Le voyage dans le temps

Par Olivier Ruol

La science-fiction a toujours aimé voyager dans le temps et l'espace. Mais à la différence des histoires somme toute assez proches du voyage dans l'espace, l'exploration du temps demande un récit toujours sur le fil, tant il est facile de sombrer dans l'erreur. Un genre toujours d'actualité, 32 ans après ses débuts.

Wells, l'initiateur

Dans chaque thème du cinéma Fantastique (et de science-fiction), il y a toujours un récit initiatique, celui qui jette les bases et édicte les règles. Herbert George Welles est l'auteur qui nous intéresse. C'est en 1895 qu'il écrit son roman La machine à explorer le temps, rejoignant la plupart de ses récits extraordinaires que sont L'homme invisible et La guerre des mondes. Son roman symbolise à lui tout seul les envies d'un monde en plein bouleversement : que pourrions-nous faire si on nous donnait la possibilité de retourner dans le passé ? Que changerions-nous ?

C'est à cette question que George Pal tente de répondre, en immortalisant à l'écran ce chef d'œuvre de la littérature anglaise. Réalisé en 1960, et interprété par Rod Taylor, la star montante du moment, l'exploration du temps est ici futuriste. Désireux de voir ce que le monde deviendra, Georges a construit une machine qui devrait lui permettre de se projeter dans le futur. Personne ne le croit, même ses amis les plus proches et c'est pourquoi il décide d'expérimenter son engin tout seul. Son voyage le conduira en 1899, dans le 20ème siècle et même en l'année 802.701. C'est là qu'il découvre que le peuple des Elois est sous la tyrannie des Morlocks, viles créatures qui vivent sous la Terre. Il aidera les premiers à se défaire des seconds, en découvrant l'amour de sa vie.

La Machine à explorer le temps remporte tous les suffrages à l'époque et fait oublier les trop répétitifs films basés sur les créatures du Fantastique. Prenant comme postulat une expérience scientifique issue de la Science-fiction (certains diront même du steampunk), le film de George Pal s'oriente vers le Fantastique dès que le héros arrive à cette année fatidique. Brillamment réalisé et interprété, le film originel, aux impressionnants effets spéciaux de l'époque, n'a rien a envié à son successeur le plus récent, tiré du même roman et portant le même titre : la Machine à explorer le temps, réalisé par Simon Wells, l'arrière-petit-fils de H.G. Wells lui-même ! L'histoire est cependant légèrement différente : Alexander Hartdegen, scientifique jusqu'au bout des ongles veut épouser celle qu'il aime, mais cette dernière meurt assassinée. Afin de changer le cours des choses, il construit une machine qui le ramène avant la mort de sa future et la sauve de la sorte. Mais le destin rattrape cette dernière. Alexander décide alors de se rendre dans le futur afin de répondre à cette question : "Pourquoi ne peut-on pas changer le passé".

Moins intéressante que dans la première version, l'histoire de John Logan préfère lorgner du côté de l'aventure et de l'action, malgré une première partie très intéressante. Guy Pearce, pourtant excellent dans Memento, promène sa tronche hagarde et inexpressive durant tout le métrage et Jeremy Irons permet de rajouter à son arc de ses pires prestations une corde proche de celle de Dongeons & Dragons. Si les deux récits se ressemblent assez, l'aspect intimiste du premier est relégué aux oubliettes pour l'aventure au grand jour et pour des Morlocks mieux réussis que les précédents. Mais jamais le film de Wells (qui cèdera sa place à Gore Verbinski pour terminer le métrage tant son état de fatigue était conséquent) ne parviendra à faire oublier le chef-d'œuvre de 1960.

 
 
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