lire d’extraits choisis des grands romans ou regarder des scènes choisies des grands films…
MB: La Cinq faisait déjà ça dans les années 80. Ce n’est pas une "mode actuelle" mais simplement la diffusion de "bandes annonces". Combien de fois ai-je eu l’impression d’avoir vu tout le film après avoir découvert sa bande annonce au cinéma ?

2007 a vu l'arrivée sur nos écrans de séries originales aux scénarios complexes, qui sortent de l'ordinaire avec des personnages charismatiques ou déjantés (Heroes, Dirt, Nick Cutter, Dexter et plus récemment Smith…). Que pensez-vous de ces séries? Est-ce que d'autres dans le même genre vont débarquer chez nous ?
MW: Je n’en sais rien, et je n’ai pas de réaction "globale" à ces séries, parce que je pense que chacune mérite une analyse individuelle. Personnellement, je trouve que Heroes, Dexter, Army Wives, Damages et Mad Men sont bien plus intéressantes que Dirt ou Californication. Mais si on me propose des articles et des points de vue éclairants concernant ces deux dernières, je suis preneur.
MB: "Déjanté" semble être l’adjectif de l’année ! Les personnages de L’Agence Tout Risque dans les années 80 étaient déjà passablement "déjantés", pour citer un exemple. Sinon, même réponse que Martin Winckler. Enfin, quand une série a du succès, les probabilités sont élevées pour qu’on nous propose d’autres séries "dans le même genre". Par exemple, les chaînes américaines ont presque toutes essayé cette année de faire une série "dans le genre de" Sex and the City. Nous avons ainsi Big Shots, qui se veut un SATC au masculin mais qui pour de nombreuses raisons ne fonctionne pas. Cashmere Mafia avec Lucy Liu vient de commencer aux Etats-Unis, en attendant Lipstick Jungle, qui toutes deux racontent les déboires sentimentaux de new-yorkaises de plus de 35 ans. Enfin, Women’s Murder Club est une série attachante également dans le même esprit (un groupe de 4 amies qui se confient les unes aux autres) mais avec une atmosphère policière. Dans le genre "personnage principal déjanté et charismatique", Life a commencé cette année et est très réussie. Enfin, dans l’esprit "people" de Dirt, il y a Dirty Sexy Money.

L'heure semble aux séries policières et scientifiques: Les Experts, NCIS, Bones voire ReGenesis… Ce besoin de réalisme semble avoir éclipsé la vague de séries fantastiques de la décennie précédente (Buffy, Angel, X-Files, Millenium…) Pensez-vous que cela fonctionne par cycles ?
MW: Sûrement, mais il y a des séries fantastiques ou oniriques importantes en ce moment: Smallville, Heroes, Supernatural, Medium, Pushing Daisies, Battlestar Galactica… Je pense qu’on a trop "le nez dedans" pour dire s’il y a des tendances. On ne peut le faire que dix ou vingt ans plus tard, de manière très distanciée.
MB: La tendance a incontestablement été aux séries policières à tendance scientifique, mais elle semble en train de s’essoufler. Nous n’avons pas assez de recul pour savoir quelles sont les prochaines séries qui vont durer et remporter le succès. Mais la tendance aux séries "feuilletonnantes" à suspense type Lost, 24 heures chrono, Prison Break, Heroes me semble importante (même si la grève des scénaristes les affectent encore plus que les autres séries), de même que la tendance "Sex and the City" pour l’année 2007-2008 dont je parlais plus haut.

Si le fantastique et la science-fiction sont encore présents sur les écrans (Médiums, Supernatural, Heroes, Jake 2.0, Blade, Dr Who, Torchwood…), ils semblent tenir moins de place dans votre ouvrage puisque les 4 dernières séries précitées en sont absentes. Pour quelles raisons ?
MW et MB: Parce qu’il faut des auteurs pour écrire les articles. Et parce que le choix s’est fait en fonction de ça. A l'inverse, on découvre une rubrique "nostalgie" dans votre ouvrage, avec des séries "cultes" (Magnum, Columbo, Starsky & Hutch, Le Caméléon, Hercule…) Ces séries vous manquent tant que cela ?
MW: Elles ne me "manquent" pas, personnellement, mais elles font partie des "classiques", connus ou méconnus, qu’il est toujours bon de revisiter. Si j’avais le temps, je regarderais Dallas pour en dire autre chose que toutes les conneries qu’on a écrites au sujet de cette grande série depuis 25 ans. A ma connaissance, seuls Christophe Petit et Alain Carrazé ont tenté, à ce jour, de dire combien Dallas est une série importante. En France, elle a toujours été vue au premier degré, alors qu’il s’agit d’une série profondément satirique. Mais la diffusion en France censure et altère le sens des séries. Les dialogues de Buffy ont été tronqués, la VF de la plupart des séries est truffée de contresens. Vous n’avez qu’à regarder Starsky & Hutch en DVD et comparer la VF avec les sous-titres anglais, et vous verrez que la série qu’on nous a montrée sur TF1 n’a rien à voir avec celle que les Américains ont vue. Cela, ça mérite qu’on le dise aujourd’hui. Comme la recherche historique s’attache à revenir sur des faits anciens pour rétablir la vérité historique et abattre les images d’Epinal ou les préjugés. Ce que je contribue à faire en accueillant des analyses sur d’anciennes séries, je le fais aussi quand j’écris des livres de vulgarisation médicale. C’est la même démarche.
MB: Là encore, cela tient au fait que nous avons eu des propositions intéressantes sur ces séries. Mais nous parlons également de Farscape, pour laquelle nous avons eu énormément de propositions. Et dans Le Meilleur des Séries, nous avions un grand article sur les différentes séries Star Trek. Nous choisissons les articles en fonction de l’actualité et des rééditions DVD, mais aussi et surtout en fonction de ce que l’on nous propose !

Interview croisée effectuée par mail par Denis Labbé

Liens: Site de Martin Wrickler -

 

 
 
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